vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2105789 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ZICKLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 3 novembre 2021, le 23 février 2023 et le 3 mars 2023, Mme B A, représentée par la SELARL Montazeau et Cara, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de Saint-Polycarpe en date du 22 février 2021 par laquelle le maire a été autorisé à ratifier des conventions de servitudes d'enfouissement de lignes électriques avec Enedis en tant qu'elle autorise l'occupation de ses parcelles cadastrées C 103, C 160, C 538 et C 673 ;
2°) d'enjoindre à la commune d'abroger la délibération et à Enedis et Syaden de retirer les réseaux et ouvrages mal implantés ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint Polycarpe une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif est bien compétent car la délibération porte sur des travaux qui sont d'utilité publique ;
- sa requête est recevable car elle a intérêt à agir, elle a exercé son recours dans les délais contentieux et sa requête est assortie de conclusions et moyens ;
- elle est propriétaire ou bénéficie de droits réels sur les parcelles cadastrées section
C n° 103, 160, 538 et 673 de sorte que la délibération est irrégulière ;
- la délibération a été prise en méconnaissance de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales car un conseiller municipal, intéressé par le projet éolien en lien avec la délibération en litige, y a pris part.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 2 mars 2023, la commune de Saint-Polycarpe, représentée par Me Zickler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive car le délai de recours de deux mois n'a pas été respecté à la suite du rejet du recours gracieux ;
- la requête est irrecevable car dénuée de conclusions ou moyens ;
- le moyen tiré d'une violation de la propriété de la requérante est infondé car elle n'établit pas être titrée sur les parcelles visées par la délibération qui sont propriétés de la commune ;
- le mémoire en réplique, produit peu de temps avant la clôture de l'instruction, est contraire au principe du contradictoire et doit être rejeté.
Par un courrier du 17 avril 2023 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre un acte détachable d'un contrat administratif alors que cet acte ne peut être contesté qu'à l'occasion d'un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ainsi que de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à une personne publique de mettre fin à son comportement fautif dommageable ou à un dommage de travaux publics, en l'absence de conclusions indemnitaires.
Mme A, représentée par la SELARL Montazeau et Cara, a présenté des observations le 19 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- et les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 22 février 2021, le conseil municipal de la commune de Saint-Polycarpe a autorisé son maire à conclure une convention de servitude avec la société Enedis en vue de permettre l'enfouissement de lignes électriques sur les parcelles cadastrées C 103, 160, 538 et 673. Mme A, propriétaire sur la commune, demande l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. La légalité du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion du contrat et de la décision de le signer, ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini.
3. Par ailleurs, indépendamment du recours ci-dessus précisé, les tiers qui se prévalent d'intérêts auxquels l'exécution du contrat est de nature à porter une atteinte directe et certaine sont recevables à contester devant le juge de l'excès de pouvoir la légalité de l'acte administratif portant approbation du contrat. Ils ne peuvent toutefois soulever, dans le cadre d'un tel recours, que des moyens tirés de vices propres à l'acte d'approbation, et non des moyens relatifs au contrat lui-même. Toutefois, les actes d'approbation d'un contrat visés au point précédent sont seulement ceux qui émanent d'une autorité distincte des parties contractantes, qui concernent des contrats déjà signés et qui sont nécessaires à leur entrée en vigueur. Ne sont pas au nombre de ces actes ceux qui, même s'ils indiquent formellement approuver le contrat, participent en réalité au processus de sa conclusion.
4. En l'espèce, la délibération en litige, portant approbation par le conseil municipal de la convention signée antérieurement par l'ensemble des parties, dont le maire de la commune, ne constitue pas un acte d'approbation du contrat, émanant d'une autorité distincte des parties, au sens du principe précité. Par conséquent, les conclusions de Mme A, dirigées contre la délibération du conseil municipal de Saint-Polycarpe autorisant le maire à signer une convention de servitude avec Enedis sont irrecevables et doivent être rejetées.
5. En tout état de cause, la commune a produit son relevé de propriété mis à jour en 2020, mentionnant les parcelles cadastrées section C n° 103, 160, 538 et 673 ainsi que le relevé de propriété de la requérante, datant de la même année sur lequel n'apparaissent pas ces mêmes parcelles.
