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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105830

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105830

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105830
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021 sous le n° 2105830, Mme B C, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 21 septembre 2021 pour le recouvrement d'un indu de 16 687,95 euros correspondant au solde d'un indu de 16 987,98 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er avril 2016 au 31 janvier 2019 ;

2°) à titre principal, de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au département de l'Hérault de réexaminer sa situation ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de somme à payer est irrégulier faute de faire référence à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales ;

- cette modalité de recouvrement est illégale alors que ses droits aux aides sociales sont de nature à lui permettre de rembourser l'indu par voie de recouvrement sur prestations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 22 novembre 2021.

II - Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022 sous le n° 2206653, Mme B C, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 2 décembre 2022 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault pour le recouvrement d'une somme de 12 562,69 euros correspondant au solde d'un indu de 6 235 euros d'allocation de logement familiale pour la période du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2019, d'un indu de 5 673,08 euros de prestations familiales pour la période du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2019, d'un indu de 274,41 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017, d'un indu de 335,39 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2018 et d'un indu de 274,41 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la contrainte est insuffisamment motivée dès lors que la caisse d'allocations familiales a omis de souligner qu'elle a introduit un recours gracieux puis un recours contentieux à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active ;

- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable faute de contenir l'exposé des moyens de fait ou de droit qui fondent l'opposition à contrainte, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre des conclusions présentées par Mme C relatives aux prestations familiales.

Mme C n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 17 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Llinares, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2105830 et n° 2206653 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme C a bénéficié du revenu de solidarité active, de l'allocation de logement familiale, de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2016 et 2018 et de prestations familiales dans le département de l'Hérault. À la suite d'un contrôle de sa situation ayant conduit à la réintégration dans les ressources de son foyer des revenus de son époux, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a notifié à Mme C, par une décision du 1er avril 2019, un indu global de prestations de 29 780,24 euros. Par les présentes requêtes, Mme C demande l'annulation, d'une part, de l'avis de sommes à payer émis le 21 septembre 2021 pour le recouvrement d'un indu de 16 687,95 euros correspondant au solde d'un indu de 16 987,98 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er avril 2016 au 31 janvier 2019 et, d'autre part, de la contrainte émise le 2 décembre 2022 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault émise pour le recouvrement d'une somme de 12 562,69 euros correspondant au solde d'un indu de 6 235 euros d'allocation de logement familiale pour la période du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2019, d'un indu de 5 673,08 euros de prestations familiales pour la période du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2019, d'un indu de 274,41 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017, d'un indu de 335,39 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2018 et d'un indu de 274,41 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2016.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. En vertu de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; () ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le litige en ce qu'il est relatif à un indu de 5 673,08 euros de prestations familiales pour la période du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2019, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle du pôle social du tribunal judiciaire de Montpellier. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur l'avis de sommes à payer émis le 21 septembre 2021 :

5. En premier lieu, si Mme C se prévaut des termes de l'article 4.1 d'une circulaire n°19-0010 du 27 février 2010, qui impose de faire référence à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, il résulte des termes mêmes de cette circulaire qu'elle a trait aux mentions obligatoires que doit contenir une saisie administrative à tiers détenteur. Alors que les conclusions de Mme C sont dirigées contre un avis de sommes à payer, un tel moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, en se bornant à rappeler les termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, à faire valoir qu'elle se trouve dans une situation précaire et que les aides sociales auxquelles elle peut prétendre pourraient être employées au remboursement de l'indu mis à sa charge, Mme C ne peut être regardée comme contestant utilement le bien-fondé de l'avis de sommes à payer dont elle a été destinataire.

Sur la contrainte émise le 2 décembre 2022 :

7. En premier lieu, alors qu'il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que l'administration serait tenue de faire mention dans ses décisions des démarches antérieurement accomplies par le destinataire d'une contrainte en vue de contester le bien-fondé de l'indu pour le recouvrement duquel elle a été émise, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, pour ce motif, de la contrainte émise le 2 décembre 2022 est inopérant et ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, si Mme C se prévaut de sa bonne foi et de la précarité de sa situation, de tels arguments, s'ils peuvent être formulés à l'appui de la contestation d'un refus de remise de dette, ne permettent pas de remettre utilement en cause le bien-fondé d'une contrainte.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes de Mme C ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au département de l'Hérault, à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et à Me Bautes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au ministre délégué à la ville et au logement et au préfet de l'Hérault, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

Nos 2105830, 2206653

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