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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105500

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105500

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105500
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 27 février 2023, Mme B C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours contre la décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 20 649,40 euros constitué au titre de la période du 1er mars 2018 au 30 novembre 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de cet indu ;

3°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les droits de la défense sont méconnus, en violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision contestée ne lui permet pas de comprendre les faits qui lui sont reprochés ni la base de calcul retenue par l'autorité administrative, qu'elle n'a pas pu comparaître devant l'auteur de la décision de récupération de l'indu, qu'elle n'a pas eu communication des conclusions du contrôleur ;

- elle est de bonne foi et peut prétendre à une remise totale de sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le mois de mars 2014. Elle se déclare isolée, sans activité et sans ressource. Toutefois, la caisse d'allocations familiales a constaté que Mme C avait omis de déclarer une activité d'auto-entrepreneur exercée depuis le mois de décembre 2016. Ses droits ont alors été suspendus et des pièces lui ont été réclamées pour évaluer ses ressources. Au vu des pièces produites, Mme C a été radiée de ses droits au revenu de solidarité active et un indu d'un montant de 21 432,07 euros, pour la période du 1er mars 2018 au 30 novembre 2020, lui a été notifié par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales par décision du 19 mars 2021. Mme C a présenté des recours datés des 14 et 16 avril 2021, adressés respectivement à la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales, dans lesquels elle a demandé une remise gracieuse de sa dette. Par décision du 2 juin 2021, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé le bien-fondé de l'indu et, par décision du 26 août 2021, elle a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

Sur l'objet du litige :

2. Si, dans son mémoire récapitulatif, Mme C demande l'annulation de la décision implicite rejetant son recours présenté le 16 avril 2021, il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1, que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a statué sur le recours daté du 14 avril 2021 par une décision du 2 juin 2021, confirmant le bien-fondé de l'indu, et par une décision du 26 août 2021 refusant une remise gracieuse. La présidente du conseil départemental étant seule compétente pour statuer sur le recours de Mme C, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées contre les décisions du 2 juin 2021 et du 26 août 2021. Eu égard aux moyens qu'elle présente, Mme C doit, en outre, être regardée comme ne contestant pas le bien-fondé de l'indu mais seulement la régularité de la décision du 2 juin 2021 et comme sollicitant la remise de sa dette.

Sur la régularité de la décision du 2 juin 2021 :

En ce qui concerne la motivation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision statuant sur son recours devait indiquer les bases de liquidation de l'indu qui lui était réclamé. D'autre part, la décision du 2 juin 2021 mentionne l'article R. 262-23 du code de l'action sociale et des familles et rappelle que l'indu est motivé par la circonstance que Mme C a omis de déclarer son activité d'auto-entrepreneur et qu'elle n'a pas déclaré suffisamment de revenus. Ainsi cette décision est motivée en droit et en fait.

En ce qui concerne la procédure contradictoire :

6. En premier lieu, Mme C ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui ne sont pas applicables aux procédures administratives.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".

8. Les dispositions du code des relations entre le public et l'administration citées au point 7, qui fixent des règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient utilement être invoquées à l'encontre d'une décision de répétition d'indu d'allocation de revenu de solidarité active dès lors que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. Par suite, Mme C ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas bénéficier d'une procédure contradictoire.

9. Enfin, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'indu n'a pas été établi à la suite d'un contrôle des déclarations de Mme C effectué dans le cadre des articles L. 114-9 et L. 114-10 du code de la sécurité sociale, elle ne peut utilement faire valoir qu'elle n'a pas eu communication d'un rapport de contrôle.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juin 2021.

Sur la demande de remise de dette :

11. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".

12. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

13. D'une part, il résulte de l'instruction que si Mme C a omis de déclarer une activité d'auto-entrepreneur exercée depuis le mois de décembre 2016, le chiffre d'affaires qu'elle en a tiré a été très faible, nul certains trimestres et se situant entre 50 euros et 400 euros au maximum pour le deuxième trimestre de 2018. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment des pièces produites en défense, que Mme C avait reçu une information précise sur l'obligation de déclarer son inscription comme auto-entrepreneur alors même que celle-ci ne générait pas de ressources. Dans ces conditions, Mme C ne peut être regardée comme de mauvaise foi et comme ayant établi délibérément de fausses déclarations.

14. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme C dispose pour seule ressource mensuelle des prestations versées par la caisse d'allocations familiales, d'un montant de 989 euros, et d'une pension alimentaire de 102 euros, qui ne suffit pas pour couvrir l'ensemble de ses charges, notamment de loyer, de gaz et électricité. Elle fait état de problèmes de santé pour elle-même et son fils qui ne sont pas contestés. Dans ces conditions, Mme C établit être dans une situation de précarité justifiant qu'une remise de dette lui soit accordée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à Mme C une remise de dette de 15 000 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales le versement à Me Desfarges de la somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à Mme C une remise de dette de 15 000 euros.

Article 2 : Le département des Pyrénées-Orientales versera à Me Desfarges une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département des Pyrénées-Orientales, à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et à Me Desfarges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mai 2023.

La greffière,

F. Roman

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