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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104098

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104098

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104098
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PHILIPPE BLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2021, A, représentée par Me Blain, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2015 et de la période du 1er janvier 2014 au 31 juillet 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la mise à disposition du dirigeant et de sa famille d'un logement dans le camping ne constitue pas un avantage en nature ; une présence quotidienne et permanente sur place est nécessaire ; ce logement est une obligation réglementaire indispensable à l'activité même de la société, il ne s'agit pas de la résidence permanente du dirigeant ;

- en retenant une tarification de 6 euros/m2, l'administration fait fi des comparables utilisés dans le cadre de cette valorisation ;

- la méthode de valorisation utilisée n'est pas suffisamment motivée et ne lui permet pas de la contester ;

- la consommation annuelle d'eau et d'électricité ne prend en compte qu'une consommation moyenne sans se référer à des critères précis et à la composition de la famille.

Par un mémoire en défense du 8 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A, située à Formiguères (Pyrénées-Orientales), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service l'a assujettie à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée portant sur les périodes du 1er janvier 2014 au 31 juillet 2017, dont elle demande la décharge.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. () ". Aux termes de l'article 223-3 du code général des impôts : " () Les personnes morales et associations passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues aux mêmes obligations que celles prévues aux articles 54 bis et 54 quater. " Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". Il résulte de ces dispositions qu'une société qui comptabilise indistinctement, dans son compte de frais généraux, des avantages en nature accordés à des membres de son personnel et qui, revêtant de ce fait un caractère occulte, sont constitutifs pour ceux-ci de revenus distribués, ne peut elle-même les soustraire de son bénéfice imposable.

3. Il résulte de l'instruction que la société Camping La Devèze est propriétaire d'un logement de 87m2 situé dans le camping, mis à la disposition gratuite de son gérant et de sa famille. La société n'ayant pas inscrit en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur de ces avantages, c'est à bon droit que l'administration fiscale les a réintégrés dans son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés.

4. En second lieu, il résulte des dispositions des articles L. 55, L. 57, L. 11 et R. 194-1 du livre des procédures fiscales que, dans le cadre de la procédure contradictoire et en l'absence de dispositions contraires, la charge de la preuve incombe à l'administration à chaque fois que le contribuable a refusé les rectifications envisagées.

5. En l'espèce, A, par ses observations présentées le 20 février 2018 en réponse à la proposition de rectification, a refusé les rectifications envisagées. Dès lors, la charge de la preuve incombe à l'administration.

6. Il résulte de l'instruction que, dans la proposition de rectification du 21 décembre 2017, le vérificateur a, de manière suffisamment détaillée et motivée, évalué le coût annuel de consommation d'eau à 300 euros TTC, sur la base d'une fourchette basse de 150m3/an pour une famille de quatre personnes et à un prix de 2 euros par m3 d'eau en fourchette basse sur la commune de Formiguères. Le vérificateur a également pris en compte un coût de 120 euros/an TTC de collecte et de traitement des eaux. Par ailleurs, le service a évalué le coût annuel de l'électricité à 2 347 euros correspondant à 14 670 kWh/an de consommation moyenne pour une famille de quatre personnes dans un appartement de 87m2, multiplié par le prix de 0,16 euros le kWh d'électricité, auquel s'ajoute un abonnement annuel de 150 euros TTC. Enfin, le vérificateur a calculé un loyer fictif annuel selon le prix au mètre carré du marché locatif local, via des moteurs de recherche en matière immobilière, permettant d'établir un prix moyen bas de 6 euros/m2 sur la commune de Formiguères, soit 6 284 euros pour le logement en litige, avant abattement de 30% lié aux sujétions tenant à la fonction de gérant de camping.

7. En se bornant à soutenir qu'en retenant une tarification de 6 euros/m2 l'administration n'a pas tenu compte des comparables utilisés et que l'évaluation de la consommation annuelle d'eau et d'électricité ne prend en compte qu'une consommation moyenne sans se référer à des critères précis et à la composition de la famille, A ne conteste pas sérieusement la méthode de valorisation utilisée par le service et les impositions qui en résultent.

8. Par suite l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe du bien-fondé des impositions en litige.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

9. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts: " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".

10. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que A n'est pas fondée à soutenir que les dépenses engagées pour la consommation privée d'eau et d'électricité de son gérant l'ont été pour les besoins de ses opérations imposables. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration a écarté la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces dépenses.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par A à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juillet 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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