6. Pour contester ce document, Mme A verse aux débats un acte notarié du 23 décembre 1980 faisant état d'une propriété sur les parcelles cadastrées section C n° 642, 644 et 647, qui ne sont pas celles visées par la délibération en litige. Par ailleurs, la mention de l'acte précité, relative aux servitudes, selon laquelle " les chemins traversant actuellement la propriété sont et resteront à l'usage commun de tous les copartageants ", sans autre précision, ne permet pas de conclure que Mme A serait propriétaire de la parcelle cadastrée section C n° 160, ni qu'elle bénéficierait d'une servitude sur cette parcelle. S'agissant des parcelles cadastrées section C n° 103 et 673, en se bornant à faire état de ce que la première serait un chemin d'exploitation cadastré sans origine de propriété et que la seconde serait issue du partage de la parcelle section C n° 328, sans au demeurant apporter aucun élément probant au soutien de ces affirmations, Mme A n'établit pas qu'elle serait propriétaire de ces parcelles. Enfin, s'il ressort d'un acte notarié daté du 1er février 1971 qu'elle était propriétaire de la parcelle cadastrée section C
n° 538, cet acte, au vu de son ancienneté, ne permet pas de remettre en cause la propriété de la commune telle qu'elle ressort du relevé de propriété produit.
7. Egalement, la seule circonstance que le compte rendu du conseil municipal, tenu le 18 juin 2020, évoque la réalisation sans autorisation des propriétaires, par le syndicat audois d'énergies et du numérique (Syaden), de travaux pour l'alimentation électrique et d'une antenne 4G qui auraient été réalisés et qu'il soit, à cette occasion, fait référence à des échanges entre la requérante, Enedis et le Syaden, ne permet pas de conclure que les travaux autorisés par la délibération en litige du 22 février 2021 auraient pour assiette des parcelles appartenant à la requérante.
8. Dans ces conditions, le moyen de Mme A, tiré de ce que la délibération en litige porterait atteinte à son droit de propriété doit être écarté.
9. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. En application du II de l'article L. 1111-6, les représentants des collectivités territoriales ou des groupements de collectivités territoriales mentionnés au I du même article
L. 1111-6 ne sont pas comptabilisés, pour le calcul du quorum, parmi les membres en exercice du conseil municipal ".
10. La requérante fait valoir que le premier adjoint au maire serait intéressé à l'affaire, au sens des dispositions précitées, car il aurait été délégué au Syaden entre 2014 et 2020, son père serait par ailleurs à l'origine du projet éolien ayant justifié l'enfouissement de lignes électriques et il serait propriétaire de terrains nécessaires à ce projet. Toutefois, ces allégations ne sont étayées par aucune pièce, à l'exception d'une délibération du conseil municipal du 23 mai 2020 qui nomme l'intéressé ci-dessus visé délégué au Syaden et un relevé de ses propriétés sur lequel n'apparaît pas, au demeurant, les parcelles en litige. Surtout, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux autorisés par la délibération en litige, qui sont réalisés sur des terrains appartenant à la seule commune par la société Enedis, soient en lien avec un projet éolien porté par le Syaden, ainsi que l'allègue la requérante. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni sur la demande de la commune tendant à ce que le mémoire en réplique de Mme A soit écarté des débats, que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la délibération du 22 février 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. D'une part, le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction de la requérante, tendant à l'abrogation de la délibération en litige, doivent être rejetées.
13. D'autre part, des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à une personne publique de mettre fin à son comportement fautif causant un préjudice au requérant ne sont recevables qu'en complément de conclusions indemnitaires. En l'absence de conclusions indemnitaires Mme A n'est donc pas recevable à demander à ce qu'il soit enjoint au retrait des réseaux et ouvrages mal implantés. En tout état de cause, il résulte de ce qui précède que l'irrégularité de l'emprise alléguée par Mme A n'est pas établie et qu'une telle injonction n'est donc pas justifiée.
Sur les frais du litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Polycarpe, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle en défense et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de
Mme A une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Saint-Polycarpe sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera une somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Polycarpe sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-Polycarpe.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 mai 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026