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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106744

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106744

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106744
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantANEGAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, Mme D C, représentée par Me Anegas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2019, réceptionnée le 16 octobre 2021, de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui notifiant un trop-perçu d'un montant de 11 193,82 euros dont 9 113,19 euros de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er octobre 2018 au 28 février 2019 et la décision implicite de la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales portant rejet de son recours gracieux du 15 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre le paiement de l'intégralité des prestations de revenu de solidarité active qui lui sont dues sous astreinte de 100 euros par jour à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas démontré que le signataire de chaque décision attaquée bénéficiait d'une délégation régulière ;

- la procédure contradictoire a été méconnue ;

- la décision implicite de rejet ne lui permet pas de connaitre les motifs du rejet ;

- les sommes réclamées ne sont pas fondées dès lors qu'elle n'a pas vécu en concubinage ;

- aucun titre de recette n'a été établi ;

- la somme réclamée est partiellement frappée par la prescription de deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C bénéficiait du revenu de solidarité active depuis 2009. A la suite d'un contrôle de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, elle s'est vue notifier un indu de 11 193,82 euros dont 9 113,19 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er octobre 2018 au 28 février 2019. Elle a exercé un recours administratif auprès de la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales pour contester l'indu de revenu de solidarité active. Sans réponse de la part de cette dernière, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme C conteste cet indu.

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active.

3. Par suite, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

4. Ainsi, dans la mesure où, en l'espèce, Mme C a exercé un recours administratif préalable daté du 15 septembre 2021 contre la décision du 25 octobre 2019 concernant l'indu de revenu de solidarité active de 9 113,19 euros, recours ayant donné lieu à la décision implicite de rejet de la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales, sa requête doit être regardée comme uniquement dirigée contre cette dernière décision, qui s'est entièrement substituée à la décision du 25 octobre 2021.

7. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bienfondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur la régularité de la décision implicite de rejet :

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la décision attaquée est née du silence gardé par la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales pendant plus de deux mois suite au recours administratif préalable formé par Mme C contre la décision de la caisse d'allocations familiales du 25 octobre 2019. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée s'est substituée à la décision initiale. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence du signataire de cette dernière, en tant qu'ils tendent à établir l'existence d'un vice propre de cette décision sont inopérants.

6. D'autre part, la requérante soutient qu'elle ne dispose pas des conclusions faisant suite au contrôle de sa situation ayant donné lieu à l'indu de revenu de solidarité active et que, dans ces conditions, la procédure contradictoire a été méconnue. Cependant, il résulte de l'instruction que par son courrier du 15 septembre 2021, Mme C a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, par lequel elle fait valoir que la décision notifiant l'indu de revenu de solidarité active repose sur des motifs erronés et donne des explications sur sa situation familiale. Il résulte également du rapport d'enquête produit par le département des Pyrénées-Orientales que celle-ci a pu produire ses observations lors du contrôle de sa situation. Dans ces conditions, la requérante ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'a pas eu connaissance des conclusions de l'enquête menée à son encontre, ni des faits à l'origine des indus, et qu'elle n'a ainsi pas pu faire valoir utilement ses observations. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait formulé auprès de la caisse d'allocations familiales une demande tendant à ce que lui soit communiqué le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue d'un contrôle de situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le département aurait méconnu le caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'indu :

8. En premier lieu, les modalités de recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de titre exécutoire doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer, il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Selon l'article L. 842-7 dudit code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". L'article R. 842-3 du même code précise, en outre, que : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ".

11. Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

12. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité et de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

13. Il résulte de l'instruction que pour remettre en cause la situation d'isolement déclarée par la requérante, la caisse d'allocations familiales et le département se sont fondés sur les conclusions du rapport d'enquête établi le 6 juin 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales. Ce rapport, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, relève que Mme C et M. B disposaient d'une adresse commune, qu'ils ont vécu ensemble en Espagne, et que ce dernier avait effectué de nombreux virements bancaires sur le compte de Mme C en 2017 et en 2018. Pour réfuter l'appréciation portée par l'administration sur l'existence d'une vie commune entre elle et M. B, la requérante fait valoir qu'elle aurait prêté son adresse à ce dernier pour l'aider. Par ailleurs, elle soutient qu'il était plafonné pour effectuer des retraits sur son compte et réalisait des virements sur son compte qu'elle lui reversait en espèces. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations, Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le département et la caisse d'allocations familiales ont retenu l'existence d'une vie de couple entre elle et M. B à compter d'octobre 2016.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, le département ou l'Etat en recouvrement des sommes indûment payées. (). ". En vertu de ces dispositions, une fausse déclaration doit s'entendre des inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

15. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme C ne pouvait être regardée comme une personne isolée au sens de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, ce qu'elle ne pouvait sérieusement ignorer, alors qu'il existait une communauté de vie et d'intérêt entre elle et M. B pour toute la période en litige. Compte tenu de l'importance de ces omissions et de leur durée, la bonne foi de la requérante ne peut être retenue et Mme C doit être regardée comme ayant commis de fausses déclarations. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le président du conseil départemental n'a pas fait application de la prescription biennale, en application des dispositions précitées.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 avril 2023.

La greffière,

F. Roman

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