lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104971 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SZWARC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Szwarc, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 130 222,62 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement de santé ;
2°) à titre subsidiaire d'ordonner une nouvelle expertise afin d'évaluer ses préjudices ;
3°) de déclarer le jugement à intervenir opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.761-1 du CJA ;
5°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- une maladresse opératoire lui a occasionné une plaie à l'oreille avec perforation du tympan ;
- les mensurations des prothèses ont été mal calculées avant leur pose ; ce mauvais dimensionnement a entrainé deux luxations les 9 octobre 2014 et 10 décembre 2021 impliquant des réinterventions chirurgicales ;
- une infection nosocomiale a été révélée en janvier 2017 ; la maladresse du chirurgien a entraîné une plaie qui a servi de porte d'entrée à l'infection.
- ses préjudices doivent être évalués comme suit :
o Déficit fonctionnel temporaire total : 420 euros
o Déficit fonctionnel temporaire partiel : 13 779 euros
o Préjudice esthétique temporaire : 8 000 euros
o Préjudice esthétique : 8 000 euros
o Déficit fonctionnel permanent : 70 000 euros
o Souffrances : 25 000 euros
o Frais d'assistance à expertise : 2 420 euros
o Frais de déplacements : 2 603,62 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2021, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les demandes indemnitaires de Mme B soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute de liaison du contentieux ;
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, il s'agit d'un accident médical non fautif ;
- l'infection ne saurait être qualifiée de nosocomiale, elle est la conséquence de la pathologie de la patiente qui avait nécessité son hospitalisation ; l'infection est secondaire à l'aléa thérapeutique ; les préjudices ne découlent en rien de l'infection mais de l'aléa thérapeutique ;
- à titre subsidiaire les préjudices doivent être évalués comme suit :
o Déficit fonctionnel temporaire total : 182 euros
o Déficit fonctionnel temporaire partiel : 5 970,90 euros
o Préjudice esthétique temporaire : 1 000 euros
o Préjudice esthétique permanent : 2 000 euros
o Déficit fonctionnel permanent : à réduire au vu de l'état antérieur de la patiente
o Souffrances : 25 000 euros
o Frais d'assistance à expertise : 2 120 euros
o Frais de déplacements : pas d'indemnisation.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Un mémoire, présenté pour Mme B, a été enregistré le 11 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 15 février 2023 par ordonnance du 26 janvier 2023.
Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 900 euros par ordonnances de la présidente du tribunal administratif de Montpellier des 7 mai 2019 et 27 janvier 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- les observations de Me Barral, représentant Mme B et les observations de Me Le Junter, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1960, souffrant depuis de nombreuses années d'un syndrome algo-dysfonctionnel de l'appareil manducateur, s'est vue prescrire l'implantation d'une prothèse bilatérale de son articulation temporo-mandibulaire. L'intervention chirurgicale a été menée le 3 octobre 2014 au centre hospitalier universitaire de Montpellier. Mme B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 130 222,62 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () "
S'agissant des fautes médicales :
3. En premier lieu, Mme B reproche au chirurgien du centre hospitalier d'avoir réalisé, par maladresse, une brèche dans son conduit auditif lors de l'intervention du 3 octobre 2014. Il résulte de l'instruction et notamment du compte rendu d'hospitalisation que lors de l'intervention de pose de la prothèse d'articulation temporo-mandibulaire, le chirurgien a constaté une plaie minime du conduit auditif externe droit per opératoire impliquant la mise en place d'un pansement cicatrisant et d'une antibiothérapie. Il résulte également du rapport d'expertise contradictoire du 27 février 2019 menée par un expert spécialisé en stomatologie et chirurgie maxillo-faciale que la plaie du conduit auditif externe ne revêt pas un caractère exceptionnel dans cette chirurgie car le conduit de l'articulation temporo-mandibulaire est en avant du tympanal. Par ailleurs, l'expert relève que dans le cas de Mme B, l'ancienneté et la complexité de sa pathologie arthrosique et dysfonctionnelle des deux articulations temporo-mandibulaire multi-opérées et la fragilité des tissus fibrosés sont la cause des difficultés cicatricielles et des douleurs chroniques de l'articulation. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir l'expert, sans être contredit par le bilan clinique du 27 mai 2021 réalisé non contradictoirement par un médecin à la demande de Mme B, qui conclut à un accident médical non fautif, le centre hospitalier universitaire de Montpellier n'a commis aucun manquement fautif. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Montpellier aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. En second lieu, Mme B soutient que le centre hospitalier aurait commis une faute dans le dimensionnement des prothèses de son articulation temporo-mandibulaire. Mme B se fonde uniquement sur le bilan clinique du 27 mai 2021 réalisé non contradictoirement à sa demande par un médecin spécialisé en posturologie, ostéopathie et médecine du sport, qui se borne à s'interroger sur la pertinence des prothèses mises en place et à émettre des hypothèses selon lesquelles leurs dimensions auraient été mal calculées par le fournisseur sur la base de l'imagerie scanner. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et pas du rapport d'expertise contradictoire, que les prothèses indiquées auraient fait l'objet d'un quelconque défaut de dimensionnement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Montpellier aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant de l'infection nosocomiale :
5. En vertu des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. La présomption de responsabilité des établissements de santé en cas d'infection nosocomiale posée par le I de l'article L. 1142 du code de la santé publique vaut y compris en cas d'infection due à un germe présent dans l'organisme du patient avant l'intervention.
6. Il résulte de l'instruction que des prélèvements du conduit auditif réalisés les 16 mars, 22 mai et 4 août 2017 ont révélé la présence d'un staphylocoque. Le rapport d'expertise du 27 février 2019 relève toutefois que l'ablation du matériel prothétique le 22 janvier 2018 a été rendue nécessaire dans les suites d'une otorrhée par ostéite du tympanal non nosocomiale. Il précise par ailleurs que l'origine de l'infection ne semble pas avoir pour origine la prothèse car il n'y a pas eu débricolage, mais semble liée à un germe qui serait passé par la plaie du conduit auditif externe, probablement secondairement. Le médecin mandaté par Mme B regrette pour sa part que les prélèvements n'aient eu lieu qu'en 2017 alors que des écoulements de l'oreille droite sont observés chez la patiente depuis la tympanoplastie pratiquée le 4 décembre 2015. Dans ces conditions, et eu égard à la distance temporelle entre le diagnostic de l'infection en 2017 et les interventions chirurgicales des 3 octobre 2014 et 4 décembre 2015, la survenance du syndrome infectieux au cours ou au décours de ces prises en charge ne saurait être tenue pour établie. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'infection présenterait un caractère nosocomial imputable au centre hospitalier universitaire de Montpellier.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier n'est pas engagée. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur la déclaration de jugement commun
8. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais liés au litige
9. Dans les circonstances de l'affaire, les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1900 euros, sont mis à la charge définitive de Mme B.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme 1 900 euros, sont mis à la charge définitive de Mme B.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier universitaire de Montpellier et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie en sera transmise à l'expert.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 octobre 2023,
Le greffier,
S. Sangaré
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026