lundi 2 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2105744 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PELLEGRINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2021 et le 21 avril 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Prestige Auto 11 représentée par Me Chopin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie respectivement au titre des années 2016 et 2017 et de la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018, en droits et pénalités ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement pour la totalité des sommes contestées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er janvier au 31 octobre 2018 doivent être réduits du montant de la taxe sur la valeur ajoutée régularisée en juillet 2019 ;
- elle ne conteste plus la position du service concernant la taxe sur la valeur ajoutée non déductible de l'année 2013 pour un montant de 31 551 euros ; cette somme doit toutefois être prise en compte au niveau du résultat passible de l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2016 car il s'agit d'une perte ; le résultat fiscal de l'année 2017 doit tenir compte du nouveau déficit de l'année 2016 ;
- des opérations ont été comptabilisées par erreur au débit du compte courant d'associé de son gérant ; si elle n'a pas produit suffisamment d'informations et de précisions lors de la remise de pièces à son comptable, elle produit désormais des factures d'achats de véhicules d'occasion justifiant l'apport au crédit du compte-courant d'associé de son gérant ;
- les erreurs comptables ont été corrigées, justifiant l'annulation des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés ;
- eu égard à son insuffisance de trésorerie en 2016, elle n'était pas en mesure de rembourser son gérant M. A ;
- le service a considéré à tort que l'apport au crédit du compte-courant d'associé de M. A était constitutif d'un revenu distribué imposable à l'impôt sur le revenu de l'intéressé sur le fondement de l'article 109-1-2° du code général des impôts ;
- en l'absence d'intention d'éluder l'impôt, c'est à tort que le service appliqué la majoration de 40% pour manquement délibéré.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 février 2022 et 28 février 2023, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées au conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé et au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que :
- un dégrèvement partiel de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle la requérante a été assujettie au titre de l'année 2016 a été prononcé le 22 février 2022 à concurrence d'une somme de 244 euros ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Prestige Auto 11, dirigée par M. A, a pour objet le commerce de véhicules automobiles. Le 23 décembre 2016, elle a opté pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017 dont elle demande la décharge, et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018 dont elle demande la réduction, en droits et pénalités.
Sur l'étendue du litige
2. Par décision du 22 février 2022 postérieure à l'introduction de la requête, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées a prononcé un dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle l'EURL Prestige Auto 11 a été assujettie au titre de l'année 2016, à concurrence d'un montant de 244 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 269 de ce code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () 2. La taxe est exigible : a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; ()
4. A l'issue des opérations de contrôle, le service a notamment procédé à un rappel de 9 925,41 euros de taxe sur la valeur ajoutée, après avoir relevé qu'au 31 octobre 2018, le compte 44571000 " TVA collectée " de la société Prestige Auto 11 présentait un solde créditeur à hauteur de cette somme. La société soutient qu'elle a procédé, sur la déclaration déposée au titre du mois de juillet 2019 à une régularisation de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à hauteur d'un montant de 9 709 euros, et que seul le différentiel de 216 euros doit être déduit des rappels de taxe sur la valeur ajoutée prononcés à son encontre. Toutefois, cette régularisation, postérieure à la période vérifiée, est sans incidence sur le bien-fondé des rappels en litige. Au demeurant, ainsi que le fait valoir l'administration fiscale en défense, le montant de 9 709 euros porté sans plus de précision sur la ligne 5 B " somme à ajouter " du relevé n°3310-CA3-SD du mois de juillet 2019 ne correspond pas au montant du rappel en litige et le double paiement allégué ne saurait être tenu pour établi. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une régularisation de la taxe sur la valeur ajoutée dans la déclaration afférente au mois de juillet 2019 doit être écarté.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés
S'agissant des sommes inscrites au crédit du compte-courant d'associé :
5. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1 () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apports et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier l'inscription d'une dette au passif de son bilan.
6. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, le service a relevé que la somme de 248 750 euros inscrite au crédit du compte courant d'associé du gérant de la société Prestige Auto 11 demeurait injustifiée, avec pour contrepartie une inscription de même montant au débit de comptes fournisseurs.
