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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104900

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104900

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104900
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP TERTIAN-BAGNOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Martinez, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser une somme de 80 099 euros, à parfaire en cours d'instance le cas échéant, à titre d'indemnisation des préjudices résultant des conditions de sa prise en charge par cet établissement le 10 mai 2010 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les préjudices résultent un accident médical non fautif ;

- la responsabilité du centre hospitalier universitaire est engagée sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- elle a subi des préjudices pouvant être évalués à la somme de 80 099 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Mme A, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que sa responsabilité ne peut être engagée pour un dommage résultant d'un accident non fautif.

Par un mémoire, enregistré le 27 mars 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales conclut à sa mise hors de cause.

Il soutient qu'aucune demande n'a été formulée à son encontre. En tout état de cause, le dommage résultant de l'accident non fautif n'atteint pas les seuils de gravité permettant une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance n° 1903017 du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier en date du 2 septembre 2019 ordonnant une expertise ;

- l'ordonnance n° 1903017 du 24 janvier 2020 taxant à la somme de 2 000 euros le montant des frais et honoraires d'expertise et mettant ladite somme à la charge de Mme B ;

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier en date du 4 mars 2021 ordonnant un complément d'expertise ;

- l'ordonnance n°2004094 du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier en date du 5 août 2021 taxant à la somme 750 de euros le montant des frais et honoraire de complément d'expertise et mettant ladite somme à la charge de Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2011-76 du 19 janvier 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Martinez, représentant Mme B, et de Me Le Junter, substituant Me A, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B, née le 7 juillet 1963, a bénéficié au mois de juillet 2009 d'une intervention chirurgicale pour le traitement d'un cancer du sein. Un traitement par chimiothérapie et radiothérapie lui a ensuite été prescrit jusqu'en avril 2010. Le 31 juillet 2009, un scanner thoraco-abdomino-pelvien a révélé un angiome du foie. Des examens réalisés en août et septembre 2019 et mars 2010 ont mis en évidence une lésion hépatique douteuse. Il a été décidé de procéder à une ponction biopsie ciblée du nodule, suivi dans le même temps d'une destruction par radiofréquence qui a été réalisée le 10 mai 2010 à l'hôpital Saint-Eloi, dépendant du centre hospitalier de Montpellier. Mme B est ressortie de l'hôpital le lendemain. Quelques jours plus tard, elle s'est plainte de fortes douleurs abdominales et à l'épaule et a été hospitalisée du 15 au 21 mai 2010, période durant laquelle a été constatée une zone de nécrose du foie dont Mme B conserve des séquelles. Saisi par la requérante, le juge des référés de Montpellier a ordonné une expertise puis une expertise complémentaire réalisées par le Dr D qui a remis ses rapports les 16 janvier 2020 et 7 juin 2021. Une demande d'indemnisation a été adressée par Mme B au centre hospitalier universitaire de Montpellier qui a été rejetée par décision du 29 juillet 2021. Par la présente, Mme B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 80 099 euros, à parfaire en cours d'instance le cas échéant, à titre d'indemnisation des préjudices résultant des conditions de sa prise en charge le 10 mai 2010.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes des dispositions de l'article 1142-1 du code de la santé publique : " I. - "Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute./Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère./ II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire./Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, repris par les écritures de l'ensemble des parties, que la destruction par radiofréquence d'une métastase hépatique d'un cancer du sein, réalisée le 10 mai 2010 et dont l'indication était justifiée, s'est compliquée d'une nécrose ischémique du secteur paramédian du foie droit. Cette complication a été provoquée par une plaie du pédicule vasculaire de ce secteur résultant d'un accident médical non fautif.

4. Il suit de là qu'en l'absence de faute, les conditions d'engagement de la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier uniquement prévues par le I des dispositions précitées ne sont pas réunies.

5. Il résulte également de l'instruction, et n'est pas contesté par les parties, que le dommage résultant de l'accident non fautif n'atteint pas les seuils de gravité prévus à l'article L. 1142-1 précité et au décret n° 2021-76 du 19 janvier 2011. Dès lors, les conditions de mise en cause de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale, ne sont pas remplies. L'office doit dès lors être mis hors de cause.

Sur la déclaration de jugement commun :

6. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, appelée en la cause n'a pas produit de mémoire. Il y a lieu, par suite, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Sur les frais d'expertise :

7. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. / Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1. ".

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

9. Il appartient au tribunal de se prononcer, même d'office, sur la charge des honoraires de l'expertise ordonnée par le juge des référés à la demande de Mme B dès lors qu'ils sont compris dans les dépens de la présente instance.

10. Conformément aux dispositions précitées, il y a lieu de mettre les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 2 750 euros TTC par les ordonnances susvisées des 24 janvier 2020 et 5 août 2021 à la charge définitive de Mme B.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas la partie tenue aux dépens dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de centre hospitalier universitaire de Montpellier présentées sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Article 2 : L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 3 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 750 euros TTC, sont mis à la charge définitive de Mme B.

Article 5 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Montpellier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Délibéré après l'audience publique du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme. Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

D. Besle

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au Ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 juin 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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N° 1901371

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N° 1901371

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