mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | DIAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2021 et le 14 février 2023, M. C D, représenté par Me Diab, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler, d'une part, la décision du 6 février 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 736,21 euros au titre de la période du 1er mars 2017 au 30 septembre 2019, la lettre du 22 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault l'a informé qu'une amende administrative de 1 535 euros allait lui être appliquée et, enfin, de la décision du 26 août 2021 par laquelle le président du conseil départemental lui a infligé cette amende administrative ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer ces mêmes décisions en ce qu'elles méconnaissent la prescription biennale ;
3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Hérault de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- la SARL Cogafrem ne lui a versé aucun salaire en qualité de gérant ni distribué aucun bénéfice ;
- en tout état de cause, il doit au moins bénéficier de la prescription biennale pour une partie de l'indu.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 octobre 2022 et le 8 mars 2023, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associé, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive pour contester l'indu ;
- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme B bénéficient du revenu de solidarité active depuis le mois de mai 2012. Ils ont présenté, en septembre 2014, une demande complémentaire de revenu de solidarité active en qualité de non-salariés pour une activité exercée dans le cadre de la SASU Stand Banh Mi. En 2016, ils ont créé la SARL SBM, dont ils détiennent 60 % des parts, cette société détenant elle-même 100 % des parts de la SARL Sofagerm dont ils assurent la gérance. La société Sofagerm dégageant des résultats bénéficiaires en 2017 et 2018, que M. D et Mme B n'ont pas déclarés, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault leur a notifié, par décision du 21 janvier 2020, des indus de diverses prestations sociales pour un montant de 20 473,29 euros dont 18 736,21 euros de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mars 2017 au 30 septembre 2019. M. D a contesté cette décision en ce qui concerne le revenu de solidarité active par un recours reçu par le président du conseil départemental le 7 avril 2020 qui a été rejeté implicitement. Par lettre du 22 janvier 2021, le président du conseil départemental a informé M. D qu'une amende administrative de 1 535 euros était susceptible d'être prononcée et, par décision du 26 août 2021, il lui a infligé cette amende. Par ses écritures, tant dans sa requête introductive d'instance que dans son mémoire complémentaire qui ne désigne comme défendeur que le département de l'Hérault, les conclusions de M. D doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre l'indu de revenu de solidarité active et contre l'amende administrative de 1 535 euros.
Sur le périmètre du litige :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active. Dans la mesure où M. D a formé devant le président du conseil départemental un recours contre la décision du 6 février 2020 de notification de l'indu, ses conclusions doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision implicite qui a rejeté ce recours.
3. En deuxième lieu, la lettre du 22 janvier 2021 se borne à informer M. D qu'une sanction administrative est susceptible de lui être appliquée et l'invite à présenter ses observations, l'amende administrative ayant été effectivement prononcée par la décision du 26 août 2021. Par suite, les conclusions de M. D concernant l'amende administrative doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision du 26 août 2021 et non contre la lettre du 22 janvier 2021 qui est insusceptible de recours contentieux.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée en défense :
4. Pour contester la décision implicite rejetant son recours, dont le département expose qu'elle est intervenue le 7 juin 2020, M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 6 août 2020 qui a interrompu le délai de recours contentieux. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 28 septembre 2020 dont la date de notification ne ressort pas de l'instruction. Par suite, le département de l'Hérault n'est pas fondé à soutenir que la requête, enregistrée le 16 septembre 2021, n'a pas été présentée dans un délai de raisonnable et qu'elle est tardive. Il y a lieu, en conséquence, d'écarter la fin de non-recevoir soulevée en défense.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
5. L'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code: " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Enfin, l'article R. 132-1 de ce code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".
6. Pour l'application de ces dispositions, lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active détient des parts d'une société à responsabilité limitée ou d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée et n'est pas soumis aux dispositions des articles R. 262-18 ou R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles applicables aux revenus professionnels relevant de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles, des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux, du fait des bénéfices dégagés par cette société, il y a lieu, pour déterminer le montant des ressources qu'il retire de ces parts, de tenir compte des seuls bénéfices de la société dont il a effectivement disposé, c'est-à-dire qui lui ont été distribués. A défaut de distribution de tout ou partie des bénéfices réalisés par la société, ces ressources ne peuvent être évaluées que sur la base forfaitaire, applicable aux biens non productifs de revenus, prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Pour déterminer la valeur des parts sociales à laquelle appliquer le taux de 3 %, l'administration et, le cas échéant, le juge peuvent tenir compte de leur valeur nominale, sauf à disposer d'éléments leur permettant de déterminer une valeur aussi proche que possible, à la date où les ressources sont évaluées, de celle qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande, par exemple en s'appuyant sur le montant de l'actif net comptable de la société.
7. Il résulte de l'instruction que pour déterminer les droits de M. D au revenu de solidarité active, le président du conseil départemental a retenu les bénéfices réalisés par la SARL Sofagerm auxquels ont été ajoutés les dotations aux amortissements. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des comptes de résultats de la SARL Sofagerm, que cette société est soumise à l'impôt sur les sociétés et ne relève dès lors pas des articles R. 262-18 ou R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, seuls peuvent être prises en compte dans les ressources de M. D les bénéfices distribués ou, à défaut de distribution, ces ressources doivent être évaluées sur une base forfaitaire selon les modalités exposées au point 6 ci-dessus. Il ne résulte pas de l'instruction que, comme le soutient M. D, il aurait perçu des salaires en qualité de gérant ou que des bénéfices lui ont été distribués. Par suite, ses ressources doivent être déterminées sur une base forfaitaire. M. D est dès lors fondé à demander la décharge de l'indu de revenu de solidarité active à concurrence de la différence entre l'indu qui lui a été notifié et celui résultant de ses droits calculés à partir de ses ressources déterminées sur la base forfaitaire définie ci-dessus. Les pièces produites par les parties ne permettant pas de déterminer les ressources de M. D et le montant de l'indu, il y a lieu de le renvoyer devant le président du conseil départemental de l'Hérault pour qu'il soit à nouveau procédé au calcul de ses droits.
Sur les conclusions dirigées contre l'amende administrative :
8. En conséquence de la décharge de l'indu de revenu de solidarité active prononcée au point 7, il y a lieu également de décharger M. D de l'amende administrative de 1 535 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme que demande M. D sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est déchargé de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 736,21 euros constitué au titre de la période du 1er mars 2017 au 30 septembre 2019 à concurrence de la différence entre cet indu et celui résultant de ses droits calculés à partir de ses ressources déterminées sur la base forfaitaire définie dans les motifs du présent jugement.
Article 2 : La décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté le recours de M. D contre la décision du 6 février 2020 de notification de l'indu de revenu de solidarité active est réformée en ce qu'elle a de contraire à l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : M. D est renvoyé devant le président du conseil départemental de l'Hérault pour qu'il soit à nouveau procédé au calcul de ses droits sur les bases définies par le présent jugement.
Article 4 : M. D est déchargé de l'amende administrative d'un montant de 1 535 euros qui lui a été infligée par décision du 26 août 2021.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au département de l'Hérault et à Me Diab.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
Le président,
D. ALa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 mai 2023.
La greffière,
F. Roman
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026