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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106408

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106408

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106408
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEP D'AVOCATS ARMANDET - LE TARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et un mémoire, enregistrés les 6 décembre 2021 et le 31 juillet 2023, Mme G D, représentée par Me Szwarc, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser une indemnité de 63 248, 87 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'un retard dans sa prise en charge par le service d'aide médicale urgente (SAMU) ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité fautive du centre hospitalier universitaire est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 I du code de la santé publique pour l'intégralité de son préjudice ;

- son préjudice s'élève à la somme de 63 248,87 euros comprenant :

Frais restés à sa charge1643,87 euros Assistance par tierce personne 21 400 euros Déficit fonctionnel temporaire 5 205 euros Préjudice esthétique temporaire2 999 euros Souffrances endurées10 000 euros Déficit fonctionnel permanent23 000 euros

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier 2022 et 17 juillet 2023, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

à titre principal, que :

- aucune faute ne lui est imputable ;

- il y a faute du médecin traitant ;

- aucune perte de chance directe et certaine n'est établie ;

- le mémoire de la caisse des dépôts et consignations est irrecevable, pour défaut de compétence de son auteur pour ester en justice au nom de la caisse, aucune délégation n'étant justifiée ;

à titre subsidiaire, que :

- une perte de chance au maximum de 35 % pourra être retenue à son encontre ;

- les demandes de la caisse des dépôts et consignation sont infondées ;

Par des mémoires, enregistrés les 4 juillet et 25 juillet 2023, la caisse des dépôts et consignations demande au tribunal de déclarer recevable son mémoire en qualité de gestionnaire de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales.

Elle soutient que :

- le responsable de l'unité contentieux, auteur du mémoire, est compétent pour ester en justice au nom de la Caisse des dépôts et consignations en vertu d'un arrêté signé et publié le 1er mars 2021 et d'une décision du 12 mai 2023 ;

- Mme D est fonctionnaire au centre hospitalier universitaire de Montpellier de telle sorte qu'elle est affiliée à la CNRACL. A ce jour, la CNRACL ne verse pas de pension à Mme D mais elle sera éventuellement amenée à le faire ;

- des troubles sensitifs persistants sont imputables, non à la pathologie initiale, mais au retard de diagnostic et elle entend être informée de la suite de la procédure pour éventuellement user de son droit si la situation professionnelle de Mme D venait à évoluer en raison de son état de santé.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 5 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 1703766 de la présidente du tribunal administratif de Montpellier du 22 mai 2019 liquidant et taxant les frais d'expertise à la somme de 3130 euros ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la fonction publique ;

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Szwarc, avocat de Mme D, et celles de Me le Junter représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G D s'est présentée le 4 avril 2017 aux urgences du centre hospitalier universitaire de Montpellier pour des lombalgies. Son traitement antalgique a été adapté et des consignes de surveillance lui ont été données. Un rendez-vous en neurochirurgie a été retenu pour le 11 avril suivant. Le lendemain, elle a ressenti une aggravation de son état, a appelé le SAMU et est entrée en contact téléphonique avec le médecin régulateur. Le lendemain, elle a appelé son médecin traitant. Le 7 avril elle a appelé les pompiers qui l'ont transportée aux urgences tête et cou du centre hospitalier universitaire de Montpellier. Elle a été opérée le jour même pour une sciatique paralysante. Estimant la responsabilité du centre hospitalier universitaire engagée pour un retard dans sa prise en charge, elle a saisi le juge des référés du tribunal administratif de céans. Par ordonnances n°1703766 des 8 novembre 2017 et 2 octobre 2018, un collège d'expert a été désigné, en la personne du Pr B, neurochirurgien et du Dr F, médecin urgentiste, qui ont remis leur rapport le 30 avril 2019. Par lettre du 1er décembre 2021, Mme D a formé une demande préalable en indemnisation. Par la présente requête, elle met en cause la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier et demande au tribunal de le condamner à réparer l'intégralité de son préjudice.

