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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106647

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106647

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106647
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Joubes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2019 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a précisé les modalités de calcul de son droit au revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2013 au 29 février 2016 ;

2°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du prononcé de la décision ;

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente faute pour le département de rapporter la preuve de l'existence et de la régularité de la délégation de compétence et de signature consentie à son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- ses ressources n'ont pas été correctement évaluées ; il n'y a pas lieu de retenir un avantage en nature résultant des repas qu'elle prendrait chez sa mère ; la prise en compte des revenus qu'elle tirerait de sa SCI est contraire au jugement du 23 novembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Agier, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par jugement n° 1605577 du 23 novembre 2018, le tribunal a annulé la décision du 22 novembre 2016 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a rejeté le recours de Mme C contre la décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 285,46 euros pour la période du 1er août 2013 au 30 avril 2016 au motif que les revenus fonciers à prendre en compte dans ses ressources n'avaient pas été calculés en fonction de sa quote-part dans la SCI Paria dont elle est associée. En conséquence de cette annulation, le tribunal a enjoint au département des Pyrénées-Orientales de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois. Pour l'exécution de ce jugement, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a établi, le 29 juillet 2019, une décision d'opportunité précisant les modalités de calcul du droit au revenu de solidarité active de Mme C puis le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a, par une décision du 23 août 2020, notifié la reprise de ses droits au revenu de solidarité active et lui a octroyé le bénéfice d'une somme de 1 322,69 euros au titre de la période du 1er août 2013 au 30 avril 2016. Si dans sa requête, Mme C demande l'annulation de la décision d'opportunité du 29 juillet 2019, qui n'est pas elle-même susceptible de recours, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision implicite rejetant son recours contre la décision du 23 août 2020.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie.

3. En l'espèce, le litige porte non sur une décision de récupération d'un indu mais sur la détermination des droits de Mme C. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision et de son insuffisante motivation sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

Sur les droits au revenu de solidarité active :

4. Pour calculer les droits au revenu de solidarité active de Mme C, ses ressources ont été déterminées en prenant en compte, en avantages en nature, les repas qu'elle prend chez sa mère avec ses enfants, les revenus financiers tirés de la SCI dont elle détient des parts et la pension alimentaire perçue. Mme C conteste bénéficier d'un avantage en nature et de revenus financiers.

En ce qui concerne les avantages en nature :

5. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire () ". Le premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code précise que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-9 de ce code : " Les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire () Les avantages en nature procurés par un jardin exploité à usage privatif ne sont pas pris en compte. ". Il résulte de ces dispositions que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre, à l'exclusion de l'usage privatif d'un jardin. Si la fourniture d'un logement à titre gratuit doit être évaluée sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, les autres avantages en nature doivent, en l'absence de dispositions réglementaires prévoyant un mode d'évaluation forfaitaire, être évalués sur la base de leur valeur réelle.

6. Il résulte de l'instruction que lors du contrôle de la situation de Mme C, il a été constaté que ses comptes bancaires ne présentaient aucun mouvement lié à la vie courante. Mme C a alors fait valoir que sa mère lui procurait, ainsi qu'à ses enfants, l'ensemble de ses repas. En l'absence d'éléments plus précis apportés par l'intéressée, cet avantage en nature a été évalué sur la base du barème fiscal sur la base de trois repas par semaine représentant des montants de 161 à 170 euros par mois au cours de la période en litige. Pour contester cet avantage en nature, Mme C se borne à en contester la réalité alors qu'elle l'avait reconnu dans un courriel du 11 juillet 2019. Dans ces conditions, Mme C ne saurait être regardée comme remettant sérieusement en cause la réalité de l'avantage en nature que le département des Pyrénées-Orientales pouvait ainsi prendre en compte sans méconnaître les dispositions précitées.

En ce qui concerne les bénéfices tirés des parts de la société civile immobilière :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Enfin, l'article R. 132-1 de ce code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".

8. Pour l'application de ces dispositions, lorsque l'allocataire est propriétaire de parts d'une société civile immobilière, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe, notamment celui de la subsidiarité du revenu de solidarité active invoqué en défense, que les bénéfices d'une telle société qui ne lui auraient pas été distribués puissent être, à raison des parts détenues, regardés comme constitutifs pour lui d'une ressource. Dans cette hypothèse, il y a lieu, pour déterminer le montant des ressources retirées par l'allocataire de ses parts détenues dans une telle société, de tenir compte des seuls bénéfices de la société dont il a effectivement disposé, c'est-à-dire qui lui ont été distribués, et, à défaut de bénéfices distribués, d'évaluer ces ressources sur la base forfaitaire, applicable aux capitaux non productifs de revenus, prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, en appliquant le taux de 3 % à la valeur de ces parts.

9. Mme C soutient que la méthode de calcul des revenus tirés des parts de la société civile immobilière qu'elle détient serait contraire au jugement du 23 novembre 2018. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la décision du 29 juillet 2019, que le département des Pyrénées-Orientales a intégré à ce titre des revenus immobiliers s'élevant à 34 euros par mois au seul titre de l'année 2018, correspondant à la moitié d'un bénéfice de 820 euros réalisé au cours de cette année. Alors qu'en tout état de cause la requérante n'assortit ce moyen d'aucune précision pour en apprécier le bien-fondé, il résulte des écritures du département, qui n'est ainsi pas sérieusement contredit, que celui-ci a ainsi entendu intégrer les bénéfices tirés personnellement de la quote-part de la participation de Mme C à cette société civile immobilière. C'est par suite sans méconnaître les dispositions citées au point 7 précédent que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a pu confirmer la décision du 23 août 2020.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Pyrénées-Orientales, qui n'est pas à l'instance la partie perdante, la somme réclamée sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 avril 2023.

La greffière,

F. Roman

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