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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104268

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104268

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104268
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-Président RABATE
Avocat requérantSCP D'AVOCATS BAKER & MC KENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 12 août 2021 et 7 mars 2023, la société par actions simplifiée Auchan Hypermarché, représentée par Me Meier et Valeteau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) mises à sa charge au titre de l'année 2019 à raison de locaux dont elle est propriétaire sur le territoire de la commune de Béziers ;

2°) de mettre a` la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- la délibération de la communauté d'agglomération Béziers Méditerranée fixant le taux de la TEOM au titre de l'année 2019 est illégale car le taux de la TEOM voté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et n'est pas conforme aux dispositions de l'article 1520 du code général des impôts ;

- il convient d'exclure des dépenses limitatives listées à l'article 1520 du code général des impôts, les dépenses afférentes aux déchets non ménagers couverts par le produit de la redevance spéciale, lorsqu'elle existe, ce qui est le cas à Béziers ;

- la Cour des comptes, l'Ademe et l'Amorce estiment que les déchets non ménagers représentent 20% du volume total des déchets collectés et traités dans le cadre du service et, par suite, les déchets ménagers représentent 80% du volume total des déchets collectés et traités dans le cadre du service ;

- faute pour les collectivités de démontrer que cette proportion serait différente, il convient de considérer que le montant de TEOM que les collectivités peuvent percevoir en application de l'article 1520 du code général des impôts s'établit à 80% du coût total de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers majoré le cas échéant, depuis le 1er janvier 2019, des éventuels frais de définition et d'évaluation du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés, diminué des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. Il convient d'exclure de ces recettes, le cas échéant, le produit de la redevance spéciale d'enlèvement des ordures non ménagères perçu par les collectivités ;

- le produit de la TEOM au titre de l'année 2019 excède de 24,95 % le coût du service des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service.

Par mémoires en défense, enregistrés les 16 décembre 2021 et 20 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;

- la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, magistrat désigné ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Auchan Hypermarché, anciennement dénommée Auchan France, propriétaire de locaux à Béziers, a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 à raison de ces locaux. Par la présente requête, la société SAS Auchan Hypermarché demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures de lui accorder la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction résultant de l'article 23 de la loi du 28 décembre 2018 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. / () ".

3. La taxe susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses réelles de fonctionnement exposées pour le service de collecte et de traitement des déchets, des dotations aux amortissements des immobilisations qui sont affectées à ce service, lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure, ainsi que les dépenses réelles d'investissement relatives à ce service lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. Les attributions de compensation versées par un établissement de coopération intercommunale à ses communes membres en vertu du 1° du V de l'article 1609 nonies C du code général des impôts, lorsque les ressources de ces communes qui étaient liées aux charges qui ont été transférées à l'établissement étaient excédentaires l'année précédant le transfert, ne sont pas, eu égard à leur objet, au nombre des dépenses susceptibles d'être couvertes par la TEOM.

4. S'agissant de l'année 2019, il résulte de l'instruction que le montant des dépenses prévisionnelles pour assurer le service public de collecte et de traitement des déchets et assimilés pour l'année 2019, tel qu'il ressort du budget primitif de la communauté d'agglomération Béziers méditerranée, s'élève à 27 607 371 euros comprenant les dépenses de fonctionnement réelles, à hauteur de 26 068 421,63 euros et les dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, à hauteur de 1 538 950 euros, après déduction du montant des attributions de compensation de 4 110 889 euros, et des recettes ordinaires non fiscales, comprenant les recettes réelles à hauteur de 27 632 820 euros, et la redevance spéciale prévue par l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales pour un montant de 1 313 000 euros. Et il résulte de l'instruction que le montant des dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du I de l'article 1520 du code général des impôts de la communauté d'agglomération non couvertes par des recettes non fiscales s'élevait à 15 687 825 euros. Il en résulte que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui s'élève à 21 204 163 euros, excède de 24,2 % le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir. Il suit de là que le taux de cette taxe, adopté par délibération du conseil de la communauté d'agglomération du 21 mars 2019, doit être regardé comme manifestement disproportionné. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, celui tiré de l'exception d'illégalité de la délibération doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères mise à sa charge au titre de l'année 2019.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La SAS Auchan Hypermarché est déchargée de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères mise à sa charge au titre de l'année 2019 dans le rôle de la commune de Béziers.

Article 2 : L'Etat versera à la SAS Auchan Hypermarché une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Auchan Hypermarché est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Auchan Hypermarché et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

V. RabatéLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 avril 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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