Sur la déclaration de jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie :

2. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, appelée en la cause dans la présente instance, n'a présenté aucune demande sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu, par suite, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les conclusions de la caisse des dépôts et consignations :

En ce qui concerne la recevabilité du mémoire du 4 juillet 2023

3. Aux termes de l'article 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ".

4. Il résulte de l'instruction, que, par arrêté signé et publié le 1er mars 2021 portant délégation de signature pour la direction des politiques sociales de la caisse des dépôts et consignations, délégation de signature est donnée à M. E, directeur des politiques sociales, de signer au nom du directeur général les actes liés à la représentation de la Caisse tant en demande qu'en défense devant les juridictions () lorsque le contentieux relatif au fonds est gérés par la direction des politiques sociales. Par une décision en date du 12 mai 2023, le directeur des politiques sociales a donné, comme l'y autorise l'article 4 du même arrêté, subdélégation de signature à M. A, responsable de l'unité contentieux. Par suite, M. A ayant compétence pour signer le mémoire de la caisse enregistré le 4 juillet 2023, il n'y a pas lieu d'écarter des débats ce mémoire.

5. Aux termes de l'article L. 825-1 du code général de la fonction publique : " L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics à caractère administratif disposent de plein droit contre le tiers responsable du décès, de l'infirmité ou de la maladie d'un agent public, par subrogation aux droits de ce dernier ou de ses ayants droit, d'une action en remboursement de toutes les prestations versées ou maintenues à l'agent public ou à ses ayants droit et de toutes les charges qu'ils ont supportées à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie. ". Aux termes de l'article L.825-4 du même code : " L'action subrogatoire concerne notamment : 1° La rémunération brute pendant la période d'interruption du service ; 2° Les frais médicaux et pharmaceutiques ; 3° Les arrérages des pensions et rentes viagères d'invalidité ainsi que les allocations et majorations accessoires ; 4° Le capital-décès ; 5° Les arrérages des pensions de retraite et de réversion prématurées, jusqu'à la date à laquelle l'agent public aurait pu normalement faire valoir ses droits à pension, ainsi que les allocations et majorations accessoires ;v6° Les arrérages des pensions d'orphelin ; 7° Les charges patronales afférentes à la rémunération maintenue ou versée au fonctionnaire pendant la période de son indisponibilité. Le remboursement par le tiers responsable des arrérages de pensions ou rentes ayant fait l'objet d'une concession définitive est effectué par le versement d'une somme liquidée en calculant le capital représentatif de la pension ou de la rente. ".

6. Il résulte de l'instruction que Mme D a fait connaître sa qualité d'agent titulaire du centre hospitalier universitaire de Montpellier. En application de l'article 3 de l'ordonnance du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l'Etat et de certaines autres personnes publiques et des dispositions précitées, la requête de Mme D a été communiquée à la caisse des dépôts et consignations, gérante de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales à laquelle sont également affiliés les fonctionnaires du centre hospitalier universitaire. En l'absence de demande subrogatoire ou de sursis à statuer de la caisse, le présent jugement lui sera seulement déclaré commun.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier :

7. Aux termes de l'article L. 1142-1 I du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ().

8. En application des articles R. 6311-1 à R. 6311-13 du code de la santé publique, le SAMU, qui comporte un centre de réception et de régulation des appels, est chargé d'assurer une écoute médicale permanente, de déterminer et de déclencher la réponse la mieux adaptée à la nature des appels, de s'assurer de la disponibilité des moyens d'hospitalisation, publics ou privés, adaptés à l'état du patient, d'organiser le cas échéant le transport dans un établissement public ou privé en faisant appel à un service public ou à une entreprise privée de transports sanitaires et de veiller à l'admission du patient. Le médecin régulateur est chargé d'évaluer la gravité de la situation et de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles, en vue d'apporter la réponse la plus appropriée à l'état du patient et de veiller à ce que les soins nécessaires lui soient effectivement délivrés. Il doit pour ce faire se fonder sur une estimation du degré de gravité avérée ou potentielle de l'atteinte à la personne concernée, une appréciation du contexte, de l'état et des délais d'intervention des ressources disponibles. Ces appréciations reposent sur un dialogue entre le médecin régulateur et la personne concernée, ou, le cas échéant, son entourage.

