lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2105417 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2021 et 5 avril 2022, M. A D, représenté par Me Bertrand, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 19 juillet 2021 par le contrôleur des impôts de la cellule des procédures collectives de Montpellier en vue du recouvrement de la somme de 100 124,98 euros afférents à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes comprises entre le 1er janvier 2011 et le 30 juin 2018 à laquelle avait été assujettie la société civile d'exploitation agricole SCEA Domaine D ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est plus associé de la SCEA domaine D depuis le 14 janvier 2013 avec toutes les conséquences de droit de cette perte de qualité quant aux années postérieures à 2013 ;
- l'action en recouvrement correspondant aux sommes afférentes aux années 2011 à 2013 est prescrite ;
- en tout état de cause, l'administration est forclose dans son action, en application des dispositions de l'article L.622-17 et suivants du code du commerce.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 février et 25 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault (division du recouvrement) conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- au rejet dû à ce que soit proposée la mainlevée partielle de la saisie administrative à tiers détenteur à hauteur des créances de taxe sur la valeur ajoutée des années 2011 à 2016 ;
- surplus.
Il soutient que s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée des années 2011 à 2016, la main levée est proposée compte tenu qu'il s'agit de créances non déclarées à la procédure de redressement judiciaire de M. D et antérieures à celle-ci. Sur le surplus, les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu la décision du 17 juin 2008 07-14-965 de la chambre commerciale de la cour de cassation ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater,
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCEA Domaine de la D créée le 1er septembre 1999 entre M. A D et Mme C B, associés à 50 % chacun, est redevable, après procédure de taxation d'office, de la somme totale de 200 249,96 euros afférente à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes comprises entre le 1er janvier 2011 et le 30 juin 2018. Elle a fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire ouverte le 25 juin 2016, convertie en liquidation judiciaire le 4 février 2019. L'administration fiscale a déclaré sa créance qui a été admise au passif de la procédure par ordonnance du 1er juillet 2019. Faute de pouvoir recouvrir sa créance auprès de la société, un avis de mis en recouvrement a été émis à l'encontre de M. D à proportion de ses parts dans la société, soit la somme de 100 124,98 euros. Le 19 septembre 2021, le contrôleur des impôts de la cellule des procédures collectives de Montpellier a procédé à une saisie administrative à tiers détenteur de ladite somme en vue de son recouvrement. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 19 juillet 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Si en défense, il est soutenu qu'il sera prononcé la mainlevée partielle de la saisie litigieuse, aucun document n'a été versé justifiant de l'exécution d'une telle décision. L'étendue du litige reste dès lors inchangée.
Sur les conclusions à fins de décharge :
Sur l'obligation au paiement :
3. Aux termes de l'article 1869 du code civil : " Sans préjudice des droits des tiers, un associé peut se retirer totalement ou partiellement de la société, dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, après autorisation donnée par une décision unanime des autres associés. Ce retrait peut également être autorisé pour justes motifs par une décision de justice. " Il résulte de la jurisprudence constante de la chambre commerciale de la cour de cassation, notamment la décision du 17 juin 2008 susvisée, qu'en application de ces dispositions et de celles combinées des articles 1845 et suivants et L.323-4 du code civil " la perte de la qualité d'associé ne peut, en cas de retrait, être antérieure au remboursement de la valeur des droits sociaux ".
4. Il est en l'espèce constant que, par jugement devenu définitif du tribunal de grande instance de Béziers, a été prononcé le retrait de M. D E à compter du prononcé du jugement, soit du 14 janvier 2013. Toutefois, il n'est démontré ni même allégué qu'à la date du 12 mai 2021 de notification de l'avis de mise e recouvrement litigieux, M. D aurait obtenu le remboursement de ses droits sociaux. Dès lors, conformément à la jurisprudence susvisée de la cour de cassation, le contribuable n'a pas perdu sa qualité d'associé du seul fait de son retrait, et reste tenu des dettes sociales. Par la saisie administrative à tiers détenteur litigieuse, l'administration fiscale était donc fondée à poursuivre M. D pour le recouvrement de la somme de 100 124, 98 euros, comprenant les périodes postérieures à 2013.
