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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104197

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104197

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104197
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2021 et le 6 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Lundi Matin, représentée par Me Faure et Me Barbier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la restitution de la somme de 52 398 euros correspondant à un solde de crédit d'impôt innovation dont elle s'estime créancière au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a lieu de prendre en considération le défaut d'impartialité du conciliateur fiscal, qui se trouve être la même personne que celle représentant l'administration en défense ;

- la contre-expertise du 11 janvier 2022 est irrégulière, elle n'a pas été réalisée contradictoirement et n'a pas tenu compte des nouveaux éléments apportés par la société, en méconnaissance de la doctrine référencée BOI-CTX-ADM-10-40-20 n°100 et n°170 du 12 septembre 2012 ;

- l'amélioration des fonctionnalités et de l'ergonomie apportée au logiciel RoverCash au cours de l'année 2018 constitue une évolution de sa version initiale telle qu'il doit être regardé comme nouveau sur le marché et éligible au crédit d'impôt innovation, conformément à la doctrine administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-45-10 n° 50 et n°100 du 2 mars 2016 ;

- M. B, son président, est rémunéré pour sa fonction de chef de projet junior ; sa rémunération doit être retenue pour le calcul des dépenses de personnel conformément à la doctrine référencée BOI-BIC-RICI-10-10-45-20 n°40 du 16 février 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 février 2022 et 3 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Lundi Matin exerce une activité d'édition de logiciels applicatifs. Elle a déposé le 17 mai 2019 la déclaration n°2069-A faisant apparaître un crédit d'impôt innovation d'un montant de 80 000 euros au titre de l'année 2018, dont elle a demandé le remboursement immédiat en sa qualité de petite et moyenne entreprise. Après expertise, l'administration fiscale a prononcé une admission partielle le 10 juin 2021 à hauteur de 27 602 euros. Par sa requête, la SAS Lundi Matin demande la restitution du solde de crédit d'impôt innovation au titre de l'année 2018, pour un montant de 52 398 euros.

Sur les conclusions à fin de restitution du crédit d'impôt :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, la circonstance que le conciliateur fiscal, qui a en outre accordé la contre-expertise demandée par la SAS Lundi Matin, soit également signataire des mémoires en défense de l'administration, n'est pas de nature à révéler une méconnaissance du principe d'impartialité et n'a pas privé la société d'une garantie. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En second lieu, s'il est reproché à la deuxième expertise du 11 janvier 2022 d'avoir été réalisée non contradictoirement sans tenir compte des nouveaux éléments présentés par la société, les dispositions des articles L. 45 B et R. 45 B-I du livre des procédures fiscales, en vertu desquelles les agents du ministère de la recherche et de la technologie peuvent vérifier la réalité de l'affectation à la recherche des dépenses, ne leur imposent pas d'engager avec la société un débat oral et contradictoire sur la réalité de cette affectation, mais prévoient seulement que l'administration lui notifie les résultats de l'investigation. Par suite, le moyen sera écarté.

4. En dernier lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-CTX-ADM-10-40-20 n°100 et n°170 du 12 septembre 2012 qui porte sur les opérations d'expertises menées sur instruction du juge administratif.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

5. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. ()./ II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont :k) Les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ;2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; () Les dépenses mentionnées aux 1° à 6° entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 400 000 € par an. Pour l'application du présent k, est considéré comme nouveau produit un bien corporel ou incorporel qui satisfait aux deux conditions cumulatives suivantes : - il n'est pas encore mis à disposition sur le marché ; - il se distingue des produits existants ou précédents par des performances supérieures sur le plan technique, de l'écoconception, de l'ergonomie ou de ses fonctionnalités. Le prototype ou l'installation pilote d'un nouveau produit est un bien qui n'est pas destiné à être mis sur le marché mais à être utilisé comme modèle pour la réalisation d'un nouveau produit. () ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si des dépenses sont éligibles au dispositif du crédit d'impôt prévu par les dispositions précitées du code général des impôts.

7. Il résulte de l'instruction que pour refuser à la SAS Lundi Matin le bénéfice du crédit d'impôt innovation déclaré par celle-ci au titre de l'année 2018 à hauteur de la somme de 52 398 euros, l'administration s'est fondée sur les conclusions de deux experts techniques de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités qui, dans leurs rapports d'expertise du 10 juin 2021 et de contre-expertise du 11 janvier 2022, ont estimé que le projet de logiciel RoverCash présenté par la société ainsi que des dépenses de personnel n'étaient pas éligibles au dispositif prévu par les dispositions précitées du k) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts.

