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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104321

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104321

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantSZTULMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2021, M. C B, représenté par Me Sztulman, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 18 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Aude a rejeté son recours administratif tendant à contester l'avis des sommes à payer émis le 16 mars 2021 pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 784,97 euros pour la période du 1er novembre 2017 au 30 septembre 2020 ;

2°) de le décharger de cet indu ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de dette ;

4°) en tout état de cause, d'enjoindre au département de l'Aude de le rétablir rétroactivement dans ses droits au revenu de solidarité active ;

5°) de mettre à la charge du département de l'Aude une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis des sommes à payer est entaché d'un vice d'incompétence dès lors qu'il ne comporte ni la signature de son auteur ni la mention de tous les prénoms de l'émetteur du titre ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise sans avis préalable de la commission de recours amiable en violation de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- les mouvements financiers constatés par le département sur son compte bancaire ne sont que la conséquence des dépenses qu'il a faites pour le compte d'une association ; ceux-ci ne sauraient être considérés comme des ressources ;

- il ignorait de bonne foi devoir déclarer ces prétendues ressources ;

- il est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire ;

- en l'absence de preuve de l'administration de ce qu'il aurait été animé d'une intention frauduleuse, la levée de la prescription biennale est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2021, le département de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Aude en se déclarant en situation de chômage non indemnisé et sans ressources. A la suite d'un contrôle de sa situation retenant, d'une part, qu'il exerçait une activité professionnelle d'élevage et de vente de chats au titre de laquelle il percevait des revenus et, d'autre part, qu'il était commis et programmateur de spectacles pour une association, M. B s'est vu notifier un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 11 432,54 euros pour la période d'octobre 2018 à septembre 2020. Suite à la levée de la prescription biennale, l'indu précité a été complété d'un montant de 5 352,43 euros pour la période de novembre 2017 à septembre 2018, portant ainsi l'indu à un montant de 16 784,97 euros pour la période de novembre 2017 à septembre 2020. Par une décision du 16 mars 2021, la présidente du conseil départemental de l'Aude a émis à son encontre un titre exécutoire tendant au recouvrement de cette somme. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 18 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Aude a rejeté son recours administratif tendant à contester ce titre exécutoire ainsi que l'obtention d'une remise de sa dette.

Sur l'objet du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui vient d'être dit, que les conclusions de la requête de M. B, dirigées contre la décision du 18 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Aude a rejeté son recours administratif contestant l'avis des sommes à payer émis le 16 mars 2021 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active, doivent également être regardées comme dirigées contre cet avis des sommes à payer.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté () " Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

5. D'une part, selon ces dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. D'autre part, alors même que la décision du président du conseil départemental confirmant l'indu de revenu de solidarité active réclamé à l'intéressé serait, à la date de l'introduction de la requête devant le tribunal administratif, devenue définitive, l'intéressé reste recevable, dans le délai prévu par le 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, à contester le bien-fondé de la créance du département à l'appui de ses demandes tendant à l'annulation des titres exécutoires émis pour son recouvrement.

6. Il résulte de ce qui précède que la circonstance que M. B n'a pas formé de recours contentieux contre la décision de la présidente du conseil départemental de l'Aude rejetant son recours administratif préalable obligatoire ne fait obstacle à ce que M. B conteste le bien-fondé de l'indu comme la régularité du titre de recette.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-15 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

8. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

9. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux comporte la mention du nom, du prénom et de la qualité de son auteur sans toutefois faire figurer sa signature. En l'absence de toute production par le département de l'Aude du bordereau du titre de recettes comportant la signature de son auteur, ledit titre doit être regardé comme ne satisfaisant pas aux exigences des dispositions précitées. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le titre exécutoire contesté est entaché d'une irrégularité justifiant son annulation.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 16 mars 2021 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 784,97 euros pour la période du 1er novembre 2017 au 30 septembre 2020 et, par voie de conséquence, la décision du 18 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Aude a rejeté le recours administratif de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

12. Il résulte de ce qui précède, compte du motif de l'annulation du titre exécutoire, que le présent jugement n'implique pas la décharge de l'indu en litige, ni le paiement rétroactif du revenu de solidarité active.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Aude la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis le 16 mars 2021 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 784,97 euros pour la période du 1er novembre 2017 au 30 septembre 2020 et la décision du 18 juin 2021 rejetant le recours administratif formé par M. B sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de l'Aude.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aude.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

La greffière,

F. Roman

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