jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104335 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | CAUQUIL |
Vu la procédure suivante :
Par A requête et un mémoire, enregistrés le 18 août 2021 et le 20 mai 2022, Mme D C et M. F E, représentés par Me Cauquil, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a, d'une part, confirmé la mise à leur charge d'une somme de 17 855,81 euros correspondant à un indu de 14 144 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mai 2017 au 30 novembre 2019 et à un indu de 3 711,84 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales leur a notifié un indu de 3 711,84 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2020
3°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales leur a notifié un indu de 14 144 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mai 2017 au 30 novembre 2019 ;
4°) d'annuler les avis des sommes à payer n° 2128 et n° 2129 émis le 15 avril 2021 pour le recouvrement de ces indus ;
5°) de les décharger du paiement des sommes demandées ;
6°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Orientales de réexaminer leur situation ;
7°) d'ordonner la suspension des poursuites en cours effectuées par la paierie départementale des Pyrénées-Orientales ;
8°) de leur accorder un échelonnement de leur dette ;
9°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales A somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête n'est pas tardive dès lors qu'aucun délai de recours ne leur était opposable ;
- en raison de leur bonne foi, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit leur être appliquée ;
- les décisions de notification d'indu de revenu de solidarité active produites tardivement par l'administration sont entachées d'un vice d'incompétence en l'absence de signature de leur auteur ou de production d'une délégation de signature ;
- ils sont séparés de fait depuis le 13 octobre 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales. A la suite d'un contrôle retenant qu'elle n'avait pas déclaré sa situation de vie maritale avec M. E depuis le mois de décembre 2016 ainsi que son activité salariée et les ressources en découlant, Mme C s'est vue notifier un indu d'un montant total de 18 297,95 euros dont 14 444 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période de mai 2017 à novembre 2019 et 3 711,81 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période de février à septembre 2020. En date du 15 avril 2021, des titres exécutoires ont été émis à l'encontre de Mme C et de M. E pour le recouvrement de ces indus. Par la présente requête, il y a lieu de regarder les requérants comme demandant l'annulation de la décision du 29 juin 2021, qui s'est substituée aux décisions initiales, statuant sur leur recours contre les notifications d'indu de revenu de solidarité active. Ils demandent également l'annulation des titres exécutoires émis le 15 avril 2021 pour le recouvrement de ces indus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité des décisions de notification des indus de revenu de solidarité active :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre A décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active.
3. Ainsi, dans la mesure où Mme C et M. E ont exercé des recours administratifs contre les décisions de la caisse d'allocations familiales du 4 décembre 2019 et du 29 septembre 2020, ayant donné lieu à A décision de rejet en date du 29 juin 2021, les conclusions de la requête présentées par les requérants doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre cette dernière décision. Il en résulte que les moyens relatifs aux vices propres qui entacheraient les décisions initiales sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus :
S'agissant de la composition du foyer :
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L.262-9 même code prévoit que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant A période d'une durée déterminée, pour : 1° A personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; 2° A femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. Est considérée comme isolée A personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". En vertu de l'article L. 262-3 dudit code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".
5. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est A union de fait, caractérisée par A vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice des prestations en litige, le foyer s'entend notamment du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur A vie de couple stable et continue. A telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. En outre, en cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, les revenus du conjoint du bénéficiaire n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.
7. Il résulte de l'instruction que les indus mis à la charge de Mme C et de M. E résultent notamment de la prise en compte d'une situation de vie maritale entre eux suite à l'achat en commun d'une maison au cours du mois de juillet 2016 et le constat de la détention d'un compte joint sur lequel sont prélevées les factures d'eau, d'électricité et les échéances du prêt souscrit pour l'acquisition de ce bien. Si les requérants font valoir être séparés de fait depuis le 13 octobre 2016, la seule production de bulletins de salaires et d'un avis d'imposition ne permettent pas utilement de remettre en cause les constatations de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. En tout état de cause, alors que Mme C et M. E soutiennent que ce dernier serait domicilié chez le père de madame, A telle circonstance n'est pas de nature à caractériser A cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 4 précédent que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a pu confirmer les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C et M. E.
S'agissant de l'application des règles de prescription :
8. Selon l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, ou le département en recouvrement de sommes indûment payées ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas de fausse déclaration ou de fraude, la prescription biennale n'est pas applicable au revenu de solidarité active.
9. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent A volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser A fausse déclaration.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 précédent que Mme C et M. E n'établissent pas utilement avoir été séparés de fait à compter du 13 octobre 2016 et doivent être, par suite, regardés comme ayant omis de déclarer, au titre des ressources du foyer, les ressources de M. E. Alors qu'il résulte des correspondances adressées par les requérants à l'administration que ces derniers n'ignoraient pas leur obligation de déclarer les ressources de leur foyer, ceux-ci doivent être regardés, comme s'étant livrés à de fausses déclarations. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 8 précédent que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a pu confirmer l'indu mis à leur charge, après levée de la prescription biennale, à compter du 1er mai 2017.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a, d'une part, confirmé la mise à leur charge d'une somme de 17 855,81 euros correspondant à un indu de 14 144 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mai 2017 au 30 novembre 2019 et à un indu de 3 711, 84 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2020. Leurs conclusions dirigées contre les avis des sommes à payer n° 2128 et n° 2129 émis le 15 avril 2021 pour le recouvrement de ces indus ne peuvent par suite qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'échelonnement de la dette :
12. Si, en l'espèce, M Mme C et M. E sollicitent un paiement aménagé de leur dette, il ne ressort pas du dossier que les intéressés aient préalablement saisi l'administration d'une telle demande. Or, il n'appartient pas aux tribunaux administratifs, juges de droit commun, de faire œuvre d'administrateur et d'accorder, en lieu et place de l'organisme payeur, un aménagement des modalités de remboursement d'un indu de prestations sociales. Par suite, en l'absence de toute décision de l'administration rejetant A demande qu'ils auraient présentée en ce sens, Mme C et M. E ne sont pas recevables à demander directement au tribunal de leur accorder cet échelonnement. En tout état de cause, il appartient aux requérants, s'ils s'y croient fondés, d'adresser A telle demande à l'administration, en l'assortissant de tout justificatif de la situation de précarité qu'ils invoquent sans l'établir dans le cadre de la présente instance.
13. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête doit être rejeté, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C et M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. F E et au département des Pyrénées-Orientales.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le président,
D. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 février 2023.
La greffière,
F. Roman
No 2104335
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026