9. Il est constant en l'espèce qu'une discopathie L4-L5 a été diagnostiquée chez Mme D en juillet 2015. L'intéressée souffrant de lombalgies depuis octobre 2016, un scanner lombaire effectué le 27 mars 2017 a mis en évidence une hernie discale L3-L4 postéro-latérale conflictuelle avec la racine L3-L4 droite. Son état de santé s'est dégradé et le 4 avril 2017, Mme D s'est présentée aux urgences du centre hospitalier universitaire pour des paresthésies bilatérales. Un rendez-vous en neurochirurgie a été retenu pour le 11 avril suivant. Le lendemain, elle a perdu toute force dans les membres inférieurs et a appelé le Samu au centre 15. Le médecin régulateur lui a recommandé de poursuivre son traitement, d'appeler son médecin traitant pour faire avancer le rendez-vous chez le spécialiste et lui a indiqué l'inutilité de se rendre aux urgences. Le lendemain, 6 avril 2016, elle a appelé son médecin traitant qui lui a conseillé de se rendre aux urgences en cas d'aggravation. Mme D a appelé le 7 avril suivant les pompiers qui l'on conduite au service des urgences du centre hospitalier universitaire. Un IRM a mis en évidence une très volumineuse hernie discale comblant pratiquement la totalité du canal rachidien. La sciatique paralysante a été traitée chirurgicalement en urgence pour exérèse de hernie discale lombaire pseudo tumorale. Mme D soutient par la présente que les services du SAMU ont commis une faute en ne la prenant pas en charge le 5 avril 2017, ce qui lui a été préjudiciable.

10. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise collégiale, que la sciatique paralysante est définie par l'existence d'un déficit moteur et qu'en fonction de sa catégorie, est indiqué un geste de décompression en urgence dès le diagnostic posé. Il n'est pas contesté en l'espèce que Mme D ne présentait pas ces signes le 4 avril lors de sa visite au centre hospitalier universitaire dont la prise en charge est conforme aux bonnes pratiques médicales. Toutefois, les dérobements des membres inférieurs avec chutes qu'elle a présentés le lendemain caractérisaient soit un déficit moteur, soit des pics douloureux, et un simple examen clinique était de nature à pouvoir éliminer une des deux hypothèses. Si le centre hospitalier universitaire rappelle en défense que le Samu n'est tenu qu'à une obligation de moyens, contrairement à ce qu'il soutient, le médecin régulateur avait, par les renseignements pris préalablement à son intervention par l'assistante de régulation, nécessairement connaissance du fait que Mme D souffrait d'une hernie qui avait été définie par un scanner. Compte tenue de cette information et face à la description faite par la requérante de ses faiblesses dans les membres inférieurs, la possibilité d'un déficit moteur qui sera diagnostiqué le 7 avril était une hypothèse très sérieuse dès le 5 avril 2016 et un diagnostic s'imposait dans l'urgence alors que le médecin régulateur a explicitement dissuadé Mme D de se rendre aux urgences en lui disant " c'est pas la peine de filer aux urgences on ne fera pas plus ".

11. Par suite, en ne prescrivant ni une visite à domicile d'un médecin ni un retour au service des urgences de l'hôpital, le Samu n'a pas procédé à une prise en charge adaptée de Mme D, ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier.

12. Lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des coauteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre coauteur. Il en résulte que la victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les coauteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du coauteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.

13. Il résulte de l'instruction que compte tenu de l'urgence dans laquelle un geste de décompression doit être fait dès le diagnostic posé, la faute commise par Samu qui n'a ni procédé à un examen clinique, ni envoyé Mme D aux urgences, et n'a invité la requérante à prendre rendez-vous avec son médecin traitant que pour qu'il avance son rendez-vous médical avec le neurochirurgien, la faute du centre hospitalier universitaire de Montpellier portait de façon certaine en elle-même, l'intégralité du dommage subi par la requérante. Il appartiendra dès lors au centre hospitalier universitaire de Montpellier, s'il s'y croit toujours fondé, de former une action récursoire à l'encontre du médecin traitant devant le juge compétent afin qu'il soit statué sur le partage de responsabilité soutenu dans ses écritures.

14. Il appartient en conséquence au tribunal saisi du présent litige de déterminer l'indemnité due à Mme D, dans la limite des conclusions indemnitaires dont il est saisi, laquelle s'apprécie au regard du montant total de l'indemnisation demandée pour la réparation de l'entier dommage, quelle que soit l'argumentation des parties sur un éventuel partage de responsabilité.

