jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106428 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 10 février 2023 sous le n° 2106428, Mme B E, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 332,34 euros constitué au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020 ;
2°) de la décharger du paiement de cet indu ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ; cette omission l'a privée d'une garantie ;
- elle est entachée d'incompétence pour avoir été prise par une personne qui ne justifie d'aucune délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée ;
- elle méconnaît les articles L. 262-47, L. 262-25 et R. 262-60 du code de l'action sociale et des familles dès lors que son adoption n'a pas été précédée de la saisine de la commission de recours amiable ; elle a été de ce fait privée d'une garantie et la décision aurait été différente si la commission avait statué sur son cas ;
- la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a méconnu l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles en procédant à des retenues dès la notification de l'indu ;
- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pu utilement faire valoir ses observations et n'a pu reçu communication du rapport établi par l'agent contrôleur de la caisse d'allocations familiales ;
- l'indu n'est pas fondé dès lors que le département s'est abstenu d'examiner la réalité de sa résidence stable et effective en France au regard des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 octobre 2021.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 29 avril 2022 sous le n° 2106429, Mme B E, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a, d'une part, confirmé un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 5 121 euros constitué au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020 et, d'autre part, rejeté la demande de remise gracieuse de cet indu.
2°) à titre principal, de la décharger du paiement de cet indu ;
3°) à titre subsidiaire, d'en prononcer la remise gracieuse ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ; cette omission l'a privée d'une garantie ;
- elle méconnaît les articles R. 351-28-1, R. 133-9-2, R. 412-1, L. 142-4, L. 142-5 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale dès lors que son adoption n'a pas été précédée de la saisine de la commission de recours amiable ; elle a été de ce fait privée d'une garantie et la décision aurait été différente si la commission avait statué sur son cas ;
- elle méconnaît la prescription de deux ans prévue à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;
- elle est insuffisamment motivée pour n'être pas assortie d'un décompte précis et ne fait pas figurer les circonstances de fait qui la fondent ni la base de calcul ;
- elle méconnaît l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dès lors que la caisse d'allocations familiales a pratiqué des retenues alors que l'indu est contesté ;
- l'assermentation de l'agent de la caisse d'allocations familiales en charge du contrôle n'est pas établie ;
- elle est entachée d'incompétence pour avoir été prise par une personne qui ne justifie d'aucune délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée ;
- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pu utilement faire valoir ses observations, notamment devant la commission de recours amiable, et qu'elle n'a pas reçu communication du rapport établi par l'agent contrôleur de la caisse d'allocations familiales ;
- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'elle a continué à remplir la condition de résidence prévue à l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation ;
- elle peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour être tardive et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 octobre 2021.
III. Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022 sous le n° 2205407, Mme B E, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mis à sa charge un indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité ;
2°) de la décharger du paiement de cet indu ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ; cette omission l'a privée d'une garantie ;
- elle méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration pour être dépourvue de la signature de son auteur ;
- elle n'a pas été informée de l'usage par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elle méconnaît l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors que cet indu est recouvré par retenue sur ses prestations à échoir ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été prise à l'issue d'une procédure contradictoire ;
- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'elle avait droit au revenu de solidarité active au cours de la période en litige ;
- elle peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 décembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2106428, 2106429 et 2205407 de Mme E présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme E est bénéficiaire du revenu de solidarité active, de l'allocation de logement sociale et de l'aide exceptionnelle de solidarité dans le département de l'Hérault. À la suite d'un contrôle de sa situation dont il a résulté que Mme E n'avait pas déclaré des séjours à l'étranger, par une décision du 12 janvier 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de 9 322,34 euros de revenu de solidarité active et un indu de 5 121 euros d'allocation de logement sociale pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020. Par une décision du 1er octobre 2022, le même directeur lui a notifié un indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité. Par les présentes requêtes, Mme E demande l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé unindu de 9 332,34 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020, l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a, d'une part, confirmé un indu de 5 121 euros d'allocation de logement sociale pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020 et, d'autre part, rejeté la demande de remise gracieuse de cet indu et l'annulation de la décision du 1er octobre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mis à sa charge un indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité.
Sur les conclusions relatives aux indus de revenu de solidarité active, d'allocation de logement sociale et d'aide exceptionnelle de solidarité :
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :
S'agissant de la régularité de la décision du 7 juin 2021 :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 21 avril 2021, publié le 23 avril suivant, le président du conseil départemental de l'Hérault a donné délégation de signature à Mme D C, directrice des solidarités actives, pour " tous actes, décisions et documents relatifs à la gestion des droits à l'allocation du revenu de solidarité active non déléguées aux organismes payeurs ; tous actes, décisions et documents concernant la gestion des indus, les recours administratifs et les dossiers de présomption de fraudes. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C, signataire de la décision du 7 juin 2021, manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
5. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, d'une part, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2023 entre le département de l'Hérault et la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable est inopérant et ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.
