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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106164

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106164

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106164
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPELLEGRINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2021 et le 21 avril 2022, M. B C et Mme A C, représentés par Me Pellegrini, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, en droits et pénalités ;

2°) de leur accorder le bénéfice du sursis de paiement pour la totalité des sommes contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les sommes qu'elle qualifie de revenus distribués ont été mises à la disposition de M. C ;

- l'EURL Prestige Auto 11 a comptabilisé par erreur des opérations au débit du compte courant d'associé de M. C; s'il n'a pas produit suffisamment d'informations et de précisions lors de la remise de pièces à son comptable, il produit désormais des factures d'achats de véhicules d'occasion justifiant l'apport au crédit de son compte-courant d'associé ;

- M. C n'a pas pu disposer des sommes inscrites à son compte-courant d'associé ; ces sommes n'étaient pas disponibles eu égard à l'insuffisance de trésorerie de la société en 2016 ; le service ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la disponibilité des sommes, ni des prélèvements allégués et de leur caractère injustifié ;

- l'erreur comptable a été corrigée, la somme en litige ne peut plus être regardée comme distribuée ;

- en l'absence d'intention d'éluder l'impôt, c'est à tort que le service appliqué la majoration de 40% pour manquement délibéré.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 février 2022 et 28 février 2023, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- un dégrèvement partiel de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle les requérants ont été assujettis au titre de l'année 2016 a été prononcé le 22 février 2022 à concurrence d'une somme de 554 euros ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal portant sur l'année 2016 à la suite d'une vérification de la comptabilité de l'EURL Prestige Auto 11, dont M. C est le gérant et associé unique. Par leur requête, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, en droits et pénalités.

Sur l'étendue du litige

2. Par décision du 22 février 2022 postérieure à l'introduction de la requête, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées a prononcé un dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle les requérants ont été assujettis au titre de l'année 2016, à concurrence d'un montant de 554 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 109-1 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2 Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () " Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2º du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

4. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, le service a relevé que la somme de 248 750 euros inscrite au crédit du compte courant d'associé de M. C demeurait injustifiée, avec pour contrepartie une inscription de même montant au débit des comptes fournisseurs de l'EURL Prestige Auto 11. Le service vérificateur a ainsi réintégré cette somme dans le résultat de la société et l'a imposée entre les mains de son gérant sur le fondement du 2° du 1.de l'article 109 du code général des impôts.

5. En premier lieu, pour contester le bien-fondé de l'imposition et justifier des sommes inscrites au crédit du compte-courant d'associé, M. et Mme C produisent des factures d'achats de véhicules Vo354, Vo355, Vo356 du 20 juillet 2012, Vo383, Vo384, Vo385 et Vo386 du 25 octobre 2015, Vo 392 du 28 novembre 2012, Vo 161 du 24 novembre 2011 et Vo34 du 24 juillet 2013. Le service fait valoir que ces factures de véhicules, inscrits sur le livre de police et contenus dans deux reconnaissances de dettes personnelles établies par M. C en faveur de deux acquéreurs pour un montant de 221 250 euros, ont d'ores et déjà été admises au stade de la proposition de rectification du 11 juillet 2019 adressée à la société, justifiant le rachat d'une part de la dette de la société Prestige Auto 11 par son gérant. Les requérants, en se bornant à indiquer sans plus de précision que ces factures ne concerneraient pas les mêmes véhicules que ceux admis par le service, n'apportent aucun élément de nature à justifier l'inscription de ces sommes au crédit du compte-courant d'associé. S'ils produisent également des factures de véhicules Vo 867 du 7 mars 2019, Vo 588 et Vo 694 du 2 avril 2017, elles ne sauraient être admises car émises postérieurement à l'exercice 2016 vérifié en litige. Enfin, la facture Vo 122 du 25 novembre 2013 d'un montant de 5 670 euros correspondant à une vente de véhicule ne peut être admise eu égard à l'incohérence, d'ailleurs relevée par le service, du montant de 65 000 euros comptabilisé pour cette vente le 18 mars 2013 au crédit du compte " fournisseur VO Particuliers ". Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que M. C n'a pu avoir la disposition de cette somme ou qu'elle ne correspond pas à la mise à disposition d'un revenu.

6. En deuxième lieu, M. et Mme C soutiennent que les sommes inscrites au compte-courant d'associé n'étaient pas disponibles eu égard à l'insuffisance de trésorerie de la société en 2016, de sorte que ce dernier ne pouvait pas en disposer. S'ils produisent une attestation du cabinet comptable de la société datée du 25 septembre 2020, le service fait valoir sans être efficacement contredit que ce document ne fait état que des soldes disponibles des comptes de trésorerie à la fin des exercices clos des années 2016, 2017 et 2018, sans tenir compte des prélèvements réalisés par M. C au cours de ces exercices et inscrits au Grand Livre n°45510000 de l'Eurl Prestige Auto 11. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que la situation de trésorerie de la société rendait tout prélèvement financièrement impossible, de sorte que M. C doit être regardé comme ayant disposé de ces sommes.

7. En dernier lieu, à supposer même que l'inscription des sommes litigieuses au crédit de son compte courant d'associé procèderait d'erreurs comptables involontaires ultérieurement rectifiées, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé soit regardé comme ayant eu la disposition de ces sommes, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il n'a pas pu en avoir la disposition, ni que ces sommes ne correspondaient pas à la mise à disposition d'un revenu.

8. Il résulte de ce tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a regardé les sommes inscrites au compte-courant d'associé de M. C au titre de l'exercice clos en 2016 comme des revenus distribués, et les a imposées entre les mains des requérants sur le fondement du 2° de l'article 109-1 du code général des impôts.

En ce qui concerne la majoration de 40% pour manquement délibéré :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

10. Pour établir le caractère délibéré des manquements, l'administration s'est fondée sur l'importance de la somme non justifiée inscrite au crédit du compte-courant d'associé de M. C et sur celle de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu en résultant au titre de l'année 2016, soit 104 889 euros. Si M. C affirme que les erreurs comptables sont en partie imputables à son cabinet d'expertise comptable, le service fait toutefois valoir qu'en sa qualité de dirigeant depuis plusieurs années, il ne pouvait ignorer les règles de gestion comptable et qu'il faisait, au cas particulier, supporter une dette injustifiée à sa société. Dans ces circonstances, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'intention délibérée de M. C d'éluder l'impôt. Dès lors, les requérants ne peuvent prétendre à la décharge des pénalités appliquées sur le fondement du a. de l'article 1729 du code général des impôts.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme C ont été assujettie au titre de l'année 2016, en droits et pénalités, doit être rejeté.

Sur le sursis de paiement :

12. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant à l'octroi du sursis de paiement de l'impositions contestée se trouvent donc privées d'objet.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement de 554 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C, et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 octobre 2023

Le greffier,

S. Sangaré

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