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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2121778

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2121778

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2121778
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUPEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par la SARL B A.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2021 et 9 février 2022, la SARL B A, représentée par Me Dupey, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes 2012 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

- elle n'a pas reçu d'avis de vérification ;

- aucun procès-verbal portant sur la remise le 27 octobre 2015 d'une copie du fichier des écritures comptables ne lui a été délivrée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2015 ;

- il n'y a pas eu destruction du fichier pour l'ensemble de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 ;

- le rapport de vérification et les renseignements fournis par la SCI Loan Pomme à la suite de la mise en œuvre du droit de communication ne lui ont pas été transmis malgré sa demande, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

Sur le bien-fondé de l'imposition ;

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée sur les sommes non comptabilisées dans ses écritures comptables résultant des prestations de service au profit des sociétés Mocaxx et Loan Pomme :

- l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle était informée des détournements de sommes provenant des sociétés Mocaxx et Loan Pomme qui n'apparaissaient pas dans sa comptabilité ;

- les mentions portées sur les grands livres fournisseurs de ces sociétés ne sauraient à elles seules constituer une preuve de ces versements à son profit ;

- Il n'est pas démontré que les prestations de service auraient été effectuées dans le cadre de l'exploitation et constitueraient des recettes pour elle ;

S'agissant de la remise en cause du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée :

- l'administration n'établit pas en quoi les travaux de réhabilitation de locaux d'habitation effectués sur une période de deux ans au bénéfice de Mrs Marin et Levy ne correspondraient pas aux critères d'éligibilité de la taxe sur la valeur ajoutée au taux réduit, la preuve lui incombant ; elle a fourni quant à elle l'attestation confirmant le respect des conditions d'application du taux réduit et le maître d'œuvre se tient à la disposition du service pour tout renseignement ;

En ce qui concerne les suppléments d'impôts sur les sociétés :

- n'étant pas fondés, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ne sauraient venir majorer ses résultats déclarés au titre de " profit " non comptabilisé qu'ils ont généré ;

- les rehaussements sociaux afférents aux dissimulations de recettes ne sont pas fondés ;

- les sommes inscrites au passif du compte courant de M. B A ne constituent pas un passif injustifié : leur réintégration dans les bases imposables de la société n'est pas fondée ;

- elle a été privée du bénéfice de la cascade complète ;

Sur les pénalités pour manquement délibéré :

- l'application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts pour les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les suppléments d'impôt sur la société n'est pas motivée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 novembre 2021 et 23 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Peirera A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL B A dont le siège est situé à Aussonne et exerçant l'activité de maçonnerie et de rénovation a fait l'objet d'une vérification de comptabilité conduite en 2015 au titre de la période allant du 1er janvier 2012 jusqu'au 31 décembre 2014, et jusqu'au 31 août 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Après exercice du droit de communication auprès des sociétés Mocaxx et Loan Pomme, l'administration a constaté qu'au cours des années 2012 à 2014, les sommes de 408 540 euros et 32 496 et 43 858 euros avaient été versées par ces sociétés à raison de prestations facturées par la SARL B A sans avoir été enregistrées dans la comptabilité de cette dernière. Par proposition de rectification en date du 23 décembre 2015, la SARL a été avisée qu'étaient envisagés des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2012, 2013 et 2014 afférents à ces sommes dissimulées, des rehaussements sociaux résultant de la réintégration des recettes dissimulées dans les résultats de la SARL et de la réintégration de sommes inscrites au passif du compte courant de M. B A, associé, considérées comme passif injustifié. Elle était également avisée de la remise en cause du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée appliqué à des travaux de réhabilitation de locaux d'habitation effectués au cours des années 2012 à 2014 et des pénalités pour manquement délibéré. Par la présente requête, la SARL B A doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes de 2012 à 2014.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'un avis de vérification daté du 22 septembre 2015 a été envoyé au siège social de la société, par pli recommandé avec accusé de réception. Le moyen tiré de l'absence d'un tel avis doit par suite être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général./ L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis ".

