jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104953 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 septembre 2021 et le 12 octobre 2022, Mme B C épouse A, représentée par la SCP Ayral Cussac, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Thuir à lui verser une somme de 10 266,90 euros en réparation du préjudice lié à sa chute sur la voie publique le 10 mars 2012 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Thuir une somme de 3000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son action n'est pas prescrite au vu des démarches préalables qu'elle a menées, notamment devant le tribunal de grande instance ;
- la commune est responsable du fait d'un défaut d'entretien de la voie publique et elle a reconnu sa responsabilité ;
- le lien entre sa fracture et sa chute est établi et il revient à la commune de prouver que l'ouvrage était régulièrement entretenu ;
- elle n'a commis aucune faute ;
- son préjudice est établi au regard notamment des conclusions de l'expertise diligentée par le juge judiciaire.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2022 et le 3 janvier 2023, la commune de Thuir, représentée par la SCP Vial, Pech de Laclause, Escale, Knoepffler, Huot, Piret, Joubes, conclut au rejet de la requête ainsi qu'au rejet des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'action est prescrite, la commune n'ayant pas été attraite devant le juge judiciaire ;
- la commune n'a pas reconnu sa responsabilité ;
- la matérialité des faits n'est pas établie, ni le lien avec un défaut d'entretien de l'ouvrage public au regard du caractère mineur des déformations existantes ;
- Mme A a commis une faute d'inattention alors notamment qu'elle connaissait les lieux, que sa chute a eu lieu en plein jour ;
- le préjudice moral n'est pas établi et les souffrances endurées ainsi que le préjudice esthétique sont surévalués ;
- les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions de Mme A.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 26 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, représentée par la SCP VPNG, conclut à ce que la commune de Thuir lui verse la somme de 1 642,70 euros au titre des dépenses de santé prises en charge, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son mémoire et la somme de 547,57 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, ainsi qu'une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle a intérêt et qualité pour former un recours subrogatoire ;
- elle a engagé des dépenses de santé en faveur de la requérante ;
- les actions engagées justifient également le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion et les frais non compris dans les dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Agier, représentant la commune de Thuir.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, épouse A, qui déclare avoir chuté sur la voie publique le 10 mars 2012 demande la condamnation de la commune de Thuir à lui verser une somme de 10 266,90 euros en réparation de son préjudice.
Sur l'exception de prescription :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". L'article 2 de cette même loi prévoit que : " La prescription est interrompue par : () Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement ; Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".
3. Quel que soit le régime de responsabilité applicable, le point de départ du délai de prescription quadriennale prévu par la loi du 31 décembre 1968, applicable à une action en responsabilité en vue d'obtenir réparation pour la victime d'un dommage corporel est le premier jour de l'année suivant celle de la consolidation des infirmités liées à ce dommage.
4. Par ailleurs, lorsqu'une action en responsabilité d'une victime relève de la compétence de la juridiction administrative mais que la victime exerce devant la juridiction judiciaire l'action directe contre l'assureur du responsable du dommage qui lui est ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances, la victime forme ainsi un recours qui ne peut être accueilli que si le dommage trouve son origine dans un fait de l'assuré engageant la responsabilité de celui-ci. Dès lors, un tel recours doit être regardé, pour l'application des dispositions de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, comme relatif au fait générateur de la créance de la victime sur le responsable du dommage. Il résulte de ces mêmes dispositions que, alors même que la juridiction judiciaire ainsi saisie n'est pas compétente pour connaître de ce fait générateur et même lorsque le responsable du dommage n'est pas partie à cette instance, un tel recours interrompt le cours de la prescription de la créance de la victime sur le responsable du dommage.
5. Il résulte de l'instruction que le préjudice, dont Mme A se prévaut à raison de son état de santé lié à la chute dont elle a été victime, s'est trouvé consolidé le 21 avril 2012. Or, dès le 13 avril 2015, Mme A a assigné la société Generali, en sa qualité d'assureur de la commune de Thuir devant le juge des référés du tribunal de grande instance afin qu'une expertise soit ordonnée. A la suite du dépôt du rapport de l'expert, le 31 décembre 2015, Mme C a exercé, devant ce même juge, une action directe contre l'assureur de la commune de Thuir qui a dernièrement fait l'objet d'un sursis à statuer le 11 février 2019. Il résulte du principe énoncé au point 4 du présent jugement que ce recours a eu pour effet d'interrompre la prescription de la créance détenue sur la commune de Thuir, quand bien même celle-ci n'aurait pas été mise en cause devant le juge judiciaire. Dès lors, l'exception de prescription soulevée par la commune de Thuir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
6. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit que cet ouvrage était en état d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
7. Il résulte de l'instruction que des examens médicaux, réalisés à compter du 12 mars 2012, ont mis en évidence une fracture du coude gauche de Mme A. Si cette dernière soutient que cette fracture est en lien avec une chute sur la voie publique, le seul élément qu'elle produit en ce sens est une attestation de son époux datée du 18 mai 2014, soit près de deux ans après les faits, affirmant avoir été présent lors de l'incident.
8. Surtout, Mme A se limite à faire état " d'un pan de carrelage ressortant du sol " sans identifier avec précision la déformation qui serait à l'origine de sa chute alors que la commune mentionne qu'un dénivelé compris entre 0,1 et 1,5 centimètres peut être constaté au niveau des racines des arbres, sur la place où la requérante déclare avoir chuté.
9. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment des photographies versées au débat, que le lieu déclaré de l'incident est une large place plantée de plusieurs arbres, comprenant également deux bancs, des candélabres, des bites de stationnement ainsi qu'une sculpture, soit plusieurs obstacles au cheminement des piétons justifiant une attention particulière de ces derniers alors au demeurant que l'incident s'est produit en journée, dans un lieu vraisemblablement connu de l'intéressée, qui se rendait à la poste située à près d'un kilomètre de son habitation.
10. Enfin, si par un courrier du 21 septembre 2012 adressé à l'assureur de la commune, l'adjoint au directeur général des services a reconnu qu'un coin de dalle était surélevée et que cette circonstance pouvait engager la responsabilité de la commune de Thuir, cette correspondance ne suffit pas, au regard des éléments précités, à regarder les faits comme établis ni à démontrer l'existence d'un défaut d'entretien de l'ouvrage public.
11. Dans ces conditions, la commune établit que l'altération dont fait état Mme A n'excèderait pas, en tout état de cause, par sa nature, son importance et sa localisation, celles auxquelles un usager, normalement attentif, peut s'attendre, en particulier l'usager piéton d'une voie publique, et ne révèle donc pas l'existence d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage.
12. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la commune de Thuir ne saurait être engagée. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les préjudices allégués de Mme A, il y a lieu de rejeter ses conclusions indemnitaires. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions formulées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne.
Sur les frais du litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Thuir, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A et la CPAM de la Haute Garonne au titre des frais exposés par elles en défense et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la Mme A une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Thuir sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera une somme de 1 000 euros à la commune de Thuir sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la CPAM de la Haute Garonne sont rejetées.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B C épouse A, à la commune de Thuir et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute Garonne.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 20 avril 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026