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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106090

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106090

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106090
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat TEULY-DESPORTES
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés le 18 novembre 2021, les 3 mai et 22 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ruffel demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé sa prise en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au président du conseil départemental de l'Hérault de le prendre en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au président du conseil départemental de l'Hérault de procéder au réexamen de sa demande de prise en charge à ce titre dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 2 000 euros à verser, à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- elles méconnaissent le principe de la présomption d'innocence ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Ruffel représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, entré en France le 26 juillet 2018, selon ses déclarations, a fait l'objet d'une prise en charge hôtelière par le département de l'Hérault sur la base d'une date de naissance déclarée par l'intéressée, à savoir celle du 5 mai 2003. Une évaluation sociale réalisée 31 août 2018 par l'association l'Avitarelle, puis une évaluation médicale, réalisée le 27 février 2019 à l'unité médico-Judiciaire du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier a remis en cause la minorité de l'intéressé. Par un arrêté du 17 décembre 2019, dont la légalité a été validée par jugement rendu par le magistrat désigné, le 22 janvier 2020, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an. Le département de l'Hérault a toutefois maintenu la prise en charge de l'intéressé jusqu'en mars 2021, date à laquelle il a reçu notification du jugement du 20 janvier 2021 du tribunal correctionnel de Montpellier condamnant M. A à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'escroquerie et détention de faux documents administratifs. Le 21 avril 2021, M. A a formulé une demande de contrat jeune majeur. Par décision du 17 mai 2021, le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté sa demande. Sur recours gracieux formé par l'intéressé, le 15 juillet 2021, la décision initiale de rejet a été maintenue le 5 août 2021. M. A demande l'annulation de ces décisions et la prise en charge au titre d'un contrat jeune majeur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ; () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel, modulable selon leurs besoins, en particulier de stabilité affective, ainsi que les mineurs rencontrant des difficultés particulières nécessitant un accueil spécialisé, familial ou dans un établissement ou dans un service tel que prévu au 12° du I de l'article L. 312-1 ;() Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune majeur pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. En premier lieu, au regard de l'office du juge rappelé au point précédent, le défaut d'examen réel et sérieux peut relever des vices propres des décisions contestées. Au surplus, il ne ressort pas des termes des décisions contestées, qui, au demeurant, comportent les éléments de fait et de droit sur lesquels elles se fondent, que le président du conseil départemental de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. Le moyen ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation alléguée du principe de " présomption d'innocence " garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui d'un recours en annulation dirigé contre un acte administratif, et ne peut qu'être écarté. Il suit de là que le requérant ne peut utilement invoquer la circonstance qu'il a fait appel du jugement le condamnant à une peine de six mois de prison avec sursis.

7. En dernier lieu, ainsi que l'y autorisait le 1° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale, et contrairement à ce que soutient le requérant, le président du conseil départemental de l'Hérault pouvait légalement, dans la décision initiale, opposer le motif tiré de ce que M. A n'avait pas été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans un lieu de vie et n'entrait pas dans le champ d'application du 1° réservé aux mineurs, devenus majeurs et ayant bénéficié d'une telle prise en charge. En outre, il ressort des termes de la décision que l'autorité administrative a également examiné la possibilité pour l'intéressé de relever de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 222-5 en lui opposant sa condamnation par le tribunal correctionnel sanctionnant la détention de faux documents administratifs en vue d'obtenir sa prise en charge au titre de l'aide sociale et en relevant que la régularisation de la situation de M. A était compromise. Dans ces conditions, et au regard de la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental, qui n'a pas opposé l'absence de régularité de séjour et n'a donc, en tout état de cause, nullement méconnu les dispositions de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles invoquées, ce dernier n'a entaché les décisions contestées d'aucune erreur manifeste d'appréciation, la circonstance que M. A est désormais en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) à la menuiserie et s'y investit pleinement, n'étant pas suffisante pour en déduire une appréciation manifestement erronée.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre la décision initiale et la décision rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution de sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département de l'Hérault et à Me Ruffel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

D. C La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 janvier 2023.

La greffière,

L. Rocher lr

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