En ce qui concerne la réparation des préjudices de Mme D :

15. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

16. Alors que comme jugé au point 9, la possibilité d'un déficit moteur qui sera diagnostiqué le 7 avril était une hypothèse très sérieuse dès le 5 avril, le Samu a compromis les chances de Mme D d'échapper à l'aggravation de son état jusqu'à la sciatique paralysante. Il sera fait une juste appréciation du taux de la perte de chance de Mme D d'éviter l'aggravation de son état à hauteur de 50 %, comme le proposent d'ailleurs les experts.

17. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que la date de consolidation doit être fixée au 7 avril 2019.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux frais divers :

18. Il résulte de l'instruction, que dans les suites opératoires immédiates du 7 avril 2017 a été constaté un déficit majeur du membre inférieur gauche et un déficit majoré du membre inférieur droit. Si un releveur de pied a pu ainsi apparaitre indispensable, Mme D ne justifie pas ne pas avoir été remboursée par l'organisme complémentaire de santé, cette possibilité étant indiquée sur la facture. Compte tenu de ce que les frais de télévision demeurent à la charge du patient, il sera fait une juste appréciation du préjudice indemnisable subis par Mme D au titre des autres frais divers non contestés en leur montant, en les évaluant à la somme de 8,70 euros compte tenu du taux de perte de chance.

Quant aux frais d'assistance à expertise :

19. Il résulte de l'instruction, en particulier des factures émises les 25 mai 2018 et 5 mars 2019 par le Dr C, que Mme D a exposé la somme totale de 1 620 euros au titre des frais d'assistance à expertise, qu'il y a donc lieu de mettre à la charge du centre hospitalier, compte tenu du taux de perte de chance retenu, la somme de 810 euros.

20. Si Mme D soutient avoir eu recours à une tierce personne, pour avoir été totalement dépendante du 6 juin 2027 au 25 juillet 2017, à demi dépendante durant la période du 26 juillet 2017 au 1er décembre 2017 et un quart dépendant du 2 décembre 2017 au 21 janvier 2018, elle ne justifie par les pièces produites ni d'une aide familiale ni d'une aide extérieure.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

21. Il résulte de l'instruction, que Mme D a subi un déficit temporaire durant les périodes suivantes sur lesquelles les parties s'accordent, soit, total pendant la période du 17 mai au 5 juin 2017, soit 19 jours, à 75 % du 6 juin 2017 au 25 juillet 2017, soit 49 jours, à 50% du 26 juillet 2017 au 1er décembre 2017 soit 128 jours, à 25% du 2 décembre 2017 au 21 janvier 2018 soit 50 jours, à 15% du 22 janvier 2018 au 1er avril 2018, soit 69 jours et à 10 % du 2 avril 2018 au 5 février 2019, soit 309 jours. Il sera ainsi fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi, à raison de 20 euros par jour, en l'évaluant globalement, compte tenu du taux de perte de chance, à la somme de 1 942 euros.

Quant aux souffrances endurées :

22. Les experts ont évalué les souffrances endurées par Mme D à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, en l'évaluant à la somme de 900 euros, compte tenu du taux de perte de chance.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

23. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 250 euros, compte tenu du taux de perte de chance.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

24. Il résulte de l'instruction, que Mme D a depuis la date de consolidation, complètement récupéré sur le plan moteur, n'a pas de trouble vésico-sphinctérien, et que seule sa pathologie initiale a des retentissements personnels et professionnels. S'il est noté qu'il persiste toutefois des troubles de la sensibilité aux membres inférieures en lien avec le retard de diagnostic, il n'est justifié en conséquence d'aucun déficit fonctionnel permanent.

25. Il résulte de ce qui précède, que le centre hospitalier universitaire doit être condamné à verser à Mme D une somme de 3 910,07 euros.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

26. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

27. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 130 euros par ordonnance n° 1703766 de la présidente du tribunal administratif de Montpellier du 22 mai 2019, doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier le versement à la requérante d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à la caisse nationale des dépôts et consignations.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à verser à Mme D la somme de 3 910,07 euros.

Article 3 : Les frais d'expertise, soit 3 130 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à la caisse des dépôts et consignations.

Copie en sera transmise aux experts.

Délibéré après l'audience publique du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabate

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 3 octobre 2023,

Le greffier,

S. Sangaré

4

N° 1901371

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N° 1901371

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