lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2121644 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LACOMBE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par la société civile (SC) des Muriers.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2021 et le 19 janvier 2022, la SC des Muriers représentée par Me Lacombe, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- lors de la cession des parcelles en litige, elle n'a pas agi en tant qu'assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée au sens des dispositions de l'article 256 du code général des impôts ;
- il résulte de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-10 n°90 et opposable à l'administration en vertu de l'article L. 80A du livre des procédures fiscales que lors de la cession de terrains, un assujetti n'agit pas en tant que tel, excepté s'il réalise des travaux significatifs et met en œuvre des moyens de commercialisation avérés ;
- elle n'a accompli aucune démarche de commercialisation des parcelles ;
- le montant des travaux de viabilisation n'a représenté que 21,9% du prix de revente total ; l'acquéreur a procédé à ces travaux ;
- la circonstance qu'elle ait opté à l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée à raison de ses activités de location nue agricole est sans incidence ;
- elle n'est pas un exploitant agricole professionnel ; la location portant sur des terres agricoles, qui revêt un caractère civil, est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée en vertu de la doctrine référencée BOI-TVA-CHAMP-30-10-50 n°1 ; le bailleur d'un bail à ferme n'exerce pas une activité agricole en vertu de la doctrine référencée BOI-TVA-SECT-80 n°70 ;
- l'opération relève d'une gestion de son patrimoine privé ; elle a agi sans but économique ni intention spéculative ; elle a reçu les parcelles par voie de donation ; l'organisation de son patrimoine sous forme de société civile ne devrait pas être discriminant ;
- l'administration n'est pas fondée à lui opposer que l'inscription de ces terrains au bilan constituerait le prolongement de son activité ; cette inscription est une obligation comptable pour les sociétés civiles ; les terrains ne sont pas un élément d'actif circulant ;
- les intérêts de retard et majorations ne peuvent qu'être abandonnés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La Société Civile (SC) des Muriers s'est constituée en 1982 sous la forme d'un Groupement Foncier Agricole (GFA) puis Société Civile Immobilière (SCI) en 1997, avec pour objet social l'acquisition, la propriété, l'aménagement et l'exploitation par bail, location ou autre de tous immeubles bâtis ou non bâtis dont elle pourrait devenir propriétaire par voie d'apport, d'échange ou autrement, ainsi que l'administration, la gestion, l'entretien et la location desdits immeubles. Par acte authentique du 19 janvier 2015, la société a vendu des parcelles de terrain à bâtir, notamment destinées à la réalisation d'un lotissement de 29 lots, pour un prix global de 1 781 500 euros. Une partie de ce prix, soit 78 000 euros, a été convertie en l'obligation, pour l'acheteur, de viabiliser quatre autres parcelles propriétés de la SC des Muriers, cédées ensuite pour un montant de 355 644 euros, sans être soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue d'une vérification de comptabilité, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis à la charge de la SC des Muriers au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, dont elle demande la décharge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". L'article 256 A de ce code prévoit que : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ". Aux termes de l'article 257 du même code, dans sa version en vigueur au cours de la période litigieuse : " I.- Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent () 2. Sont considérés : 1° Comme terrains à bâtir, les terrains sur lesquels des constructions peuvent être autorisées () ". Les dispositions précitées n'ont ni pour objet ni pour effet de soumettre à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de terrains à bâtir réalisées à titre occasionnel lorsqu'elles ne constituent que le simple exercice du droit de propriété. L'acquisition, la détention ou la cession d'un bien ne traduit pas en soi l'existence d'une activité économique entrant, à ce titre, dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée mais peut résulter du simple exercice du droit de propriété.
3. Aux termes de l'article 261 D du même code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée :1° Les locations de terres et bâtiments à usage agricole ; () ". Aux termes de l'article 260 de ce code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : 6° A compter du 1er octobre 1988, les personnes qui donnent en location des terres et bâtiments d'exploitation à usage agricole. L'option ne peut être exercée que si le preneur est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée et elle s'applique à tous les baux conclus par un même bailleur avec des agriculteurs répondant à cette condition (). " Enfin, selon l'article 195 A de l'annexe II au code général des impôts: " Les personnes qui exercent l'option sont soumises à l'ensemble des obligations qui incombent aux assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée. Les règles relatives à l'assiette, à la liquidation, au recouvrement, au contrôle et au contentieux de ladite taxe leur sont applicables ".
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que la SC des Muriers est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée pour son activité de location de parcelles agricoles, et notamment pour les terrains en litige, donnés en location durant 33 ans. D'autre part, si la société soutient que l'opération de cession relève d'une gestion de son patrimoine privé qu'elle a reçu en donation, et argue du caractère non significatif du montant de viabilisation des terrains et de ce qu'elle n'aurait entrepris aucune démarche active de commercialisation en vue de leur revente, il résulte toutefois de l'instruction que la cession des terrains en litige, intervenue après leur viabilisation, doit être regardée comme directement liée au prolongement de son objet statutaire. En outre, il n'est pas établi que les terrains cédés, qui figuraient à l'actif du bilan de la société, seraient devenus étrangers à son activité économique. Dans ces conditions, la société n'est pas fondée à soutenir que les opérations de cession en litige, qui se rattachent à son activité économique, auraient été réalisées dans un cadre patrimonial.
6. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que la SC des Muriers s'était livrée à une activité économique réalisée par un assujetti en tant que tel, passible de la taxe sur la valeur ajoutée, et a mis à sa charge les rappels correspondants pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, en droits, intérêts et pénalités.
En ce qui concerne l'application de la doctrine fiscale :
7. La SC des Muriers n'est pas fondée à se prévaloir des instructions administratives BOI-TVA-IMM-10-10-10-10 n°90, BOI-TVA-CHAMP-30-10-50 n°1 et BOI-TVA-SECT-80 n°70, qui ne comportent pas une interprétation différente de celle qui résulte de la loi.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en décharge présentées par la SC des Muriers doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SC des Muriers est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SC des Muriers et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M.Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 mai 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026