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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106052

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106052

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106052
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2021 et le 8 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Manya, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 300 000 euros en réparation de ses préjudices.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- il a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de la part de plusieurs de ses collègues de travail et de l'inspecteur d'académie du rectorat de l'académie de Montpelier dont il établit la réalité notamment en raison d'une divulgation d'éléments concernant sa vie privée, de propos dénigrants et d'attaques d'une partie de ses collègues, du caractère inapproprié d'un compte-rendu d'inspection, et d'un refus de protection contre les agissements qu'il a subi, qui ont conjointement conduit à une dégradation de son état de santé ;

- le rectorat a commis une faute en s'abstenant de le protéger contre les agissements dont il a été victime ;

- le préjudice résultant de ces fautes doit être réparé par le versement d'une somme de 300 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2022 et le 9 janvier 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas établis.

La clôture immédiate d'instruction a été prononcée par une ordonnance du 16 février 2022 et notifié à Me Manya à 16h33 ainsi qu'au rectorat de l'académie de Montpellier à 16 h 05.

Un mémoire présenté par M. B représenté par Me Manya a été enregistré le 16 février 2023 à 17h37, soit postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué[GJ1][BA2].

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayda, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Manya, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est professeur d'économie et de gestion au sein du lycée Jean Lurçat à Perpignan. Au cours de l'année 2014, il a été victime d'une divulgation auprès de ses élèves d'éléments relatifs à sa vie privée par une professeur d'espagnol exerçant ses fonctions au sein du même lycée, de deux dégradations à caractère injurieux de son véhicule personnel stationné dans l'enceinte du lycée, et de la réception d'un courrier anonyme injurieux dans son casier professionnel. Par deux décisions du 7 juillet 2016 puis du 13 juin 2017, M. B a obtenu la protection fonctionnelle. Par un arrêté du 4 juillet 2018, M. B a été affecté sur un poste spécifique académique en " section de technicien supérieur " au sein du Lycée Jean Lurçat à compter du 1er septembre 2018. A la suite d'une réunion de l'équipe pédagogique de la STS " négociation et digitalisation de la relation client " (NDRC), organisée le 10 juillet 2020, M. B a rempli le registre santé et sécurité au travail le 13 juillet 2020 puis a été placé en congé maladie ordinaire à compter de la rentrée scolaire 2020. Par courrier du 11 novembre 2021, il a adressé à son employeur une demande préalable au titre des faits de harcèlement moral et de manquements à l'obligation de protection de son employeur et a réclamé l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subi à hauteur de 300 000 euros. Le silence gardé par la rectrice de l'académie de Montpellier sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à raison des fautes qui lui seraient imputables, relatives à des faits de harcèlement moral ainsi qu'au manquement à son obligation de protection au travail, et à lui verser la somme totale de 300 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

3. M. B soutient qu'il fait l'objet d'agissements répétés de la part de Mme AT., professeur d'espagnol au sein du lycée Jean Lurçat, ainsi que de plusieurs autres collègues, appartenant au même syndicat enseignants, lesquels multiplieraient les propos dénigrants et injurieux, notamment lors d'une réunion tenue le 10 juillet 2020 à l'initiative et en présence des deux inspecteurs d'académie, sans réaction de la part de son employeur, qui seraient constitutifs de harcèlement moral.

4. Tout d'abord, le requérant fait valoir que Mme AT. professeure d'espagnol, s'est livrée en 2014 à une divulgation d'éléments relatifs à sa vie privée et personnelle auprès d'élèves de l'établissement scolaire, et aurait persisté dans son comportement injurieux malgré sa condamnation civile par un arrêt de la cour d'appel de Montpellier du 18 novembre 2020. Toutefois, pour regrettable que soit la divulgation d'éléments de la vie privée de M. B auprès des élèves commise par cette collègue professeur, un tel fait demeure isolé dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette dernière aurait multiplié les propos injurieux dénoncés par le requérant, ou qu'elle aurait entrepris une campagne de dénigrement et ainsi conduit à la dégradation du véhicule de M. B ou à la réception dans son casier d'une lettre anonyme à caractère injurieux, ainsi qu'il l'allègue. Ces agissements, dont les auteurs sont demeurés anonymes, ne permettent pas davantage d'établir l'existence d'un dénigrement généralisé au sein du lycée. Enfin, si le requérant se plaint de la réception récente d'une proposition de transaction adressée par le conseil de Mme AT. à son propre conseil, les termes de cette correspondance, en principe couverte par le secret professionnel, n'établissent pas une situation de harcèlement.