4. D'une part, s'il ne résulte d'aucun texte l'obligation de formaliser par écrit la remise du fichier des écritures comptables prévue au 1 de l'article L. 47 précité, il résulte de l'instruction qu'alors qu'un procès-verbal de remise du fichier des écritures comptable avait été dressé le 16 octobre 2015 pour attester de la remise des documents relatifs à la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, l'administration allègue sans le justifier avoir suivi la même procédure s'agissant des documents afférents à la période du 1er janvier au 31 août 2015. Toutefois, il n'est pas établi en l'espèce que l'absence ainsi supposée de remise ait privé le contribuable d'une garantie et ait pu avoir une influence sur la décision de redressement. Par suite, l'absence de formalisation de la remise, pour la période du 1er janvier au 31 août 2015, du fichier des écritures comptables demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition et le moyen doit par suite être écarté.

5. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales font obligation à l'administration fiscale de détruire les copies des fichiers d'écritures comptables avant la mise en recouvrement des impositions. Ces dispositions sont destinées à garantir au contribuable que des impositions ultérieures ne seront pas établies sur la base des données contenues dans ces fichiers. Dès lors, l'omission de destruction des copies des fichiers en cause en méconnaissance des dispositions précitées, n'est susceptible que d'entacher la régularité des impositions qui viendraient à être ultérieurement établies sur la base des données qu'ils contiennent et est sans influence sur les impositions mises en recouvrement après la consultation et l'exploitation des fichiers.

6. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'y a pas eu destruction du fichier pour l'ensemble de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

8. D'une part, si la SARL B A reproche à l'administration qui a mis en œuvre son droit de communication par application des articles L. 81 à L. 85 du livre des procédures fiscales auprès des sociétés Mocaxx et SCI Loan Pomme de ne pas lui avoir transmis les réponses et documents reçus de ces sociétés, il résulte de l'instruction que, dans le cadre des observations du contribuable du 18 février 2016, il n'a été réclamé par la requérante que les demandes faites aux deux sociétés. La SARL B A ne justifie pas avoir sollicité les réponses et documents reçus de ces sociétés avant la mise en recouvrement. Elle ne saurait en outre utilement se référer aux dispositions de l'article L. 313-1 du code des relations entre le public et l'administration, ces dispositions ayant pour objet de faciliter, de manière générale, l'accès des personnes aux documents administratifs et non de modifier les règles particulières qui régissent la procédure d'imposition.

9. D'autre part, si la SARL B A reproche à l'administration de ne pas lui avoir transmis le rapport de vérification de comptabilité, il ne résulte d'aucun texte une telle obligation, en particulier les dispositions de l'article L. 76 B cité par la requérante au soutien de son moyen ne concernent que les documents émanant de tiers.

10. Par suite, le moyen tiré de ce que le rapport de vérification et les renseignements fournis par la SCI Loan Pomme à la suite de la mise en œuvre du droit de communication ne lui ont pas été transmis malgré sa demande, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-3 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la SARL B A n'est pas fondée à soutenir que la procédure est entachée d'irrégularité.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

12. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () V. - 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, notamment () les opérations de façon, les travaux immobiliers et l'exécution des obligations du fiduciaire, sont considérés comme des prestations de services ". Aux termes du I de l'article 266 du même code : " La base d'imposition est constituée : a. Pour (), les prestations de services (), par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir par le fournisseur ou le prestataire en contrepartie de ces opérations, de la part de l'acheteur, du preneur ou d'un tiers, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations. () ". Aux termes du 2 de l'article 269 2 du même code : " La taxe est exigible : c Pour les prestations de services y compris les travaux immobiliers, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur autorisation du directeur des services fiscaux, d'après les débits. ".

13. Exerçant une activité de maçonnerie et rénovation, la SARL requérante réalise, comme le prévoient les dispositions de l'article 256 IV précité, des prestations de service et est assujettie en tant que telle à la taxe sur la valeur ajoutée.

