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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104447

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104447

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104447
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBETROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2021, M. A B, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 48 562,50 euros en réparation des préjudices subis du fait des accidents de service dont il a été victime les 27 janvier 2013 et 18 décembre 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il détient une créance sur l'Etat, même en l'absence de faute de sa part, car il a été victime d'accidents les 27 janvier 2013 et 18 décembre 2014, dont l'imputabilité au service a été reconnue ;

- il demande le versement de la somme de 27 802,50 euros au titre des préjudices extrapatrimoniaux résultant de l'agression dont il a été victime le 27 janvier 2013 (50 euros pour la gêne totale de deux jours, 1 492,50 euros pour la gêne partielle de 15 % du 27 janvier 2013 au 28 février 2014, 500 euros pour le préjudice esthétique temporaire, 500 euros pour le préjudice esthétique permanent évalué à 0,5 sur 7, 5 000 euros pour les souffrances endurées évaluées à 3 sur 7 et 20 760 euros pour le déficit fonctionnel permanent évalué à 12 % ;

- il demande le versement de la somme de 20 760 euros au titre des préjudices extrapatrimoniaux afférents à l'incapacité permanente partielle de 15 % résultant de l'accident du 18 décembre 2014.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la créance est prescrite, dès lors que la consolidation de l'état de santé du requérant au titre des accidents de service des 27 janvier 2013 et 18 décembre 2014 a respectivement été fixée aux 4 décembre 2013 et au 10 juin 2015 ;

- à titre subsidiaire, les prétentions indemnitaires doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bossi,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, surveillant brigadier au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone, a été victime d'accidents les 27 janvier 2013 et 18 décembre 2014, qui ont été reconnus imputables au service. Par un courrier du 27 avril 2021, reçu le 30 avril suivant, M. B a adressé à l'Etat une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir la réparation des préjudices causés par ces deux accidents de service, laquelle a été implicitement rejetée. Par la requête susvisée, il demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme globale de 48 562,50 euros, en réparation des préjudices subis résultant de ces deux accidents.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".

3. Pour l'application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 s'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de la prescription quadriennale est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime. La consolidation de l'état de santé de la victime d'un dommage corporel fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentaient un caractère certain permettant de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que l'état de santé du requérant à raison de l'accident de service dont il a été victime le 27 janvier 2013 a été reconnu comme étant consolidé à compter du 4 décembre 2013. D'autre part, il ressort de l'avis émis par la commission de réforme le 19 avril 2016, et n'est pas contesté, que la consolidation de l'état de santé de M. B à raison de l'accident de service du 18 décembre 2014 est intervenue le 10 juin 2015. Ainsi, en application des principes rappelés au point précédent, M. B devait, pour interrompre valablement la prescription quadriennale au titre de la réparation des préjudices subis du fait de son accident de service du 27 janvier 2013 consolidé au 4 décembre 2013 et du fait de son accident de service du 18 décembre 2014 consolidé au 10 juin 2015, introduire sa réclamation indemnitaire, respectivement, avant le 1er janvier 2018 et avant le 1er janvier 2020. Dans ces conditions, l'action de M. B était prescrite le 30 avril 2021, lorsque sa demande indemnitaire préalable relative à la réparation des préjudices subis résultant de ces deux accidents de service a été reçue par l'administration. Par suite, le garde des sceaux, ministre de la justice, est fondé à opposer l'exception de prescription quadriennale aux créances dont se prévaut l'intéressé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête et, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

D. BesleLa greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 mai 2023.

La greffière,

B. Flaesch

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