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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105726

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105726

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105726
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-Président RABATE
Avocat requérantCLN CONSULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er novembre 2021 et 20 juin 2022, la société Mazières, représentée par Me Castilla-Rouanet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Trèbes (Aude) ;

2°) de mettre a` la charge de l'Etat la somme de 2 580 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est locataire, par contrat toujours en vigueur passé le 22 mars 1977, d'un ensemble immobilier à usage de centrale hydraulique situé à Trèbes appartenant à la SCI La Prade qu'elle n'exploite pas directement pour l'avoir donné en location gérance par acte du 1er décembre 1998 à la société Mazières Frères ;

- la société Mazières Frères a réalisé pour les besoins de l'exploitation des travaux d'aménagement de passes à poissons, sur le domaine public, que l'administration fiscale a retenus à tort dans les bases de la cotisation foncière de la Société Mazières ;

- le contrat de location-gérance étant toujours en vigueur, aucun transfert de propriété à son profit n'est intervenu ;

- elle se prévaut du bail qu'elle a conclu avec la société Prade le 22 mars 1977 et de la doctrine administrative BOI-IF-TFB-10-20-10 n°50.

Par mémoires en défense, enregistrés les 22 avril 2022 et 17 février 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, magistrat désigné ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La Société Mazières a confié l'exploitation d'une centrale hydroélectrique située sur la commune de Trèbes (Aude) à la Société Mazières Frères dans le cadre d'un contrat de location gérance en date du 1er décembre 1998. La Société Mazières Frères y a construit entre 2014 et 2016 des installations, en particulier des passes à poisson, dont le propriétaire a été considéré par l'administration fiscale comme étant la Société Mazières, qui a été imposée en conséquence. Par la présente instance, la société Mazières demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Trèbes.

Sur la demande de réduction :

En ce qui concerne l'application de la loi :

Sur l'imposition des aménagements litigieux à la taxe foncière :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation (). ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1381 du code général des impôts que les bâtiments mentionnés au 1° comprennent également les aménagements faisant corps avec eux. Les outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels mentionnés au 11° de l'article 1382 s'entendent de ceux qui participent directement à l'activité industrielle de l'établissement et sont dissociables des immeubles. La passe à poissons consiste en un couloir maçonné divisé par des cloisons latérales formant plusieurs bassins intermédiaires, avec rampe à anguilles. Compte tenu de la nature de cet ouvrage, de son importance et de sa fixité au sol, la passe à poissons doit être regardée comme une véritable construction entrant dans le champ d'application du 1° de l'article 1381 précité du code général des impôts. Le fait que cette passe à poisson, située dans le lit de la rivière, serait, à le supposé établi, sur le domaine public fluvial, est sans incidence sur son assujettissement à la taxe foncière.

Sur l'assujettissement à la taxe foncière :

4. En premier lieu, en application des dispositions du I de l'article 1400 du code général des impôts, et sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404 du même code, toute propriété bâtie doit être imposée au nom du propriétaire actuel. En application de l'article 555 du code civil, l'accession à la propriété des biens construits par un tiers sur le terrain que lui loue son propriétaire ne peut avoir lieu, sauf stipulations contraires, qu'à l'expiration du bail conclu avec ce tiers sous réserve d'indemnisation. En l'absence de clause du bail portant sur la propriété des biens, le propriétaire du terrain ne peut donc être regardé comme devenu immédiatement propriétaire des constructions et aménagements réalisés par le preneur. Il n'est par suite pas redevable de la taxe foncière sur les propriétés bâties avant l'expiration du bail.

5. Il est en l'espèce constant que la société Mazières a conclu le 1er décembre 1998 avec la Société Mazières Frères un contrat de location gérance et que les aménagements litigieux ont été construits par la société Mazières Frères. Si la société requérante se prévaut d'une stipulation de ce contrat aux termes de laquelle : " Tous les travaux et embellissements demeureront, en fin de location-gérance, la propriété du loueur de fonds, le tout sans indemnité de sa part, les dépenses exposées pour ses travaux étant entièrement à la charge du locataire ", il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier de l'absence d'indemnisation de l'accession à la propriété de l'aménagement, et de ce que la société requérante a comptabilité ceux-ci à son actif en immobilisation, que cette stipulation doit être interprétée comme conforme au principe posé par l'article 555 du code civil. Dès lors, la société Mazières est devenue propriétaire de l'aménagement litigieux depuis son édification bien que la location gérance n'ait pas pris fin. Par suite, le moyen tiré de ce que le contrat de location gérance est toujours en cours est inopérant.

6. En second lieu, si la société requérante se prévaut également de la clause d'abandon prévue par le contrat de bail conclu entre elle et la société Prade le 22 mars 1977, il résulte des termes de ce bail que ses effets ont expirés dès le 21 décembre 1985 en l'absence de clause de reconduction alors que les immobilisations en litige ont été construites entre 2014 et 2016. En tout état de cause, la société Mazières est seule propriétaire des bâtiments et agencements de la centrale hydroélectrique, dont fait partie l'aménagement litigieux. Dès lors, le moyen tiré des stipulations de ce contrat est inopérant.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi :

7. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".

8. La Société Mazières n'est, en tout état de cause, pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, de l'instruction référencée BOI-IF-TFB-10-20-10 du 10 janvier 2019 en son n° 150 selon lequel : " Si la construction est faite par le locataire pour remplir une obligation volontairement acceptée et si elle doit, à l'expiration du bail, être abandonnée sans indemnité au propriétaire, ce dernier en a la propriété dès son édification et doit seul être imposé à la fois pour le sol et pour l'élévation " qui ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction du recours, et par voie de conséquence, celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Mazières est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mazières et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

V.RabatéLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 avril 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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