Quant au logiciel RoverCash :

8. Il résulte de l'instruction que la SAS Lundi Matin a développé et commercialisé depuis le 21 février 2015 un logiciel dénommé RoverCash consistant en une caisse enregistreuse tactile destinée aux commerçants, disponible sur système d'exploitation Android et Ios, fonctionnant sur tablette et smartphone, permettant à l'utilisateur de gérer l'ensemble de son activité, de la vente au suivi de la clientèle. La société soutient avoir engagé en 2018 des travaux relatifs à l'ergonomie du produit ainsi qu'à l'amélioration ou au déploiement de nouvelles fonctionnalités en matière de gestion de commande passée par le client sur le web (clicketcollect), de livraison à domicile d'une commande passée au magasin (store to web), de protection du système d'information du client (Mode Kiosk), de traçabilité du produit par numéro de série ou de lot et de gestion de paiement dématérialisée sans espèces (cashless). Il résulte toutefois de l'instruction et notamment des deux rapports d'expertises techniques, qu'à la date déclarée d'engagement des travaux le 1er janvier 2018, le logiciel RoverCash préexistait sur le marché depuis le 21 février 2015, de même que les fonctionnalités click et collect et cashless. En outre, ainsi que le relève l'expert dans son rapport du 11 janvier 2022, de nombreuses solutions répondant aux objectifs du projet préexistent sur le marché des logiciels de caisses enregistreuses sur appareils mobiles. Par ailleurs, la société n'apporte pas de démonstration suffisamment circonstanciée ni d'éléments suffisamment précis et mesurables telles que des données comparatives permettant de considérer que le logiciel RoverCash se distinguerait des produits existants par des performances supérieures. Par suite, la condition de nouveauté du produit à laquelle est subordonné le bénéfice des dispositions du k du II de l'article 244 quater B du code général des impôts n'est pas remplie.

Quant aux dépenses de personnel :

9. Il résulte des dispositions citées au point 5 que les dépenses de personnel ouvrant droit au crédit d'impôt innovation sont celles correspondant au personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits.

10. D'une part, il résulte de ce qui précède que le projet de logiciel RoverCash n'étant pas éligible au crédit d'impôt innovation, les dépenses de personnel y afférentes ne sont, par voie de conséquence, pas non plus éligibles, en application des dispositions du 2° du k du II de l'article 244 quater B du code général des impôts.

11. D'autre part, s'agissant du projet LMB de développement d'un méta-modèle de connecteur, admis partiellement au crédit d'impôt innovation par l'administration fiscale, il résulte de l'instruction que le service, suivant l'expert, a écarté de l'assiette les dépenses de personnel relatives à M. A B, chef de projet, au seul motif que son profil, qui met en évidence des compétences techniques dans le domaine immobilier et le diagnostic environnemental des bâtiments, ne serait pas adapté, ce alors que les dispositions du 2° du k) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts précité ne subordonnent pas l'éligibilité des dépenses de personnel au crédit d'impôt innovation à une qualification particulière. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait été directement et exclusivement affecté à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes de nouveaux produits, son contrat de travail précisant des interventions dans les domaines du conseil avant-vente, de la gestion de projets et intégration, de l'assistance technique et de la formation. Par suite, c'est à bon droit que les dépenses de personnel correspondantes, qui ne répondent pas aux conditions du 2° du k du II de l'article 244 quater B du code général des impôts, n'ont pas été admises par le service dans la base de calcul du crédit d'impôt innovation.

S'agissant de l'application de la doctrine fiscale :

12. La SAS Lundi Matin n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-45-10 n° 50 et n°100 du 2 mars 2016 et de la doctrine référencée BOI-BIC-RICI-10-10-45-20 n°40 du 16 février 2022 qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement.

13. Il résulte de ce qui précède que la SAS Lundi Matin n'est pas fondée à soutenir que les dépenses déclarées par elle en 2018 au titre du crédit d'impôt innovation étaient éligibles, pour le montant en litige, à ce dispositif. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé de procéder au remboursement de la somme de 52 398 euros.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en restitution présentées par la SAS Lundi Matin doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Lundi Matin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Lundi Matin et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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