14. Par l'exercice du droit de communication auprès des société Mocaxx et Loan Pomme l'administration a obtenu notamment le grand livre où figure un compte fournisseur ouvert au nom de la SARL B A ainsi que la copie de factures révélant, au regard de sa comptabilité, que si les règlements se faisaient classiquement par virement ou chèques, certains règlements de factures n'apparaissaient pas dans les comptes de la requérante. Si celle-ci soutient que les mentions portées sur les grands livres fournisseurs de ces sociétés ne sauraient à elles seules constituer une preuve de ces versements à son profit et qu'il n'est pas démontré que les prestations de service auraient été effectuées dans le cadre de l'exploitation et constitueraient des recettes, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les éléments révélés par le grand livre et les factures ne représenteraient pas la réalité et il résulte de l'instruction, en particulier pour la société Mocaxx, que ces factures ont trait à la rénovation de l'hôtel Régina pour laquelle d'autres factures ont été comptabilisés. En admettant même, comme le souligne la SARL requérante, que les associés n'auraient pas eu connaissance de détournements, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que les recettes correspondantes soient regardées comme ayant été réalisées pour le compte de la requérante, du fait notamment qu'elles portent sur des prestations réalisées par la SARL B A. En tout état de cause en l'espèce, la SARL n'apporte pas d'élément de nature à démontrer que les détournements ont été commis à l'insu de ses dirigeants.

En ce qui concerne la remise en cause du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée :

15. Aux termes de l'article 279-0 bis du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 7 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien portant sur des locaux à usage d'habitation, achevés depuis plus de deux ans (). 2. Par dérogation au 1, le taux prévu à l'article 278 s'applique aux travaux, réalisés sur une période de deux ans au plus : a) Qui concourent à la production d'un immeuble neuf au sens du 2° du 2 du I de l'article 257 ; b) A l'issue desquels la surface de plancher des locaux existants, majorée, le cas échéant, des surfaces des bâtiments d'exploitations agricoles mentionnées au d de l'article R. 112-2 du code de l'urbanisme, est augmentée de plus de 10 %. 2 bis. (). 3. Le taux réduit prévu au 1 est applicable aux travaux facturés au propriétaire ou, le cas échéant, au syndicat de copropriétaires, au locataire, à l'occupant des locaux ou à leur représentant à condition que le preneur atteste que ces travaux se rapportent à des locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans et ne répondent pas aux conditions mentionnées au 2. Il est également applicable dans les mêmes conditions aux travaux réalisés par l'intermédiaire d'une société d'économie mixte intervenant comme tiers financeur. Le prestataire est tenu de conserver cette attestation à l'appui de sa comptabilité. Le preneur doit conserver copie de cette attestation, ainsi que les factures ou notes émises par les entreprises ayant réalisé des travaux jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la réalisation de ces travaux. Le preneur est solidairement tenu au paiement du complément de taxe si les mentions portées sur l'attestation s'avèrent inexactes de son fait. ". Il résulte de ces dispositions que les travaux réalisés sur une période de deux ans à l'issue desquels notamment la surface de plancher des locaux existants est augmentée de plus de 10 % ne sont pas éligibles au taux réduit. Il en résulte également que l'application du taux réduit est soumise à la double condition que le preneur établisse, à la date du fait générateur de la taxe ou au plus tard à celle de la facturation, une attestation selon laquelle les travaux effectués remplissent les conditions posées par cet article et que la personne qui réalise ces travaux, et qui établit la facturation, conserve cette attestation à l'appui de sa comptabilité.

16. Il résulte de l'instruction que pour remettre en cause l'application par la SARL requérante du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée pour des travaux de rénovation facturés à Mrs Marin et Levy, l'administration s'est fondée non pas sur l'absence de production de l'attestation prévue par les dispositions précitées mais sur la nature des travaux comme ayant pour effet notamment d'augmenter la surface de plancher de plus de 10%. En réponse à la contestation de la requérante, le service a vainement réclamé le plan initial de l'immeuble et celui de l'architecte, la société s'étant bornée à inviter le service à se rapprocher du maître d'œuvre. Dès lors, en se limitant à produire l'attestation rédigée par le client sans produire d'élément venant contredire l'appréciation faite par l'administration sur la consistance des travaux litigieux, la SARL n'établit pas que le service n'était pas fondé à remettre en cause le taux réduit de 10 % de taxe sur la valeur ajoutée.

