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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105849

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105849

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105849
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHATEL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Miralves-Boudet, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 12 810,82 euros en réparation des conséquences dommageables de son accident du 21 juin 2018 reconnu imputable au service ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens de l'instance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat étant engagée, ses préjudices s'établissent comme suit :

o déficit fonctionnel temporaire partiel du 31 octobre 2018 au 1er août 2019 : 685 euros

o déficit fonctionnel permanent : 6 050 euros

o perte de revenus nets : 4 075,82 euros

o souffrances endurées : 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation des préjudices devra être ramenée à de plus justes proportions :

o le déficit fonctionnel partiel n'est pas établi et en tout état de cause il ne peut être indemnisé sur le fondement de la responsabilité sans faute ; les périodes de vacances scolaires doivent être déduites ;

o la perte de revenus professionnels ne peut être indemnisée qu'en cas de faute ;

o le déficit fonctionnel permanent n'est pas établi, en tout état de cause son indemnisation devra être limitée à la somme de 5 420 euros.

o les souffrances alléguées ne sont pas établies.

Par une lettre enregistrée le 2 décembre 2022, la caisse primaire s'assurance maladie de l'Hérault indique qu'elle n'interviendra pas dans la procédure.

Un mémoire a été produit le 8 janvier 2024 pour Mme B, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Panis, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agente titulaire de l'éducation nationale, alors proviseure affectée au lycée Henri IV de Béziers, a été victime le 21 juin 2018 d'un accident reconnu imputable au service, résultant d'un état anxio-dépressif suite à un acharnement au travail. A ce titre elle a été placée en arrêt de travail à plein de traitement avec prise en charge des soins médicaux et frais pharmaceutiques du 31 octobre 2018 au 30 juin 2019, son état de santé étant reconnu consolidé au 13 juillet 2019. Le 5 novembre 2018, elle a formé une demande de mobilité hors de l'académie, et a été affectée au poste de chef d'établissement du collège Jules Vernes - Le Pontet à la rentrée scolaire 2019-2020. Le 30 juin 2021, elle a formulé une demande indemnitaire préalable reçue le 7 juillet 2021, implicitement rejetée le 7 septembre 2021. Par sa requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 12 810,82 euros en réparation des conséquences dommageables de son accident du 21 juin 2018 reconnu imputable au service.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

3. La circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie, de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, et à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie ou la réparation intégrale de ses préjudices en cas de faute.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

4. Il résulte de l'instruction que par courrier du 11 février 2019, la rectrice de l'académie de Montpellier a reconnu l'imputabilité au service de l'accident de Mme B survenu le 21 juin 2018. Cette imputabilité n'étant ni contestée par les parties ni infirmée par les pièces versées au dossier, la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée.

S'agissant des préjudices :

5. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme B, née le 17 novembre 1959, était consolidé au 13 juillet 2019.

Quant aux souffrances endurées :

6. Mme B demande la réparation des souffrances endurées, faisant état du mal être ressenti face au " manque de soutien de son administration " et au sentiment d'échec découlant de cet accident. Elle se prévaut sans être utilement contestée d'un rapport non contradictoire réalisé par un médecin expert le 7 janvier 2021 dans le cadre d'un compromis d'arbitrage mandaté par son assureur, évaluant à 1 les souffrances endurées sur une échelle de 0 à 7, retenant des douleurs physiques liées au traumatisme et à son évolution, des astreintes thérapeutiques avec prise de médicament et des troubles et phénomènes émotionnels durant la phase évolutive. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à Mme B la somme de 1 000 euros.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

7. Il résulte du rapport du médecin expert dont se prévaut Mme B que l'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 31 octobre 2018 au 1er août 2019, compte tenu des contraintes de soins tenant au suivi psychiatrique et à la prise de médicaments imputables à l'accident. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence liés aux soins entre le 31 octobre 2018 et la date de consolidation le 13 juillet 2019, non sérieusement contestés en défense, en allouant à Mme B la somme globale de 510 euros, à raison de 20 euros par jour.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

8. Il résulte du rapport du médecin expert dont se prévaut Mme B que l'expert a retenu un déficit fonctionnel permanent de 5% compte tenu de la persistance de manifestations anxieuses avec un syndrome de répétition et une tension psychique manifeste en lien avec l'accident. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 5 420 euros.

Quant à la perte de revenus :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que dans le cadre de l'engagement d'une responsabilité sans faute de l'Etat Mme B ne peut solliciter la réparation que de préjudices autres que ceux relatifs à la perte de revenus. Par suite il n'y a pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

10. Pour déterminer si l'accident de service ayant causé un dommage à un fonctionnaire est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, de sorte que ce fonctionnaire soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par l'Etat de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service.

11. Mme B, à supposer même qu'elle se prévale d'une faute de l'Etat susceptible d'engager sa responsabilité, ne l'établit pas. Par suite, la responsabilité pour faute de l'Etat ne saurait être engagée et l'intéressée n'est pas fondée à demander la réparation de ses préjudices à ce titre.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est fondée qu'à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 6 930 euros.

Sur les frais liés au litige :

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme B et tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 6 930 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports, et des jeux olympiques et para olympiques, et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Copie en sera transmise à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports, et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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