Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104245

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104245
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat CRAMPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 11 et 19 août 2021, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a confirmé, en réponse à son courriel de contestation du 18 juillet 2021, la décision mettant à sa charge un indu d'un montant de 2 662,03 euros, ramené à 665,26 euros après remise de dette, et la décision du 2 juillet 2021 lui accordant la remise seulement partielle de l'indu.

Elle soutient que :

- elle attend depuis 4 mois une réponse après de nombreuses démarches auprès de la caisse d'allocations familiales, période durant laquelle elle a connu une importante baisse de ses droits à l'APL générant des difficultés financières ;

- le courrier mettant à sa charge l'indu évoque des déclarations erronées de sa part alors qu'elle a toujours déclaré l'intégralité de ses ressources, y compris les pensions alimentaires ;

- l'attitude de la caisse d'allocations familiales a provoqué stress et incompréhension ; la technicienne qui l'a reçue lui a dit que la dette n'avait pas lieu d'être ;

- l'indu a des répercussions sur son niveau de vie alors qu'elle est mère isolée et qu'elle n'a commis aucune erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Crampe, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mis à la charge de Mme C un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 2 661,03 euros. Par décision du 2 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales a accordé à Mme C une remise partielle de 1 995,77 euros, ramenant le montant de l'indu à 665,26 euros. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales a confirmé, en réponse à son courriel du 18 juillet 2021, la mise à sa charge de l'indu d'un montant de 2 661,03, et la décision du 2 juillet 2021 par laquelle lui a été accordée une remise seulement gracieuse partielle de sa dette.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité ou d'aide personnelle au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° ". Selon l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 844-1 dudit code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée () ". Aux termes de l'article R. 846-5 de ce code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : () b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / () / 2° Ses ressources () ".

5. Il résulte de la motivation de la décision non datée du rejet du recours de Mme C formé le 18 juillet 2021 que les indus mis à la charge de la requérante ont pour origine une rectification du calcul de ses droits, intégrant aux ressources annuelle 2017, 2018, 2019 les pensions alimentaires perçues et déclarées sur ses déclarations trimestrielles de ressources effectuées au titre du revenu de solidarité active (RSA). Ont été mis à sa charge, par décisions du 18 février 2021, à hauteur de 2 538,03 euros, et du 2 mars 2021, à hauteur de 216 euros, deux indus. Pour contester le bien-fondé de ces indus, la requérante soutient qu'elle a toujours déclaré ses ressources y compris ses pensions alimentaires, et que l'erreur ne provient pas d'elle. Toutefois, elle ne conteste pas que le calcul auquel il a été procédé en réintégrant les ressources issues de pensions alimentaires, alors même qu'elle n'est pas à l'origine de leur omission, était fondé.

En ce qui concerne la demande de remise gracieuse :

6. Aux termes de l'article L. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, ou ne faisant que partiellement droit à cette demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

8. Si Mme C fait valoir que la récupération de l'indu mis à sa charge a des répercussions sur son niveau de vie, elle ne produit pas de pièces de nature à établir les montants de ses ressources et charges. Elle ne justifie pas être dans l'incapacité de rembourser le solde de l'indu restant à sa charge, d'un montant de 665,26 euros, sans que cela ne compromette durablement l'équilibre de son budget et ne menace la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer, le cas échéant en sollicitant un échelonnement de cette dette.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a rejeté sa réclamation du 18 juillet 2021 tendant à contester la mise à la charge d'un indu d'aide au logement et la remise seulement partielle de sa dette.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à dispositions au greffe le 22 décembre 2022.

La magistrate désignée,

S. Crampe La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

La greffière,

M. B

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