En ce qui concerne les suppléments d'impôts sur les sociétés :

S'agissant du profit sur le Trésor :

17. Il résulte de ce qui est jugé aux points 11 et 14 que c'est à bon droit que le service a réintégré les droits de taxe sur la valeur ajoutée en litige. La SARL B A qui n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, n'est dès lors, pas fondée, par voie de conséquence, à contester la majoration des résultats déclarés au titre du profit du Trésor.

S'agissant des rehaussements sociaux afférents aux dissimulations de recettes :

18. Si la SARL Peirera A conteste ces rehaussements, elle ne fait valoir aucun moyen permettant au juge d'apprécier le bienfondé de sa contestation.

S'agissant des rehaussements sociaux résultant de la réintégration des sommes inscrites au passif du compte courant de M. B A :

19. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Aux termes de l'article 39 du même code, également rendu applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ". Pour l'application de ces dernières dispositions, il appartient au contribuable de justifier des écritures venant en déduction du bénéfice net, soit des créances de tiers, les amortissements les provisions et charges.

20. Le service a procédé à la réintégration dans les bases imposables de la SARL B A, en tant que passif injustifié, des sommes de 244 968 euros, 59 154 euros et 32 902 euros inscrites au crédit du compte courant ouvert au nom de M. B A. Si la SARL soutient que ces sommes, constitutives ainsi de dettes de la société à l'égard de son associé, trouveraient leur contrepartie dans des paiements effectués par M. B A pour le compte de la société ou des chèques personnels émis par celui-ci au profit de la société, elle n'en justifie pas en faisant état de simples attestations établies par des fournisseurs. La requérante fait valoir que les factures ont été admises en charge par le service et que les comptes courants ont fait l'objet de conventions sans apporter d'éléments relatifs notamment aux mouvements depuis les comptes bancaires de l'associé concerné ou des dettes qui en seraient à l'origine. De même, le fait que les sommes litigieuses inscrites au crédit du compte courant de M. B A ont été ensuite taxées comme des revenus distribués pour l'imposition de l'associé, ne fait pas obstacle à ce que ces sommes soient également estimées comme un passif injustifié réintégrable, en l'absence justement de contrepartie établie. Par suite, l'administration a pu à bon droit, regarder les sommes correspondent à des apports en compte courant effectués au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014, comme un passif injustifié et, en conséquence, les réintégrer dans le résultat de l'exercice.

21. Enfin, la société B A ne saurait soutenir qu'elle aurait été privée du bénéfice de la cascade complète prévue au 3° alinéa de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales dès lors que l'administration n'est pas tenue d'informer la société de son droit à en obtenir le bénéfice.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et suppléments d'impôts sur les sociétés doivent être rejetées.

Sur les pénalités et les intérêts de retard :

En ce qui concerne les intérêts :

23. En l'absence de moyen propre soulevé et eu égard à ce qui précède, les conclusions relatives aux intérêts de retard doivent dès lors être rejetées.

En ce qui concerner les pénalités :

24. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

25. En l'espèce, il a été fait application des dispositions précitées prévoyant une majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée, aux suppléments d'impôts sur les sociétés et à la taxe sur les véhicules de sociétés.

26. Pour justifier cette application en matière de taxe sur la valeur ajoutée, l'administration a relevé dans la proposition de rectification l'importance des recettes non déclarées et la récurrence des omissions par l'encaissement régulier de recettes sur des comptes non professionnels et la conscience d'appliquer un taux de taxe sur la valeur ajoutée réduite à des situations non éligibles. Pour justifier cette application en matière de taxe d'impôt sur les sociétés, le service a retenu l'importance des sommes d'argent concernées sur chacune des trois années vérifiées inscrites dans le compte courant d'associé créant une dette sociale injustifiée pour la contribuable et l'encaissement de recettes régulières sur des comptes non professionnels, tous ces rehaussements ayant des incidences sur le profit sur le Trésor. Pour justifier cette application en matière de taxe sur les véhicules de sociétés, le service a retenu l'omission d'un véhicule acquis en 2005 pour chacune des années. Dès lors, et en ajoutant que les redressements s'adressent à un contribuable professionnel, l'administration a suffisamment motivé la pénalité appliquée à chacun des redressements. Par suite, le moyen tiré de ce que l'application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas motivée doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, et par voie de conséquence, celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL B A et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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