lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106404 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAUREL |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par M. B.
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Maurel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les rehaussements sont insuffisamment motivés au sens des dispositions de l'article et R.57-1 du livre des procédures fiscales et de la doctrine référencée BOI-CF-IOR-10-40 ;
- l'information est insuffisante au sens des dispositions de l'article L.76 du livre des procédures fiscales et de la doctrine référencée BOI-CF-PGR-30-1, l'origine des documents obtenus n'ayant pas été communiquée et la procédure ayant permis d'obtenir les documents n'ayant pas été indiquée dans la proposition 3924-V-SD ;
- la méthode de reconstitution est sommaire : elle doit tenir compte des données propres à son activité, des conditions réelles d'exploitation, en particulier le mode de fonctionnement en son absence basé sur des remplaçants à qui il rétrocède les honoraires ;
- l'application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas motivée et n'est pas justifiée : les majorations appliquées sont insuffisamment motivées au sens des articles L.211-2 à L.211-7 du code des relations entre le public et l'administration et de la doctrine référencée BOI-CF-INF-30-20 n°240 et la mauvaise foi ne saurait être retenue.
Par mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater,
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce à titre individuel une activité libérale de médecin urgentiste au sein de la clinique Saint-Michel à Prades. Il exerce également son activité de médecin urgentiste au centre hospitalier de Perpignan dans le cadre de la maison médicale et pour le service de régulation 66 du SAMU. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 7 décembre 2017 au 8 février 2018 portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Afin d'appréhender l'ensemble des revenus provenant de son activité professionnelle, il a également et concomitamment fait l'objet d'une procédure d'examen contradictoire de sa situation personnelle portant sur les années 2015 et 2016. Dans le cadre de ces procédures, le service a constaté que M. B n'avait pas déclaré les recettes professionnelles encaissées sur deux comptes bancaires personnels, n'avait pas déclaré les recettes en espèce générées par les consultations données au sein de la maison médicale du centre hospitalier de Prades, et avait déduit de ses revenus non commerciaux des honoraires rétrocédés. Par une proposition de rectification, le service a rehaussé les revenus non commerciaux professionnels déclarés au titre des années 2015 et 2016. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.
Sur la régularité de la procédure :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse à ses observations, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 5 décembre 2018 précise les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, les impôts concernés, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour procéder aux rectifications contestées. M. B n'indique pas en quoi cette motivation serait insuffisante, celle-ci s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs, et elle a permis au contribuable de formuler ses observations de façon utile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent.
5. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu du contribuable, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
6. Il résulte de l'instruction que le service a procédé à la réintégration dans les revenus non commerciaux déclarés par le contribuable des sommes perçues en espèces éludées dont le détail a été communiqué par la maison médicale du centre hospitalier de Perpignan suite à une demande de renseignements. Par la proposition de rectification 3924-V-SD l'administration fiscale a informé M. B avoir fait une demande de renseignements auprès de la maison médicale afin d'obtenir le détail des sommes encaissées par ses soins pour la période vérifiée et a transmis en annexe le détail des sommes encaissées transmis en réponse. Ainsi, contrairement à ce que soutient le contribuable, l'administration a communiqué au contribuable l'origine des documents obtenus.
7. M. B a demandé la communication de ces documents qui lui ont été remis le 25 décembre 2018. S'il reproche à l'administration de ne pas l'avoir informé de la procédure utilisée pour l'obtention desdits documents, cette information se trouvait sur la lettre du 31 janvier 2018 adressée au centre hospitalier de Perpignan indiquant qu'il s'agit d'une demande de renseignent non contraignante et dont M. B a eu copie. En tout état de cause, il n'est pas allégué qu'il ait été fait obstacle à la possibilité pour ce dernier de solliciter la communication desdits documents, comme en atteste l'accusé de réception du 30 novembre 2018. Dès lors, M. B n'a été privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen en ses deux branches tiré de ce que la proposition de rectification ne l'a pas informé de l'origine et de la procédure ayant permis d'obtenir les documents sollicités doit être écarté.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
M. B ne saurait utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L.80 du livre des procédures fiscales, des énonciations contenues dans la documentation administrative BOI-CF-IOR-10-40 et BOI-CF-PGR-30-1 qui portent sur la procédure d'imposition et ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
8. Pour conteste le caractère estimé non déductible des honoraires rétrocédés mentionnés par lui sur les déclarations des bénéfices non commerciaux souscrites au titre des années 2015 et 2016, M. B soutient que la méthode de reconstitution des recettes des années 2015 et 2016 est sommaire. Toutefois, en l'absence de rejet de la comptabilité, l'administration s'est bornée a procédé à une réintégration dans les revenus non commerciaux des honoraires estimés rétrocédés sans procéder à une reconstitution. Le moyen tiré du caractère sommaire de la reconstitution de recettes doit dès lors être écarté comme inopérant.
9. Les documents produits par le contribuable dans le cadre de la présente instance, en particulier les attestations du directeur de la clinique Saint-Michel et des médecins se déclarant remplaçants, ainsi que la copie de son passeport, ne sont pas de nature, compte tenu de leur caractère contradictoire ou peu circonstancié à remettre en cause la réintégration par l'administration dans son bénéfice non commercial des dépenses correspondants aux honoraires rétrocédés non justifiées.
10. Il résulte de qui précède que les conclusions tendant à la décharge des cotisations supplémentaires doivent être rejetées.
Sur les pénalités :
11. Les rectification et rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été assorties de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, en application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, aux termes duquel : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
12. En premier lieu, les pénalités prévues par le code général des impôts sont au nombre des sanctions auxquelles s'appliquent les dispositions des articles L.211-1 à L.211-7 du code des relations entre le public et l'administration et doivent ainsi être motivées.
13. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification, cite ces dispositions et pour justifier le manquement délibéré, l'administration retient, d'une part, que le nombre de pièces justificatives manquantes en matière d'honoraires rétrocédés et les dissimulations de recettes professionnelles déposées sur les comptes privés, ne pouvaient résulter de la simple erreur ou omission, d'autre part, l'importance des rectifications effectuées pour les années 2015 (201 895 euros) et 2016 ( 225 449 euros), l'intervention d'un cabinet comptable afin de remplir les déclarations et l'intervention d'une d'association agréée qui ont dû rappeler à l' intéressé les obligations en matière de tenue de comptabilité, enfin, le fait qu'il ne pouvait ignorer ses obligations déclaratives. Il en résulte que la proposition de rectification comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de ces pénalités dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et contester utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification quant aux majorations doit être écarté.
14. En second et dernier lieu, il résulte de cette motivation que l'administration s'est fondée sur le manquement délibéré sans sanctionner un manquement aux obligations déclaratives. Dès lors, le moyen tiré de ce que la mauvaise foi ne saurait être retenue dans la mesure ou les honoraires rétrocédés ont fait l'objet de déclarations DAS2 doit être écarté.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en décharge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater premier conseiller,
Mme Viallet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 octobre 2023
Le greffier,
S. Sangaré
2
sa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026