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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106107

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106107

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106107
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 novembre 2021 et le 16 mars 2023, M. C E, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 5 025,38 euros pour la période du 1er mai 2019 au 30 juin 2020 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au département de l'Hérault de le décharger totalement des sommes dues au titre de cet indu ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de production d'une délégation de signature régulière de son auteur ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne précise pas le délai qui lui est imparti pour s'acquitter des sommes dues ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation quant au calcul de l'indu de revenu de solidarité active eu égard à ses revenus fonciers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Llinarès, représentant M. E.

La clôture de l'instruction a été différée au 24 mars 2023 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. En date du 29 septembre 2020, M. E s'est vu notifier un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 7 559,71 euros au motif que son épouse et lui avaient omis de déclarer les revenus issus de la location de trois logements dont ils sont propriétaires. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de la décision en date du 27 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge de cet indu.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 mai 2021 :

En ce qui concerne la régularité :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 21 avril 2021, publié le 23 avril suivant, le président du conseil départemental de l'Hérault a donné délégation de signature à Mme D B, directrice des solidarités actives, pour " tous actes, décisions et documents relatifs à la gestion des droits à l'allocation du revenu de solidarité active non déléguées aux organismes payeurs ; tous actes, décisions et documents concernant la gestion des indus, les recours administratifs et les dossiers de présomption de fraudes. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B, signataire de la décision du 27 mai 2021, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale : " L'action en recouvrement de prestations indues s'ouvre par l'envoi au débiteur par le directeur de l'organisme compétent d'une notification de payer le montant réclamé par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. Cette lettre précise le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition. Elle mentionne l'existence d'un délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées et les modalités selon lesquelles les indus de prestations pourront être récupérés, le cas échéant, par retenues sur les prestations à venir. Elle indique les voies et délais de recours ainsi que les conditions dans lesquelles le débiteur peut, dans le délai mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1, présenter ses observations écrites ou orales. / () ".

4. M. E soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'indique pas le délai dans lequel le débiteur doit s'acquitter de la somme mise à sa charge en violation de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale. Toutefois, cette disposition ne peut être utilement invoquée à l'appui du recours dirigé contre la décision du 27 mai 2021 confirmant l'indu de revenu de solidarité active qui n'est pas un acte de recouvrement.

En ce qui concerne le bien-fondé :

5. L'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dispose, dans sa rédaction applicable au litige, que : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ".

6. Pour l'application de ces dispositions, lorsque l'allocataire est propriétaire d'un bien immobilier pour lequel il perçoit des loyers, les revenus à prendre en compte au titre des ressources effectivement perçues sont constitués du montant de ces loyers, duquel il convient de déduire les charges supportées par le propriétaire à l'exception de celles qui contribuent directement à la conservation ou à l'augmentation du patrimoine, telles que, le cas échéant, les remboursements du capital de l'emprunt ayant permis son acquisition.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. E résulte de l'absence de déclaration par l'intéressé des loyers, issus de la location de trois logements dont il est propriétaire. M. E soutient que le département a commis une erreur de droit dans le calcul de ses droits au revenu de solidarité active en ne déduisant pas du montant des loyers perçus les charges supportées par le propriétaire. Si, en premier lieu, le requérant se prévaut de justificatifs relatifs aux charges de l'administrateur judiciaire ainsi qu'aux taxes foncières, il résulte toutefois de l'instruction que ces justificatifs portent sur l'année 2021 alors que l'indu litigieux porte sur la période du 1er mai 2019 au 30 juin 2020. En second lieu, si M. E produit les justificatifs de deux crédits contractés de montants de 50 000 euros et de 64 912,69 euros, il ne résulte non plus de l'instruction que ces prêts auraient un quelconque lien avec les propriétés du requérant. Enfin, et en tout état de cause, si M. E a produit le 16 mars 2023 de nouvelles pièces relatives à ses charges, cette seule production, qui n'est pas assortie d'un décompte précis des revenus fonciers et des charges à déduire, ne suffit pas pour établir que les ressources prises en compte pour déterminer les droits au revenu de solidarité active seraient erronées.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active contesté.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au département de l'Hérault et à Me Bautes.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 avril 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2106107

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