5. Il résulte en outre de l'instruction que les relations entre les professeurs intervenant au sein de la STS " négociation et digitalisation de la relation client " se sont progressivement détériorées, en raison de la dégradation des relations entre M. B et Mme D, si cette dernière s'est trouvée dans une situation pédagogique délicate auprès des élèves de la section et en a imputé la cause à M. B, avec lequel elle travaillait en binôme, en critiquant parfois auprès des élèves les compétences et la manière de travailler de son collègue, les attestations rédigées par les anciens élèves, eu égard à leur termes généraux et l'absence de précisions, ne sont pas à elles seules de nature à établir l'existence d'une situation de harcèlement. De même, si cette dégradation progressive des relations entre plusieurs professeurs de l'équipe a conduit les inspecteurs d'académie, inspecteurs régionaux d'économie gestion, à organiser la réunion incriminée, celle-ci avait pour objet de trouver une solution à ces conflits, au titre duquel M. B était impliqué. S'il résulte des attestations versées aux débats par M. B que les échanges entre professeurs y ont été difficiles, certains professeurs concernés reprochant au requérant une impossibilité de discussion avec lui, ces mêmes attestations ne comportent pas de précisions quant aux propos injurieux qui auraient été tenus envers M. B et n'établissent notamment pas qu'il aurait été à cette occasion mis en accusation ainsi qu'il l'allègue, ni que les collègues concernés auraient adopté un comportement agressif et dénigrant. Le requérant n'apporte pas davantage d'élément établissant qu'il serait victime de dénigrement systématique de la part de certains de ses collègues. Par ailleurs, il est constant qu'à la suite de la divulgation d'éléments de la vie privée de M. B, l'administration a pris plusieurs mesures de protection à son égard, en lui octroyant par deux fois la protection fonctionnelle. En outre, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait dénoncé l'existence de difficultés rencontrées en raison de la présence de Mme AT. avant le 13 juillet 2017, l'administration a décidé, après plusieurs propositions de postes, d'affecter le requérant sur un poste au sein de la STS Négociation et digitalisation de la relation client à compter du mois de septembre 2018. Enfin la seule circonstance qu'une évaluation rédigée par l'inspecteur d'académie ait, par simple erreur de plume, féminisé sa profession ne saurait laisser présumer l'existence d'un agissement constitutif d'un harcèlement moral. Ainsi, il résulte de ces éléments, pris isolément ou dans leur ensemble, que ni le comportement de certains professeurs ni le comportement de l'administration ne peuvent être regardé comme constitutif d'un harcèlement moral en lien avec l'exercice de ses fonctions, au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.

6. En deuxième lieu, M. B soutient que l'administration a commis une faute à son égard en manquant à son obligation de protection. Il se plaint tout d'abord de l'absence de sanction infligée à Mme AT. Toutefois, une sanction disciplinaire n'a pas pour finalité de réparer le préjudice de la victime de la faute commise par l'agent public sanctionné de sorte que la victime, si elle a droit à la réparation intégrale du préjudice résultant de cette faute, n'est pas titulaire d'un droit à indemnité résultant de l'absence de sanction disciplinaire de l'agent qui a commis la faute. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que Mme AT. a fait l'objet d'une lettre d'admonestation du 8 novembre 2017. Par ailleurs, il est constant que M. B a obtenu la protection fonctionnelle à raison des faits dont il a été victime ainsi que sa mutation sur un poste dépourvu de contact avec Mme AT. à compter de la rentrée 2018, laquelle a depuis lors été mutée dans l'intérêt du service à compter de la rentrée 2022. En outre, n'est pas davantage de nature à démontrer l'existence d'une faute dans la protection des agents l'organisation d'une réunion au sein du lycée afin de trouver une solution au conflit ouvert entre certains professeurs au sein de l'établissement, dont le rectorat avait été saisi par un des syndicats enseignants.

7. En troisième lieu et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait subi un ralentissement de carrière en raison de la dénonciation de l'attitude de sa collègue professeur ou que la gestion de sa situation aurait été fautive.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute du rectorat de l'académie de Montpellier, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante à la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

J.P. Gayrard

La greffière,

I.Laffargue

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 mars 2023,

I.Laffargue

[GJ1]C'est bien pour cela que tu indiques tout ce qui précède '

[BA2R1]Oui, elle avait à nouveau produit un mémoire très conséquent, mais après CIM

N°2106032

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