vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106722 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SINTES |
Vu la procédure suivante :
Par requête et mémoires, enregistrés les 20 décembre 2021, 31 juillet 2022, et 15 novembre 2023 à 11 heures 41, la société Les Fées Spéciales, représentée par Me Sintes, demande le remboursement d'une somme de 10 138 euros au titre du crédit impôts recherche 2020, avec intérêts moratoires, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la totalité des dépenses de 70 654,75 euros liées au prototype Vinci, prestations fournies par des entreprises extérieures de 37 164,24 euros, matériel 1 454,69 euros, salaires et charges de développement 32 035,82 euros doit être pris en compte comme une immobilisation amortissable en tant que telle, et est éligible à l'article 244 quater B ;
- les charges de développement ne font pas double emploi avec les dépenses de personnel.
Par mémoires, enregistrés les 3 mai 2022 et 13 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au non-lieu partiel pour un montant de 383 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés pour les sommes restant en litige, car les prestations fournies par des entreprises extérieures et les salaires et charges de développement ne sont pas éligibles au crédit impôt recherche, seuls les biens immobilisés le sont, et l'amortissement du prototype ne doit pas être pris en compte.
Par ordonnance du 25 octobre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rabaté ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me David, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La société Les Fées Spéciales demande le remboursement d'une somme de 10 138 euros au titre du crédit impôt recherche 2020. Elle soutient que la totalité de ses dépenses liées au prototype Vinci doit être pris en compte comme une immobilisation amortissable en tant que telle.
2. Par décision du 8 juin 2023, postérieure à l'introduction du recours, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault a accordé à la requérante un remboursement de crédit impôt recherche de 383 euros, relatif aux dépenses d'amortissements liées au matériel composant le prototype Vinci. Dès lors, les conclusions du recours sont, à concurrence de cette somme, devenues sans objet.
3. En vertu de l'article 244 quater B du code général des impôts dans sa rédaction alors applicable : " Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant. () II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; b bis) Les rémunérations supplémentaires et justes prix mentionnés aux 1 et 2 de l' article L. 611-7 du code de la propriété intellectuelle, au profit des salariés auteurs d'une invention résultant d'opérations de recherche ;c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 43 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ".
4. La société demande la prise en charge d'un montant de 32 035,82 euros de prestations fournies par des entreprises extérieures pour réaliser le prototype Vinci. Ces dépenses ne constituent toutefois pas des actifs immobilisés pour lesquels la société pouvait procéder à une dotation aux amortissements déductibles en vertu du a) de cet article 244 quater B mais entrent dans le champ des dépenses de fonctionnement qui ont déjà été prises en compte forfaitairement au titre du c) de ce même article. Il s'ensuit que le coût de ces prestations de service ne pouvait entrer dans le champ du a) de l'article 244 quater B au titre des dotations aux amortissements pour la réalisation du prototype.
5. Il résulte des termes précités de l'article 244 quater B du code général des impôts que seules les dotations aux amortissements que le contribuable justifie avoir effectivement affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits peuvent ouvrir droit au crédit d'impôt en litige, sans que soit pris en considération le montant des dépenses de personnel. Par suite, la requérante ne pouvait prendre en compte ses dépenses de personnel au titre des dotations aux amortissements éligibles.
6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander le remboursement d'une somme supplémentaire au titre du crédit impôt recherche, avec intérêts moratoires.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête, à concurrence d'une somme de 383 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Les Fées Spéciales et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le rapporteur,
V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 janvier 2024.
Le greffier,
F. Balicki
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