mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2105564 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2021 sous le n° 2105563, M. E F, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours contre la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a entrepris la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 15 520,15 euros, constitué au titre de la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2020 ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder à une nouvelle liquidation de ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles 34 et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision du 5 mai 2021 ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
- il a été dans l'impossibilité de déclarer son mariage sur le site de la caisse ce qui lui a laissé penser que cette déclaration de son mariage ne devait intervenir qu'une fois son épouse arrivée en France ;
- l'absence de déclaration de son mariage a été sans incidence sur ses droits au revenu de solidarité active du 1er janvier 2018 au 30 octobre 2019 dès lors qu'il s'est marié le 1er novembre 2019, que son épouse n'est entrée en France que le 3 décembre 2020 et qu'elle ne lui a versé aucune somme en 2019 et 2020 ;
- il réside en France à titre principal depuis 2017 ;
- la société dont il était le gérant au Maroc n'a réalisé aucun chiffre d'affaires depuis 2017 et est donc réellement sans activité depuis 2018, 2019 et 2020 ;
- compte tenu du montant de ses ressources, il avait droit au revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2021.
II - Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2021 sous le n° 2105564, M. E F, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours contre la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a mis fin à son droit au revenu de solidarité active ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder à une liquidation de ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2020 au 30 juin 2021 ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles 34 et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision de la caisse d'allocations familiales ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
- cette décision comporte une motivation insuffisante ;
- il remplit les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active dès lors qu'il est âgé de 57 ans, de nationalité française, qu'il n'est ni élève ni en congés, qu'il résidait habituellement en France chez son frère jusqu'en mai 2021, qu'il n'avait aucune ressource, que son épouse l'a rejoint avec un visa de long séjour le 3 décembre 2020 et n'a aucune ressource.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2105563 et n° 2105564 présentées pour M. F présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. F s'étant déclaré divorcé, sans activité et sans ressource, a bénéficié du revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2018. A la suite d'un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a estimé que M. F ne résidant pas sur le territoire national, il n'avait dès lors pas droit au revenu de solidarité active et avait ainsi indument perçu 15 520,15 euros du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2020. Il a également été mis fin à ses droits au revenu de solidarité active.
Sur la régularité des décisions :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a donné délégation, par un arrêté n° 2193/2021, à M. C A, directeur de l'insertion et de l'accès aux droits, à l'effet de signer les décisions individuelles sur les recours en matière de revenu de solidarité active et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme G D, responsable de l'" unité contentieux ". Par suite, la décision attaquée du 5 mai 2021, signée par Mme G D, n'est pas entachée d'incompétence et le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active.
5. Ainsi, et en tout état de cause, dans la mesure où M. F a exercé, le 8 mars 2021, un recours administratif contre la décision du 11 janvier 2021 en ce qu'elle le radiait de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, les conclusions de sa requête doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la décision implicite rejetant son recours. Il en résulte que les moyens, tirés du défaut de motivation de la décision du 11 janvier 2021 et de l'incompétence de son auteur, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
Sur le bien-fondé de l'indu et de la radiation du bénéfice du revenu de solidarité active :
6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contrôle, que M. F s'est marié au Maroc au mois de novembre 2019, l'acte de mariage indiquant qu'il réside au Maroc, qu'il est titulaire d'un bail d'habitation dans ce pays où il est dirigeant d'une société. Pour soutenir que ces éléments n'établissent pas qu'il réside au Maroc mais en France où il est hébergé depuis 2017 par son frère, il fait valoir que sa société est en sommeil depuis 2017 et ne réalise plus aucun chiffre d'affaires. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette société apparaît toujours active sur les réseaux sociaux. Il expose également que s'il est titulaire d'un bail de location au Maroc c'est uniquement parce que son épouse, qui a continué à y résider, ne pouvait pas prendre le bail à son nom en raison des coutumes locales et indique également qu'il n'a pas pu déclarer son mariage au Maroc en l'absence de numéro de sécurité sociale de son épouse. Cependant, ses relevés bancaires ne retracent aucune dépense relative à des charges courantes en France ni d'opérations sur le territoire national, et s'il a travaillé en France, c'est seulement sur des emplois saisonniers pour de courtes périodes du 17 juin 2017 au 25 août 2017, du 20 août 2018 au 21 août 2018 et du 24 juin 2019 au 4 juillet 2019. En outre, s'il justifie d'un suivi médical en France, notamment par des résultats d'analyses médicales des mois d'août 2021, décembre 2020, mai 2019 et juin 2018 et une attestation d'un médecin, cette circonstance n'établit pas qu'il résulte de manière stable et continue en France. Enfin, et au surplus, il résulte de l'instruction que, sollicité pour produire son passeport, M. F a déclaré l'avoir perdu début 2020 mais affirme qu'il n'a pu présenter sa déclaration de perte que le 6 octobre 2020 après le contrôle. Il résulte des éléments qui précèdent que M. F ne peut être regardé comme ayant eu une résidence stable et continue au cours de la période en litige. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il avait droit au revenu de solidarité active et que la récupération de l'indu est mal fondée.
Sur la demande de remise gracieuse :
8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active (RSA), il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
9. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que M. F a dissimulé le lieu de sa résidence effective. Par suite, il ne saurait être regardé comme de bonne foi. Cette circonstance fait dès lors obstacle à ce qu'une remise gracieuse lui soit accordée.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge du département des Pyrénées-Orientales, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que demande M. F sur leur fondement.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. F ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, au département des Pyrénées-Orientales, à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
Le président,
D. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 avril 2023.
La greffière,
F. Roman
N°s 2105563, 2105564
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026