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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104134

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104134

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104134
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantTEMPLET-TEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, Mme E A et M. C D, représentés par Me Templet-Teissier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé dans son principe un indu de revenu de solidarité active de 7 736,04 euros pour la période du 1er avril 2019 au 30 avril 2020 ;

2°) d'enjoindre au département de l'Hérault de leur rembourser l'ensemble des retenues opérées à titre de remboursement de cette créance ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et le département de l'Hérault à leur verser la somme de 11 500 euros à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault et de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la caisse d'allocations familiales et le département de l'Hérault ne rapportent pas la preuve des sommes dont ils demandent le remboursement ;

- le montant des indus réclamés n'est pas cohérent au regard des sommes qui leur ont été versées ;

- il résulte du rapport d'enquête que leurs ressources ont été prises en compte deux fois ;

- la caisse d'allocations familiales et le département de l'Hérault disposent de l'ensemble des éléments comptables ;

- la caisse d'allocations familiales et le département de l'Hérault ont commis dans le traitement de leur dossier de multiples erreurs et négligences constitutives de fautes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par Mme A et M. D sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande préalable ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2019-1323 du 19 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Templet-Teissier, représentant Mme A et M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. D sont bénéficiaires du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de l'aide exceptionnelle de fin d'année dans le département de l'Hérault. A la suite d'un réexamen de leur situation, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a notifié à Mme A et M. D, par une décision du 18 février 2021, des indus de revenu de solidarité active, d'un montant de 7 736,04 euros pour la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, et de prime d'activité, d'un montant de 2 406,66 euros pour la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2020. Par une décision du 27 février 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault leur a notifié un indu de 320,14 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019.

2. Mme A et M. D demandent, d'une part, l'annulation de la décision du 28 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé dans son principe l'indu de revenu de solidarité active mis à leur charge et, d'autre part, la condamnation de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et du département de l'Hérault à leur verser la somme de 11 500 euros à titre de dommages et intérêts.

Sur recevabilité des conclusions indemnitaires :

3. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

4. Mme A et M. D demandent la condamnation de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et du département de l'Hérault à leur verser la somme de 11 500 euros à titre de dommages et intérêts. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que de telles conclusions ont été précédées d'une demande préalable adressée à l'administration susceptible de faire naître, à la date du présent jugement, une décision préalable. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir en défense le département de l'Hérault, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A et M. D sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'indu en litige :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. L'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code: " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Enfin, l'article R. 132-1 de ce code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".

7. Pour l'application de ces dispositions, lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active détient des parts d'une société à responsabilité limitée ou d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée et n'est pas soumis aux dispositions des articles R. 262-18 ou R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles applicables aux revenus professionnels relevant de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles, des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux, du fait des bénéfices dégagés par cette société, il y a lieu, pour déterminer le montant des ressources qu'il retire de ces parts, de tenir compte des seuls bénéfices de la société dont il a effectivement disposé, c'est-à-dire qui lui ont été distribués. A défaut de distribution de tout ou partie des bénéfices réalisés par la société, ces ressources ne peuvent être évaluées que sur la base forfaitaire, applicable aux biens non productifs de revenus, prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Pour déterminer la valeur des parts sociales à laquelle appliquer le taux de 3 %, l'administration et, le cas échéant, le juge peuvent tenir compte de leur valeur nominale, sauf à disposer d'éléments leur permettant de déterminer une valeur aussi proche que possible, à la date où les ressources sont évaluées, de celle qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande, par exemple en s'appuyant sur le montant de l'actif net comptable de la société.

8. En outre, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".

9. Mme A et M. D, s'ils ne discutent pas les modalités de détermination de leurs ressources, font néanmoins valoir que le montant de l'indu mis à leur charge ne correspond pas aux sommes qui leur ont été versées. Ils produisent pour l'établir un tableau récapitulant les sommes qu'ils ont, d'une part, perçues sur leur compte bancaire et, d'autre part, celles figurant sur les attestations de paiement délivrées par la caisse d'allocations familiales pour la période du 1er avril 2019 au 30 avril 2020. En défense, la caisse d'allocations familiales et le département ne contestent pas l'exactitude de ce tableau. Il en ressort, alors que les indus en litige s'élèvent à 7 736,04 euros de revenu de solidarité active, pour la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, que la caisse d'allocations familiales a attesté leur avoir versé, au cours de cette période, 1 876,04 euros au titre du revenu de solidarité active. En défense, le département de l'Hérault se borne à exposer avoir pris en compte les revenus de travailleurs indépendants, calculés par référence au résultat fiscal avant imputation des déficits antérieurs auxquels s'ajoutent les dotations aux amortissements, ainsi que des salaires perçus par Mme A et M. D en qualité de gérant salarié, sans justifier, alors qu'il est contesté, du montant même de l'indu.

10. Dans ces conditions, à défaut de justifier du montant de l'indu, la décision du 28 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé dans son principe un indu de revenu de solidarité active de 7 736,40 euros pour la période allant du 1er avril 2019 au 30 avril 2020, doit être annulée. Cette annulation implique la décharge de la totalité de l'indu.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 500 euros à verser à Mme A et à M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé dans son principe un indu de revenu de solidarité active de 7 736,40 euros pour la période du 1er avril 2019 au 30 avril 2020 est annulée.

Article 2 : Mme A et M. D sont déchargés de l'indu de revenu de solidarité active de 7 736,04 euros pour la période du 1er avril 2019 au 30 avril 2020.

Article 3 : Le département de l'Hérault versera à Mme A et M. D la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et M. C D, au département de l'Hérault et à Me Templet-Teissier.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le président,

D. BLa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 février 2023.

La greffière,

F. Roman

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