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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106134

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106134

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106134
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLETU ITTAH PIGNOT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 novembre 2021, enregistrée le 18 novembre 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août 2021 et 24 juin 2022, M. A B, représenté par Me Ittah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de M. B tendant au bénéfice d'une pension d'invalidité, ensemble la décision implicite de rejet de la commission de recours de l'invalidité ;

2°) de condamner la ministre des armées à lui verser les sommes dues rétroactivement au titre de la pension d'invalidité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous astreinte de cent euros par jour de retard.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la pathologie qui l'a conduit à être réformé en 2018 est imputable au service.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juin et 15 novembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, les conclusions à fin d'annulation étant dirigées contre la décision initiale de refus du 16 décembre 2020 et contre la décision implicite de rejet opposée par la commission de recours de l'invalidité, alors que la décision rendue, par cette dernière, qui se substitue à la décision initiale, a été notifié au requérant le 12 août 2021 ;

- à titre subsidiaire, le moyen unique soulevé par M. B est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 1er mars 1993, a été radié des cadres de la Légion étrangère le 22 décembre 2018. Par une demande enregistrée le 4 janvier 2019, M. B a sollicité l'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre de la pathologie diagnostiquée le 25 novembre 2013. Par une décision du 16 décembre 2020, dont l'intéressé demande l'annulation, la ministre des armées a rejeté sa demande. Son recours contre cette décision a été rejeté par la commission de recours de l'invalidité par une décision du 28 juillet 2021.

Sur les droits à pension :

2. D'une part, l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre dispose que : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. () ". Il résulte de ces dispositions que l'évaluation de l'invalidité au titre de laquelle la demande de pension est sollicitée doit être effectuée à la date de cette demande.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la demande de pension formulée par l'intéressé : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Est présumée imputable au service : 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; / () 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; / 4° Toute maladie constatée au cours d'une guerre, d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national, à compter du quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi du militaire dans ses foyers ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre que le demandeur d'une pension, s'il ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service, doit rapporter la preuve de l'existence d'un fait précis ou de circonstances particulières de service à l'origine de l'affection qu'il invoque. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.

5. Par ailleurs, l'article L. 121-5 du même code, également dans sa version applicable, dispose que : " La pension est concédée : 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : a) 30 % en cas d'infirmité unique ; b) 40 % en cas d'infirmités multiples ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.

6. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

7. En l'espèce, M. B soutient que la maladie de Crohn dont il souffre, diagnostiquée le 25 novembre 2013, présente, tant au regard de son apparition que de son aggravation, un lien avec les conditions d'exercice de ses missions, notamment les missions effectuées dans le cadre du plan Vigipirate en 2013, au titre de laquelle il sollicite le versement d'une pension d'invalidité. Ainsi que le relève en défense le ministre des armées, le requérant ne peut se prévaloir de la présomption légale d'imputabilité au service prévue par les dispositions précitées de l'article L. 121-1 et doit donc apporter la preuve de l'existence d'une relation certaine et directe de cause à effet entre les troubles qu'il invoque et un fait précis ou des circonstances particulières du service.

8. Il résulte de l'instruction que, pour refuser la demande de M. B, la commission de recours d'invalidité s'est fondée sur le motif tiré de l'absence de lien entre la pathologie de l'intéressé et le service. A cet égard, le 4 janvier 2019, date à laquelle M. B a déposé sa demande tendant à l'octroi d'une pension d'invalidité, celui-ci établit souffrir de la maladie de Crohn, pathologie affectant le tube digestif, diagnostiquée fin 2013, avoir fait l'objet d'interventions chirurgicales en 2014, faire l'objet d'un suivi médical depuis lors et être atteint d'un taux d'infirmité de 30 %, ayant notamment conduit à sa radiation des cadres de la Légion étrangère le 22 décembre 2018. Toutefois, si M. B soutient que la survenance et l'aggravation de sa pathologie présentent un lien avec les missions effectuées au cours du mois d'octobre 2013 dans le cadre du plan Vigipirate, il ne produit aucun élément circonstancié de nature à établir un tel lien, la seule circonstance que sa pathologie ait été diagnostiquée à l'occasion de telles missions étant, à cet égard, insuffisante. En outre, il résulte de l'instruction, en particulier des expertises médicales des 3 novembre et 11 décembre 2020, d'un médecin expert gastro-entérologue, puis d'un médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, que la pathologie dont souffre l'intéressé ne présente pas de lien avec le service. Les différentes pièces médicales produites par le requérant, notamment le certificat médical émanant d'un médecin généraliste, daté du 7 janvier 2019, ne se prononcent pas davantage sur l'existence d'un lien entre son affection et le service, ni au stade de son apparition, ni à celui de son aggravation. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe d'une relation certaine et directe de cause à effet entre la pathologie dont il souffre et le service.

9. Il résulte de tout de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la ministre des armées aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre en ne reconnaissant pas de lien de causalité direct et certain entre les infirmités dont il souffre, résultant de sa pathologie, et le service.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Le rejet des conclusions tendant à bénéficier de droits à pension emporte celui des conclusions indemnitaires du requérant tendant au paiement des sommes dues au titre d'une pension militaire d'invalidité.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B sollicite au titre des frais liés au litige et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Delon

Le président,

J-P. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2023.

La greffière,

I. Laffargue

il

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