Sur l'exigibilité de la dette :
5. Aux termes de l'article L.622-24 du code du commerce : " A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat. ( ). Les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, autres que celles mentionnées au I de l'article L. 622-17 sont soumises aux dispositions du présent article. Les délais courent à compter de la date d'exigibilité de la créance ". Aux termes de l'article L.622-26 du même code : " A défaut de déclaration dans les délais prévus à l'article L. 622-24, les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes à moins que le juge-commissaire ne les relève de leur forclusion. ( ). ". Aux termes de l'article L.621-3 du même code : Le jugement ouvre une période d'observation d'une durée maximale de six mois (). ". Aux termes de l'article R.622-24 du même code : " Le délai de déclaration fixé en application de l'article L. 622-26 est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. ().
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions, d'une part, que tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, adressent la déclaration de leur créance au mandataire judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement, à peine de forclusion, d'autre part, que la notion de créance postérieure est circonscrite aux créances nées pendant la période d'observation et enfin, que les créances postérieures à l'adoption du plan, sont des créances de droit commun, ne relevant ni de l'article L. 622-17 du code de commerce, ni du sixième alinéa de l'article L. 622-24 du même code qui doivent donc être payées à échéance et peuvent faire l'objet de poursuites.
7. Aux termes de l'article 1857 du code civil : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'inexigibilité ou du jour de la cessation des paiements. ". Aux termes de l'article 1858 suivant : " Les créanciers ne peuvent poursuivre les paiements des dettes sociales contre un associé qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale ". Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable.
8. Il résulte de l'instruction que la dette de la SCEA n'a pas été atteinte par la prescription avant l'ouverture de la procédure collective, que du fait de la déclaration de créances par l'administration fiscale, la prescription est interrompue et que le liquidateur judiciaire a attesté le 20 avril 2021 qu'aucun espoir de recouvrement n'existait. Si M. D a fait l'objet à titre personnel d'une procédure collective, selon jugement du tribunal de grande instance de Béziers du 10 avril 2017, prévoyant une période d'observation de 6 mois à l'issue de laquelle un plan de redressement a été arrêté, il est constant que l'administration fiscale n'a pas procédé à la déclaration auprès du liquidateur de ses créances envers cet associé nées antérieurement à ce jugement d'ouverture. Dès lors, en application des dispositions précitées des articles 1857 et 1858 du code civil, en l'absence de constatation de vaines poursuites, les créances de taxe sur la valeur ajoutée nées antérieures au redressement judiciaire de M. D, soit au titre des années 2011 à 2016 ne sont pas exigibles et ne pouvaient dès lors faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur. Les créances de taxe sur la valeur ajoutée de l'administration envers la société au titre des périodes comprises entre le 1er janvier 2017 et le 30 juin 2018, garanties par les associés de la société civile en application des dispositions de l'article 1858 précité et dont le fait générateur est postérieur aux procédures collectives exercées à l'encontre de la société et de M. D, n'avaient quant à elles pas à faire l'objet de déclaration. Par suite, l'administration fiscale pouvait régulièrement exercer des poursuites à l'encontre de M. D en vue du recouvrement de ces dernières créances.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la prescription des créances de taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux périodes comprises entre 2011 à 2013, que M. D doit être déchargé de l'obligation de payer les sommes correspondant aux créances de taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux périodes comprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2016.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, à verser à M. D, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est déchargé de l'obligation de payer les sommes correspondantes aux créances de taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux périodes comprises entre le 1erjanvier 2011 et le 31 décembre 2016.
Article 2 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater premier conseiller,
Mme Vialllet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 octobre 2023
Le greffier,
S. Sangaré
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026