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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105488

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105488

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105488
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, M. B C, représenté par Me Février, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le préfet de l'Aude a autorisé le syndicat du bassin de la Berre et du Rieu à occuper temporairement diverses parcelles lui appartenant, sur le fondement de la loi du 29 décembre 1892 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté est illégal dès lors que :

- l'autorité qui a saisi le préfet n'était pas compétente ;

- il est insuffisamment motivé en ce qu'il n'indique pas de façon précise les surfaces des parcelles concernées et les travaux associés à la nécessité de d'occuper les parcelles ;

- il ne mentionne pas certaines occupations ;

- il méconnait l'article 2 de la loi du 29 décembre 1982.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir en l'absence d'un intérêt suffisamment direct et certain avec l'arrêté objet du litige ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2022, le syndicat du bassin de la Berre et du Rieu (SBBR), représenté par la SCP HGetC, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 29 décembre 1892 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Février, représentant M. C ;

- et les observations de Me Agier, représentant le syndicat du Bassin de la Berre et du Rieux.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat mixte du Bassin de la Berre et du Rieu (SBBR), crée en 1968, exerce pour le compte de ses membres la compétence gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI), en particulier l'aménagement de bassins ou d'une fraction de bassins hydrographiques, l'entretien et l'aménagement des cours d'eau et la défense contre les inondations. Au niveau de la commune de Sigean, la digue de l'Espinat assure le détournement des eaux de la Berre vers l'étang de Sigean. En raison d'inondations importantes en 1999 et 2014, le SBBR a engagé une étude d'opportunité visant à rehausser la digue de l'Espinat en vue de la protection contre les inondations. Par un arrêté du 19 août 2021, le préfet de l'Aude a autorisé le SBBR à occuper temporairement diverses parcelles, dont certaines appartenant à M. C. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il autorise l'occupation de ses propriétés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

3. Si l'arrêté attaqué a été pris à la demande du SBBR, il n'a pas été pris en application de cette demande et celle-ci n'en constitue pas la base légale. Par suite, le moyen soulevé par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de la demande d'autorisation au motif que l'autorité du SBBR l'ayant signée n'aurait pas été compétente, doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 29 décembre 1892 : " Lorsqu'il y a lieu d'occuper temporairement un terrain, soit pour en extraire ou ramasser des matériaux, soit pour y fouiller ou y faire des dépôts de terre, soit pour tout autre objet relatif à l'exécution de projets de travaux publics, civils ou militaires, cette occupation est autorisée par un arrêté du préfet, indiquant le nom de la commune où le territoire est situé, les numéros que les parcelles dont il se compose portent sur le plan cadastral, et le nom du propriétaire tel qu'il est inscrit sur la matrice des rôles. Cet arrêté indique d'une façon précise les travaux à raison desquels l'occupation est ordonnée, les surfaces sur lesquelles elle doit porter, la nature et la durée de l'occupation et la voie d'accès. Un plan parcellaire désignant par une teinte les terrains à occuper est annexé à l'arrêté, à moins que l'occupation n'ait pour but exclusif le ramassage des matériaux. ".

5. D'une part, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier la référence à la loi du 29 décembre 1892 susvisée, la demande du SBBR, la mention des travaux rendant nécessaires l'occupation des terrains, portant sur la réalisation d'inventaires naturalistes et de sondages géotechniques dans le cadre de l'étude d'opportunité de surélévation de la digue de l'Espinat à Sigean, la description des travaux à réaliser, la durée de cette autorisation jusqu'au 31 décembre 2021, et la liste annexée des parcelles concernées et les noms des propriétaires, ainsi que les voies d'accès. Par ailleurs, cette annexe indique pour chaque parcelle les travaux projetés, par fouilles pelle ou pénétromètres, la voie d'accès à emprunter et la surface maximale susceptible d'être occupée.

6. D'autre part, selon les mentions de l'annexe de l'arrêté attaqué, la parcelle est accessible par une voie privée traversant les parcelles B1300 et B1312, laquelle apparaît sur les plans annexés et sur ceux produits en défense. Si le requérant soutient qu'un talus important fait matériellement obstacle à son accès depuis ces deux parcelles et qu'il est nécessaire d'emprunter un chemin de vigne traversant la parcelle B221 au nord-ouest, lesquels ne sont pas répertoriés au dit arrêté, il ne l'établit pas. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, la mention de la parcelle B221, et du chemin qui la traverse, n'avait pas à figurer dans l'annexe de l'arrêté attaqué.

7. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté dans ses deux branches.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la loi du 29 décembre 1892 : " Aucune occupation temporaire de terrain ne peut être autorisée à l'intérieur des propriétés attenantes aux habitations et closes par des murs ou par des clôtures équivalentes, suivant les usages du pays ".

9. Il ne résulte pas de l'instruction que les parcelles B1319, B1069 et B1067 attenantes à l'habitation de M. C, d'une superficie respective de de 11 277 m2, 8 253m2 et 4 718 m2 seraient closes par un mur ou par des clôtures équivalentes, et l'intéressé, lui-même, n'évoque que des clôtures végétales doublées de clôtures électriques. Ensuite, le SBBR produit des photographies des lieux dont il ressort que ces clôtures végétales sont constituées principalement de haies de cyprès servant de brise-vue. Par suite le moyen tiré de ce que le préfet de l'Aude a fait une inexacte application des dispositions de l'article 2 de la loi du 29 décembre 1892 précité doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Aude.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge M. C le versement au syndicat du bassin de la Berre et du Rieu d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 euros au syndicat du bassin de la Berre et du Rieu au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C, au préfet de l'Aude et au syndicat du bassin de la Berre et du Rieu.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

N. A

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M.-A Barthélémy.

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 avril 2023,

La greffière,

M.-A Barthélémy.

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