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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105226

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105226

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105226
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS DUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 6 octobre 2021, le 31 janvier 2022 et le 16 mai 2022, Mme B D et M. C D, représentés par Me Dumont, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Montpellier a rejeté leur demande indemnitaire et de condamner solidairement, si besoin après expertise, la commune de Montpellier et son assureur la SMACL à indemniser les préjudices subis par leur fille et eux-mêmes à hauteur de 9 833 euros ;

2°) d'assortir cette condamnation des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de l'introduction de la requête ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable car ils ont lié le contentieux s'agissant des préjudices subis par leur fille et leurs propres préjudices se rattachent au même fait générateur ;

- la commune a commis une faute dans l'organisation de l'évènement auquel participait leur fille, conduisant à ce que cette dernière percute une barrière ;

- la matérialité des faits est établie par les attestations versées au débat alors que la commune ne démontre pas que leur fille se serait blessée sans percuter de barrière ;

- leur fille a subi un préjudice esthétique, a enduré des souffrances et un déficit fonctionnel temporaire justifiant une indemnisation à hauteur de 7 833 euros ;

- ils ont subi un préjudice d'affection évalué à 2 000 euros.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 14 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault conclut à ce que la commune de Montpellier lui verse la somme de 3 535,62 euros au titre des dépenses de santé prises en charge, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient qu'elle a pris en charge la somme de 5 535,62 euros au titre des dépenses de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, la commune de Montpellier et la compagnie d'assurance SMACL, représentées par Me Audouin, concluent au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction des demandes indemnitaires des requérants et à ce que soit mise à la charge A et Mme D une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elles font valoir que :

- le contentieux n'est pas lié s'agissant des préjudices subis par M. et Mme D en leur nom propre ;

- la commune de Montpellier n'a commis aucune faute dans l'organisation de l'évènement ;

- la matérialité des faits, s'agissant de la présence d'une barrière percutée par l'enfant, n'est pas établie au regard des éléments dont dispose la commune et le lien de causalité entre une faute de la commune et les préjudices allégués n'est donc pas démontrée ;

- la responsabilité pour défaut d'entretien d'un ouvrage public ne peut être évoquée puisque l'incident est sans lien avec l'existence ou l'usage d'un ouvrage public, en tout état de cause, aucun défaut d'entretien ne peut être retenu ;

- l'absence de présence des parents à proximité de l'enfant et le délai de réaction de ces derniers sont de nature à exonérer l'éventuelle responsabilité de la commune ;

- les préjudices ne sont pas établis et ils sont surévalués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions A Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Dumont, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 avril 2018, la fille A et Mme D, alors âgée de 6 ans, a participé à un évènement organisé par la commune de Montpellier " La Fiesta des Loustics ". Alors qu'elle faisait usage d'un toboggan gonflable, elle a chuté et s'est fracturée le condyle externe de l'humérus droit. Par courrier du 15 juin 2021, M. et Mme D ont adressé une demande tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de cette chute. Par la présente requête, les époux D demandent la condamnation solidaire de la commune et de son assureur à indemniser leur fille des préjudices qu'elle a subis à hauteur de 7 833 euros ainsi que l'indemnisation, à hauteur de 2 000 euros de leur propre préjudice d'affection.

Sur la responsabilité :

2. Les requérants soutiennent que la fracture subie par leur fille est la conséquence d'une organisation fautive de l'évènement dans la mesure où elle a été causée par la présence d'une barrière de fer située à proximité immédiate de l'aire de réception du toboggan gonflable.

3. Afin d'établir la matérialité des faits qu'ils allèguent, les requérants versent au débat cinq attestations. Les deux premières, établies en avril 2018, font état d'un témoignage visuel du choc entre la fillette et la barrière. Les trois autres, produites le 31 janvier 2022, émanent de personnes qui affirment avoir entendu l'animatrice présente sur place expliquer qu'elle avait oublié de retirer cette barrière.

4. Pour contester la matérialité de ces faits, la commune de Montpellier verse aux débats la déclaration d'accident de la responsable des animateurs présents sur place, faisant état d'une mauvaise réception de l'enfant qui est tombé sur son bras, sans heurter la barrière Vauban. Il est indiqué qu'une animatrice, témoin visuel de la scène, a alors accompagné l'enfant vers sa mère pour lui rapporter les faits avant de soulager la douleur de l'enfant grâce à de la glace et de conseiller à la mère de l'enfant de consulter un médecin. La commune verse également aux débats le témoignage d'un agent d'entretien, établi le 28 octobre 2021 et réitéré le 5 septembre 2022, présent sur place, et ayant aidé à la prise en charge de l'enfant. Par ailleurs, le témoignage direct de l'animatrice présente sur place, établi le 3 mai 2022, corroborant la version des faits détaillée par sa responsable, a été versé aux débats.

5. D'une part, si les requérants contestent la véracité des témoignages versés au débat par la commune, dans la mesure où ces derniers ont été établis tardivement, il est constant que les attestations établies en 2022 ont eu pour seul objet de réitérer des éléments précédemment rapportés et il importe de souligner que ces attestations, à l'inverse de celles produites par les requérants, rappellent la connaissance par leur auteur des dispositions du code pénal réprimant les attestations faisant état de faits matériellement inexacts. D'autre part, il est constant que l'incident s'est produit aux environs de 15 heures alors que les animations avaient débuté à 14h30. Dans ces conditions, il apparaît peu probable qu'une barrière ait pu être présente sur l'aire de jeux, une demi-heure après son ouverture au public, composé de jeunes enfants, sans qu'aucun autre incident ne soit à déplorer. Surtout, il ressort des témoignages versés par la commune que la mère de l'enfant D, toujours présente aux environs de 16h30, n'a pas estimé que le choc subi était d'une gravité telle qu'il nécessitait de se diriger rapidement vers une prise en charge médicale. Alors que cet élément n'est pas contredit par les requérants, qui ne fournissent pas le compte rendu de prise en charge par le service des urgences, la probabilité d'un choc, qualifié de violent par l'un des témoignages versé au débat par les requérants, avec une barrière en fer et dont au moins six personnes auraient été immédiatement informées, apparaît peu vraisemblable.

6. A supposer même que la fracture de la fille A et Mme D soit liée à un choc avec une barrière en fer, vraisemblablement de type Vauban, l'imprécision des attestations versées au débat ne permet pas de conclure que la localisation de cette barrière constituait un obstacle dangereux de nature à engager la responsabilité de la commune pour faute, alors au demeurant qu'aucune observation n'a été faite à ce sujet par Mme D qui était présente sur les lieux de l'incident.

7. Dans ces conditions, il résulte des éléments précités que la présence fautive d'une barrière en fer, située à proximité immédiate de l'aire de jeux ouverte aux enfants, n'est pas établie. Dès lors, l'incident en litige n'est pas imputable à un défaut d'organisation ou de surveillance de l'évènement de nature à engager la responsabilité de la commune de Montpellier.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, ni de se prononcer sur la matérialité et l'étendue des préjudices subis, que les conclusions à fin d'indemnisation des époux D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Sur les frais liés du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par M. et Mme D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Montpellier et de la SMACL qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge A et Mme D une somme globale de 1 000 euros à verser à la commune de Montpellier et à la SMACL au titre des frais exposés par elles en défense, sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront une somme globale de 1 000 euros à la commune de Montpellier et à la SMACL sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et M. C D, à la commune de Montpellier et la SMACL et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mars 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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