jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104294 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août 2021 et 21 juin 2022, M. B D, représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 2 juin 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a procédé à la radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois de juin 2018 et lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 262,94 euros au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 août 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 2 août 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active et la mise à sa charge d'un indu de 13 262,94 euros au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 août 2020 ;
3°) de le décharger du paiement des sommes réclamées ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault et de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit en procédant à la radiation de ses droits à compter du mois de juin 2018, date de constitution de la société Direct Auto à laquelle il n'était alors ni associé, ni gérant, ni salarié ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il avait fraudé et exercé une activité salariée à compter du 30 novembre 2019 alors qu'il n'a perçu un salaire qu'à partir de septembre 2020 ; en tout état de cause, la perception de ce salaire lui permettait toujours de bénéficier du revenu de solidarité active ;
- il a transmis à la caisse d'allocations familiales toutes les pièces justificatives demandées permettant la détermination de ses droits, lesquelles établissaient le fait qu'il était en mesure de percevoir légalement le revenu de solidarité active ;
- il doit pouvoir bénéficier de la prescription biennale dès lors qu'aucune intention frauduleuse ne peut être établie ;
- les décisions du 2 juin 2021 et du 2 août 2021 sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- la décision du 2 juin 2021 est insuffisamment motivée ;
- le département ne pouvait légalement procéder à la radiation rétroactive de ses droits au revenu de solidarité active au motif qu'il n'aurait pas rempli ses obligations ; en outre, il n'était pas soumis aux obligations prévues par l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles dès lors que ses revenus ne dépassaient pas un montant de 500 euros mensuel en moyenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, qui se déclarait seul et sans ressource, a bénéficié du revenu de solidarité active à partir du mois de mars 2018. La caisse d'allocations familiales ayant été informée que M. D était devenu, le 30 novembre 2019, gérant et associé unique de la SARL Direct Auto, créée le 5 mai 2018, situation qu'il n'avait pas déclarée, ses droits au revenu de solidarité active ont été suspendus par décision du 5 octobre 2020. Par courrier du 5 novembre 2020, les services du département des Pyrénées-Orientales lui ont adressé une demande de production de justificatifs relatifs à son activité. M. D, n'ayant pas produit les documents réclamés dans le délai imparti, a été radié, par décision de la caisse d'allocations familiales du 2 juin 2021, de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active et un indu de 13 262,94 euros a été mis à sa charge pour la période du 1er décembre 2018 au 31 août 2020 au motif qu'il exerçait une activité non déclarée depuis le mois de mai 2018. M. D a formé un recours contre cette décision le 14 juin 2021 qui a été rejeté par la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales par décision du 2 août 2021.
Sur le périmètre du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active.
3. Ainsi, dans la mesure où M. D a exercé, le 14 juin 2021, un recours administratif contre la décision du 2 juin 2021 ayant donné lieu à une décision de rejet en date du 2 août 2021, les conclusions de sa requête doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre cette dernière décision. Il en résulte que les moyens, tirés du défaut de motivation de la décision du 2 juin 2021 et de l'incompétence de son auteur, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
Sur la régularité de la décision du 2 août 2021 :
4. La décision du 2 août 2021 a été signée par M. E C, responsable du service accès aux droits de la direction de l'insertion et de l'accès aux droits, lequel a reçu délégation, par arrêté n° 2193/101 du 5 février 2021 pour signer les décisions individuelles sur les créances en matière de revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 2 août 2021 manque en fait et doit être écarté.
5. Contrairement à ce que soutient M. D, la décision du 2 août 2021 est motivée en droit et en fait.
Sur le bien-fondé de la décision du 2 août 2021 :
En ce qui concerne la radiation des droits au revenu de solidarité active :
6. Enfin, aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : () 4° lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 262-40 de ce code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : 1° Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies et à la suite d'une suspension de versement décidée en application de l'article L. 262-37. / 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation, lorsque les ressources du foyer sont d'un montant supérieur à celui du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 () ". Selon de l'article R. 262-83 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale : " Les organismes de sécurité sociale demandent, pour le service d'une prestation ou le contrôle de sa régularité, toutes pièces justificatives utiles pour vérifier l'identité () du bénéficiaire d'une prestation ainsi que pour apprécier les conditions du droit à la prestation, notamment la production d'avis d'imposition ou de déclarations déposées auprès des administrations fiscales compétentes. () Sauf cas de force majeure, la non-présentation par le demandeur de pièces justificatives, () entraînent la suspension () du versement de la prestation jusqu'à la production des pièces demandées ou la réponse à la convocation adressée (). ".
7. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose ainsi que sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives à ses activités.
8. Comme il a été ci-dessus, M. D n'a informé la caisse d'allocations familiales qu'en septembre 2020 de ce qu'il était devenu, le 30 novembre 2019, gérant de la SARL Direct Auto créée le 5 mai 2018. Si pour contester la suspension puis la radiation de ses droits au revenu de solidarité active, M. D fait valoir qu'il a produit toutes les pièces qui lui étaient réclamées, il est constant qu'il ne l'a fait qu'à l'appui de son recours formé contre la décision du 2 juin 2021 lui notifiant sa radiation du revenu de solidarité active. Par suite, le gestionnaire du revenu de solidarité active était en droit d'en suspendre le versement puis, en l'absence de production des pièces réclamées dans le délai imparti, de prononcer la radiation de M. D.
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :
9. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 6 que, si l'autorité administrative est en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation et, sous réserve des délais de prescription, contrairement à ce que soutient M. D, de décider de récupérer les sommes qui ont ainsi été indûment versées à l'intéressé.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". Selon l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Enfin, l'article R. 132-1 de ce code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ". Pour l'application de ces dispositions, lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active ou un des membres de son foyer détient des parts d'une société commerciale relevant du régime de l'impôt sur les sociétés et n'est pas soumis aux dispositions des articles R. 262-18 ou R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles applicables aux revenus professionnels relevant de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles, des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux, du fait des bénéfices dégagés par cette société, il y a lieu, pour déterminer le montant des ressources qu'il retire de ces parts, de tenir compte des seuls bénéfices de la société dont il a effectivement disposé, c'est-à-dire qui lui ont été distribués. A défaut de distribution de tout ou partie des bénéfices réalisés par la société, ces ressources ne peuvent être évaluées que sur la base forfaitaire, applicable aux biens non productifs de revenus, prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Pour déterminer la valeur des parts sociales à laquelle appliquer le taux de 3 %, l'administration et, le cas échéant, le juge peuvent tenir compte de leur valeur nominale, sauf à disposer d'éléments leur permettant de déterminer une valeur aussi proche que possible, à la date où les ressources sont évaluées, de celle qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande, par exemple en s'appuyant sur le montant de l'actif net comptable de la société.
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction que si la SARL Direct Auto a été créée le 5 mai 2018, M. D n'en est devenu le gérant et l'associé unique qu'à partir du 30 novembre 2019. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment du dossier produit en défense par le département des Pyrénées-Orientales, que M. D aurait tiré, avant le 30 novembre 2019, des ressources de la SARL Direct Auto ni que ses déclarations de ressources étaient erronées.
12. En deuxième lieu, en tardant à déclarer qu'il était gérant et unique associé d'une SARL, M. D n'a pas mis à même le service gestionnaire du revenu de solidarité active de connaître le montant exact de ses ressources découlant de cette activité, notamment pour les déterminer en application des dispositions citées au point 10. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à contester l'indu mis à sa charge pour la période à partir de laquelle il est devenu gérant et unique associé de la SARL.
13. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander la décharge de l'indu de revenu de solidarité active pour la période correspondant aux ressources qu'il a déclarées jusqu'au mois de novembre 2019. Le surplus de ses conclusions doit en revanche être rejeté.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales ou de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales la somme que demande M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est déchargé de l'indu de revenu de solidarité active pour la période correspondant aux ressources qu'il a déclarées jusqu'au mois de novembre 2019.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le président,
D. A
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 février 2023.
La greffière,
F. Roman
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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