7. Mme E fait valoir que ses droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pu utilement faire valoir ses observations et qu'elle n'a pas reçu communication du rapport établi par l'agent contrôleur de la caisse d'allocations familiales. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 10 mars 2021, la requérante a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, par lequel elle fait valoir que la décision du 12 janvier 2021 repose sur des motifs erronés et justifie les motifs de ses séjours à l'étranger. Dans ces conditions, la requérante ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'a pas eu connaissance des conclusions de l'enquête menée à son encontre, ni des faits à l'origine des indus, et qu'elle n'a ainsi pas pu faire valoir utilement ses observations. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que Mme E aurait formulé auprès de la caisse d'allocations familiales une demande tendant à ce que lui soit communiqué le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue d'un contrôle de situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le département aurait méconnu les droits de la défense doit être écarté.
8. Enfin, en supposant même que la décision de contrôler la situation de Mme E ait été prise à partir d'un traitement algorithmique de données, il résulte de l'instruction que le contrôle a été effectué sur pièces et après un entretien avec l'intéressée et la décision notifiant les indus ne résulte pas d'un traitement algorithmique de données. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne mentionnerait pas les informations prévues par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit par suite être écarté.
S'agissant du bien-fondé de l'indu :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
10. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
11. Il résulte de l'instruction, que l'indu mis à la charge de Mme E résulte de la prise en compte de séjours de l'intéressée en dehors du territoire national et, par suite, du motif tiré de ce qu'elle ne remplissait pas, au cours de la période en litige, la condition de résidence stable et effective prévue par l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête du 10 décembre 2020, que Mme E s'est absentée du territoire national pour une durée de 80 jours entre le 19 décembre 2018 et le 9 mars 2019, pour une durée de 181 jours entre le 10 avril 2019 et le 8 octobre 2019, pour une durée de 39 jours entre le 4 février 2020 et le 14 mars 2020, pour une durée de 71 jours entre le 25 mai 2020 et le 4 août 2020, enfin, pour une durée de 61 jours entre le 26 août 2020 et le 26 octobre 2020. Si Mme E ne conteste pas ces absences du territoire, elle fait valoir que celles-ci n'ont pas eu pour effet de mettre fin à sa résidence stable et continue en France. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période en litige, Mme E a continué à disposer d'un logement en France, qu'elle s'est inscrite à une formation au Conservatoire national des arts et métiers et a été admise à plusieurs reprises au service des urgences d'un centre hospitalier. Elle expose que ses séjours à l'étranger ont été prolongés pour effectuer des démarches administratives et pour des raisons de santé. Dans ces conditions, Mme E doit être regardée comme ayant conservé une résidence stable et continue en France et avait dès lors droit au revenu de solidarité active pour l'année 2018 où la durée de son absence du territoire est inférieure à trois mois et, pour les années 2019 et 2020 où ses absences du territoire ont été supérieures à trois mois, pour les mois civils complets de présence en France. Par suite, Mme E est fondée à demander la décharge de l'indu de revenu de solidarité active correspondant au mois de décembre 2018 et, pour 2019 et 2020, au mois civils complets de présence en France.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou fraude () ".
13. Si Mme E se prévaut des dispositions citées ci-dessus, la circonstance selon laquelle elle aurait seulement commis une erreur dans ses déclarations est sans incidence sur la récupération des indus litigieux dès lors, d'une part, que cette récupération ne constitue pas une sanction et, d'autre part, que les prestations en cause ne lui étaient pas dues.
14. Enfin, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif () ". En l'espèce, Mme E soutient que le département et la caisse d'allocations familiales ont méconnu le caractère suspensif des recours dirigés contre l'indu de revenu de solidarité active en méconnaissance des dispositions précitées. Toutefois, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur le bien-fondé de cet indu.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de décharger Mme E de l'indu de revenu de solidarité active correspondant aux périodes du 1er au 31 décembre 2018, du 1er novembre au 31 décembre 2019, du 1er au 31 janvier 2020 et du 1er au 30 avril 2020.
En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :
S'agissant de la régularité de la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault en ce qu'elle confirme l'indu :
16. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". L'article L. 821-1 du même code précisant que : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : / () / b) L'allocation de logement sociale. ".
17. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que la décision par laquelle celle-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge.
18. En l'espèce, Mme E a exercé un recours administratif préalable, le 10 mars 2021, contre la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault du 12 janvier 2021, lequel a donné lieu à une décision implicite de rejet de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault. Dans cette mesure, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre cette seule décision qui s'est substituée à la décision initiale du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault. Alors qu'il ne résulte en outre pas de l'instruction que Mme E aurait demandé communication des motifs de cette décision implicite de rejet et qu'elle aurait demandé communication du rapport d'enquête établi par l'agent de la caisse d'allocations familiales, l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision en litige aurait été prise par une autorité incompétente, qu'elle serait insuffisamment motivée, qu'elle aurait été prise en méconnaissance des droits de la défense ou qu'elle ne ferait pas mention de ce qu'elle aurait été prise sur la base d'un traitement algorithmique.