7. En premier lieu, la société, qui ne peut se prévaloir d'une insuffisance de trésorerie sur les années vérifiées pour justifier de l'inscription d'une dette au passif de son bilan, produit, pour contester le bien-fondé de l'imposition, des factures de véhicules Vo354, Vo355, Vo356 du 20 juillet 2012, Vo383, Vo384, Vo385 et Vo386 du 25 octobre 2015, Vo 392 du 28 novembre 2012, Vo 161 du 24 novembre 2011 et Vo34 du 24 juillet 2013. Le service fait valoir que ces factures de véhicules, inscrits sur le livre de police et contenus dans deux reconnaissances de dettes personnelles établie par M. A en faveur de deux acquéreurs pour un montant de 221 250 euros, ont d'ores et déjà été admises au stade de la proposition de rectification du 11 juillet 2019, justifiant le rachat d'une part de la dette de la société Prestige Auto 11 par son gérant. La société requérante, en se bornant à indiquer sans plus de précision que ces factures ne concerneraient pas les mêmes véhicules que ceux admis par le service, n'apporte aucun élément de nature à justifier l'inscription de la dette au passif de son bilan. La société produit également des factures de véhicules Vo 867 du 7 mars 2019, Vo 588 et Vo 694 du 2 avril 2017 qui ne sauraient être admises car émises postérieurement à l'exercice 2016 vérifié. Enfin, la facture Vo 122 du 25 novembre 2013 d'un montant de 5 670 euros correspondant à une vente de véhicule ne peut être admise eu égard à l'incohérence, d'ailleurs relevée par le service, du montant de 65 000 euros comptabilisé pour cette vente le 18 mars 2013 au crédit du compte " fournisseur VO Particuliers ".
8. En second lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, à l'appui du présent recours en décharge de l'imposition sur les sociétés, du moyen tiré de ce que l'inscription des sommes au crédit du compte-courant d'associé procéderait d'erreurs comptables ultérieurement rectifiées, ni du moyen tiré de ce que c'est à tort que son gérant a été imposé à l'impôt sur le revenu sur le fondement de l'article 109-1-2° du code général des impôts relatifs aux revenus distribués.
9. Dans ces conditions, la société, qui ne justifie pas de l'inscription de ces dettes au passif de son bilan, n'est pas fondée à critiquer la réintégration des sommes restant en litige dans le résultat imposable de l'exercice clos le 31 décembre 2016.
S'agissant de la détermination du résultat fiscal des années 2016 et 2017
10. Aux termes du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. () ". Il résulte de ces dispositions que le délai imparti pour réparer une omission de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible court à compter de la date d'exigibilité de la taxe chez le redevable et expire le 31 décembre de la deuxième année suivant la date à laquelle la déclaration devait être effectuée.
11. Il est constant que la somme de 31 551 euros correspondant à de la taxe sur la valeur ajoutée déductible de l'année 2013 ne pouvait être déduite sur les déclarations CA3 que jusqu'au 31 décembre 2015. Par suite, la société Prestige Auto 11 n'est pas fondée à solliciter la prise en compte de la taxe sur la valeur ajoutée prescrite au titre du résultat fiscal passible de l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 au motif qu'il s'agirait d'une perte. Par voie de conséquence, elle n'est pas non plus fondée à solliciter la rectification du résultat fiscal de l'année 2017 par inscription d'un déficit reportable de l'année 2016.
En ce qui concerne la majoration de 40% pour manquement délibéré :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
13. Pour établir le caractère délibéré des manquements, l'administration s'est fondée sur le fait que la société ne pouvait ignorer que la taxe sur la valeur ajoutée était exigible sur le prix de vente total de véhicules issus d'achats intra-communautaires, dès lors qu'à l'occasion de précédents contrôles fiscaux en 2012 et 2015, l'attention de la société a déjà été attirée sur le régime de taxe sur la valeur ajoutée applicable, avec des rappels mis à sa charge pour les mêmes motifs. Par ailleurs, le service souligne que la société n'a pas déclaré un montant de 86 470 euros de taxe sur la valeur ajoutée collectée, pourtant identifié en comptabilité sur la période du 1er janvier au 31 octobre 2018, de sorte que la société ne pouvait en ignorer l'existence. Enfin, l'administration fait valoir que M. A, en sa qualité d'associé unique et gérant de la société Prestige Auto 11 ne pouvait ignorer que les sommes portées au crédit de son compte-courant d'associé faisait supporter une dette injustifiée à la société qu'il dirige, à hauteur de 248 750 euros. Dans ces circonstances, l'administration apporte la preuve qui lui incombe de l'intention délibérée de la société Prestige Auto 11 d'éluder l'impôt. Dès lors, la société requérante ne peut prétendre à la décharge des pénalités appliquées sur le fondement du a. de l'article 1729 du code général des impôts.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la société Prestige Auto 11 a été assujettie respectivement au titre des années 2016 et 2017 et de la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018, en droits et pénalités doit être rejeté.
Sur le sursis de paiement :
15. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant à l'octroi du sursis de paiement de l'impositions contestée se trouvent donc privées d'objet.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par l'EURL Prestige Auto 11 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement d'impôt sur les sociétés d'un montant de 244 euros prononcé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EURL Prestige Auto 11 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Prestige Auto 11 et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 octobre 2023
Le greffier,
S. Sangaré
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026