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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106872

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106872

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106872
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CAUVIN - LEYGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 29 décembre 2021, M. B A, représenté par la SCP d'avocats Cauvin - Leyque, demande au tribunal :

1°) d'annuler une décision du préfet de police portant remboursement d'un trop-perçu révélée en octobre 2020, et un titre exécutoire émis le 21 décembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er octobre 2020.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et que le titre exécutoire est dépourvu de bien-fondé,

- le préfet de police a procédé à un retrait illégal de la décision d'attribution de l'indemnité en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Le ministre de l'intérieur n'a pas produit de mémoire malgré une mise en demeure adressée le 27 avril 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 2201330 du juge des référés du 27 avril 2022,

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010

- le décret n° 99-1055 du 15 décembre 1999 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard,

- et les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, gardien de la paix, a été affecté à compter du 16 octobre 2017 dans le 19° arrondissement de Paris puis a été muté le 1er juillet 2020 dans la circonscription de sécurité publique de Carcassonne. Son bulletin de salaire d'octobre 2020 fait apparaitre un prélèvement de 736,03 euros au titre d'un trop perçu sur le complément d'indemnité de fidélisation en secteur difficile et un titre exécutoire émis le 21 décembre 2020 d'un montant de 2 136,39 euros lui a été notifié, suivi d'une lettre de relance du 12 avril 2021 et d'une mise en demeure de payer du 25 mai 2021. Par sa requête enregistrée le 29 décembre 2021, M. A demande l'annulation de la décision du préfet de police de remboursement du trop-perçu et du titre exécutoire précité et à ce que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 3 000 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 1er octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article 1er du décret du 15 décembre 1999 portant attribution d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Après la première, la sixième et la 10e année révolue de service continu en secteur difficile, les fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application nommés après la réussite au concours national à affectation régionale en Ile de France prévue par le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'application et d'encadrement de la police nationale peuvent bénéficier d'un complément d'indemnité de fidélisation ". En vertu de l'article 6 de ce décret du 23 décembre 2004 : " - Les gardiens de la paix sont recrutés par trois concours distincts : 1° Un concours externe ouvert aux candidats, titulaires du baccalauréat ou d'un diplôme ou titre enregistré et classé au moins au niveau 4, âgés de dix-sept ans au moins et de trente-cinq ans au plus au 1er janvier de l'année du concours. ; 2° Un premier concours interne ouvert aux fonctionnaires et agents de l'Etat, des collectivités territoriales, des établissements publics qui en dépendent, aux militaires ainsi qu'aux agents en fonction dans une organisation internationale intergouvernementale qui, au 1er janvier de l'année du concours, sont âgés de quarante-cinq ans au plus et justifient d'au moins quatre ans de services publics ; 3° Un second concours interne ouvert : a) Aux adjoints de sécurité ..b) Aux agents publics mentionnés au troisième alinéa de l' article R. 411-10 du code de la sécurité intérieure qui ont suivi la formation professionnelle initiale du parcours de " cadet de la République, option police nationale " et qui sont en activité à la date de la première épreuve du concours. II. -Les concours mentionnés au I peuvent être ouverts pour une affectation régionale en Ile-de-France. Les gardiens de la paix recrutés par un tel concours sont affectés dans cette région pendant une durée minimale de huit ans à compter de leur nomination en qualité de gardien de la paix stagiaire ".

3. Comme indiqué au point 1, M. A a été affecté dans un secteur difficile, à l'issue de sa réussite au concours national à affectation régionale en Ile-de-France et y est resté du 16 octobre 2017 au 1er juillet 2020. Il remplissait donc toutes les conditions pour se voir verser le complément d'indemnité de fidélisation d'un montant de 3 000 euros. Dès lors, c'est à tort que le préfet de Police a procédé, d'une part, au prélèvement d'une somme de 736,03 euros sur le salaire d'octobre 2020 versé à l'intéressé, et a fait émettre le 21 décembre 2020 un titre exécutoire d'un montant de 2 136,39 euros, au titre d'un trop-perçu égal au montant de la prime précitée. Il s'ensuit que la décision du préfet de police portant remboursement d'un trop-perçu et le titre exécutoire émis le 21 décembre 2020 doivent être annulés.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. M. A n'établit, ni même n'allègue s'être acquitté de la somme de 2 136,79 euros exigée par le titre exécutoire émis le 21 décembre 2021. En revanche, M. A a droit au reversement de la somme de 736,03 euros au titre de la somme directement prélevée sur son salaire d'octobre 2020.

5. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, la demande de paiement du requérant n'est établie que par sa demande préalable du 21 février 2022, reçu le 24 suivant.

6. Il découle de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A la somme de 736 ,03 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 février 2022, sous déduction des sommes qui auraient été déjà versées en exécution de l'ordonnance n° 2201330 du juge des référés du 27 avril 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police portant remboursement d'un trop-perçu révélée en octobre 2020, et le titre exécutoire émis le 21 décembre 2020 sont annulés.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 736,03 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 février 2022, sous déduction des sommes versées en exécution de l'ordonnance n° 2201330 du juge des référés du 27 avril 202Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Pastor, première conseillère,

- Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le président rapporteur,

JP. Gayrard

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 juin 2024,

La greffière,

B. Flaesch

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