S'agissant du bien-fondé de l'indu :
19. Aux termes de l'article L. 831-1 du code de la sécurité sociale : " Une allocation de logement est versée aux personnes de nationalité française mentionnées à l'article L. 831-2 en vue de réduire à un niveau compatible avec leurs ressources la charge de loyer afférente au logement qu'elles occupent à titre de résidence principale en France métropolitaine ou dans les départements mentionnés à l'article L. 751-1. () ". Aux termes de l'article R. 831-1 du même code : " L'allocation de logement prévue aux articles L. 831-1 et suivants est attribuée aux personnes qui sont locataires ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. Elle peut être attribuée également aux sous-locataires et occupants à titre onéreux. / La notion de résidence principale doit être entendue au sens du logement effectivement occupé au moins huit mois par an soit par le bénéficiaire, soit par son conjoint ou concubin sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. () ". Aux termes de l'article L. 821-2 du code de la construction et de l'habituation applicable : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. ". L'article R. 822-23 du même code précise que : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. ".
20. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de Mme E résulte de la prise en compte de séjours effectués à l'étrangers dont la réalité n'est pas remise en cause par cette dernière. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assermentation de l'agent de la caisse d'allocations familiales en charge du contrôle n'est pas établie ne peut être utilement être invoqué.
21. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 précédent que Mme E ne peut être regardée comme ayant effectivement occupé son logement pendant une durée de huit mois au titre des années couvertes par la période en litige. Si elle se prévaut de problèmes de santé, de circonstances politiques et d'obligations professionnelles, aucun des éléments qu'elle verse à l'appui de ces allégations n'est de nature à regarder cette dernière comme se prévalant utilement d'une obligation professionnelle, d'une raison de santé ou d'un cas de force majeure au sens des dispositions précitées.
22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". L'article L. 821-7 du même code dispose que : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. ". Enfin, aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration ".
23. En outre, lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
24. En l'espèce, et ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, l'indu d'allocation de logement sociale mis à la charge de Mme E résulte de l'absence de déclaration aux services de la caisse d'allocations familiales de ses séjours à l'étranger alors que le versement de la prestation en cause est soumis à une condition de résidence principale sur le territoire français. Eu égard à l'importance et à la répétition des manquements de Mme E à ses obligations déclarations déclaratives révélés à l'occasion d'un contrôle de sa situation, cette dernière doit être regardée comme ayant procédé à de fausses déclarations. Cette situation fait obstacle à l'application de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale.
25. Il résulte de ce qui précède, sans que Mme E puisse utilement se prévaloir de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration et des conditions dans lesquelles la décision en litige a été exécutée et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, que ses conclusions, dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a confirmé un indu de 5 121 euros d'allocation de logement sociale pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020, ne peuvent qu'être rejetées.
S'agissant de la demande de remise gracieuse :
26. Aux termes de l'article L. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".
27. Il résulte de ce qui a été dit au point 25 précédent que Mme E ne peut être regardée comme étant de bonne foi et ne peut par suite prétendre bénéficier d'une remise gracieuse de l'indu d'allocation de logement sociale mis à sa charge.
En ce qui concerne l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
28. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active () ".
29. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 précédent que Mme E avait droit au revenu de solidarité active au titre du mois d'avril 2020. Par suite, la décision du 1er octobre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mis à la charge de la requérante un indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité est mal fondée. Il y a lieu, en conséquence, de décharger Mme E de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité.
Sur les frais liés au litige :
30. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges, représentant de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de l'Hérault le versement à Me Desfarges d'une somme de 1 300 euros. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est déchargée de l'indu de revenu de solidarité active correspondant aux périodes du 1er au 31 décembre 2018, du 1er novembre au 31 décembre 2019, du 1er au 31 janvier 2020 et du 1er au 30 avril 2020.
Article 2 : Mme E est déchargée de l'indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité.
Article 3 : La décision du 7 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé un indu de 9 332,34 euros pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2020 est réformée en ce qu'elle a de contraire à l'article 1er du présent jugement.
Article 4 : La décision du 1er octobre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mise à la charge de Mme E un indu de 150 euros d'aide exceptionnelle de solidarité est annulée.
Article 5 : Le département de l'Hérault versera à Me Desfarges une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au département de l'Hérault, à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et Me Desfarges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le président,
D. ALa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au ministre délégué chargé de la ville et du logement et au préfet de l'Hérault, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 mars 2023.
La greffière,
F. Roman
Nos 2106428, 2106429, 2205407
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026