vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2122556 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MOT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par Mme B A.
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mai 2021, 27 janvier et 31 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Mot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de paiement solidaire de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie pour un montant de 79 221 euros au titre de l'année 2002 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de paiement solidaire des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie pour un montant de 23 715 euros au titre de l'année 2002 et de 5 262 euros au titre de l'année 2003.
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en vertu de la loi fiscale, les contributions sociales sont exclues du mécanisme de solidarité entre époux et doivent être déduites du montant de sa dette fiscale ;
- si le tribunal devait considérer que les prélèvements sociaux relèvent de la solidarité entre époux, la doctrine dont se prévaut l'administration, référencée BOI-CTX-DRS-10 paragraphe 30 lui est opposable sur le fondement de l'article L. 80 A alinéa 3 du livre des procédures fiscales et elle peut en demander la décharge ;
- il existe une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et sa situation patrimoniale et financière, au sens du 2 du II de l'article 1694 bis du code général des impôts ;
- l'administration fiscale a commis une erreur manifeste d'appréciation sur la consistance de son patrimoine ;
- la quote-part de sa maison d'habitation située à Lamasquière ne constitue pas un patrimoine mobilisable susceptible d'être affecté au remboursement de la dette ; la valeur vénale de ce bien est nulle, à titre subsidiaire il y a lieu d'appliquer une décote de 50% sur la valeur de 36 750 euros retenue par le service ;
- la valeur de la quote-part indivise du terrain situé à Beauvais-sur-Tescou doit donner lieu à un abattement de 30% ;
- son véhicule est indispensable à son activité professionnelle et donc insaisissable, et doit être retiré du montant de son patrimoine ;
- l'administration fiscale s'est fondée sur des faits matériellement inexacts pour déterminer sa situation financière ; sa capacité de remboursement est de 416 euros et non de 1 116 euros ;
- la nouvelle rédaction du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, en vigueur au 1er janvier 2023, lui est applicable ; il prévoit que la situation financière nette du demandeur est appréciée sur une période n'excédant pas trois années ; la durée de règlement de sa dette fiscale est excessif ; à titre subsidiaire un délai maximal de cinq ans pourra être retenu, conformément à la jurisprudence du Conseil d'Etat ;
- la décharge de l'impôt sur le revenu doit être totale, ses revenus propres étant nuls, de même que la fraction des revenus communs qui résulte uniquement des distributions officieuses de la société de son ex-mari qui en est l'unique bénéficiaire, en application de la doctrine référencée BOI-CTX-DRS-20 paragraphe 50 ;
- la décharge des intérêts de retard et des pénalités doit être totale ; ils correspondent à un revenu propre de son ex-conjoint en vertu du d) de l'article 1691 bis du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022.
Le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne a produit une pièce enregistrée le 17 mai 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiquée en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mot, représentant Mme A.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A a été enregistrée le 2 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis de mise en recouvrement du 31 décembre 2004, Mme A et son conjoint ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2002 et 2003. Le 30 août 2018, une ordonnance de non-conciliation du tribunal de grande instance de Toulouse prend acte que le couple, en instance de divorce, vit désormais en résidences séparées. Le 17 juillet 2020, Mme A a formé une demande en décharge de responsabilité solidaire de ces impositions à hauteur du solde impayé de 108 198 euros. Le service a rejeté sa demande le 2 mars 2021. Mme A demande la décharge de l'obligation de paiement solidaire de la cotisation d'impôt sur le revenu de l'année 2002 et des prélèvements sociaux des années 2002 et 2003.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts en vigueur à la date de la demande : " I. - Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement :1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; () II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : () c) Les intéressés ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; () 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. Elle est alors prononcée selon les modalités suivantes : a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité. () ". Aux termes de l'article 382 quater de l'annexe II au code général des impôts : " () Le demandeur ne peut soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a déjà produites à l'appui de la demande de décharge de responsabilité qu'il a présentée au directeur départemental des finances publiques ou au directeur en charge du service à compétence nationale, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans cette demande. ". En l'absence de dispositions réglementaires précisant l'application du critère fixé au 2 du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, il appartient aux juges du fond, saisis d'un recours concernant une demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt sur le revenu, d'apprécier souverainement l'existence, à la date de la demande, d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale des anciens conjoints et la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur.
3. Les dispositions du I de l'article 1691 bis du code général des impôts ne prévoient pas de solidarité de paiement s'agissant des contributions sociales. Dès lors, le montant de la dette fiscale à retenir pour apprécier l'existence d'une disproportion marquée avec la situation financière et patrimoniale du demandeur au sens du II de cet article ne comprend pas les contributions sociales. En l'espèce, il y a donc lieu de retenir une dette fiscale de 79 220,76 euros correspondant à la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à la charge de Mme A au titre de l'année 2002.
4. Pour refuser de faire droit à la demande de décharge de l'obligation de paiement solidaire présentée par Mme A, l'administration, sans contester la réalité de la rupture de vie commune ni le comportement fiscal irréprochable de la requérante, a opposé l'absence de disproportion marquée entre sa situation patrimoniale et le montant de sa dette fiscale. Il appartient dès lors à la requérante de mettre le tribunal à même d'apprécier l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de sa dette fiscale et sa situation financière et patrimoniale à la date de sa demande de décharge le 17 juillet 2020.
5. En ce qui concerne sa situation patrimoniale, il résulte de l'instruction qu'à la date de sa demande de décharge, Mme A détenait 25% de la nue propriété d'une maison située à Lamasquere. Le service a retenu une valeur de 36 750 euros, basée sur l'estimation moyenne du bien de 245 000 euros, réalisée par un professionnel de l'immobilier. En soutenant que ce bien est immobilisable, qu'il est occupé par sa mère âgée de 68 ans, que sa vente impliquerait de recueillir l'accord unanime de chacun de ses propriétaires indivis et que sa valeur vénale est nulle ou doit bénéficier à minima d'un abattement de 50%, sans toutefois en justifier, la requérante ne conteste pas sérieusement l'inclusion de la valeur de sa quote-part dans le montant de la réserve patrimoniale mobilisable à affecter au paiement de sa dette fiscale. S'agissant du terrain non bâti situé à Beauvais sur Tescou détenu par Mme A à hauteur de 25%, les circonstances qu'il soit en indivision et que les relations entre indivis soient conflictuelles ne sont pas de nature à remettre en cause l'évaluation de sa valeur retenue à hauteur de 17 500 euros, basée sur l'estimation basse de l'avis de valeur produit par un professionnel de l'immobilier. Par ailleurs, si Mme A soutient que son véhicule constitue un bien indispensable à son activité professionnelle, insaisissable en vertu des dispositions de l'article L. 112-1 du code des procédures civiles d'exécution, il résulte de l'instruction que l'utilisation professionnelle du véhicule est insuffisamment établie. En tout état de cause, les dispositions de l'article 1691 bis du code général des impôts n'ont pas entendu soumettre l'inclusion d'un bien dans la réserve patrimoniale d'un contribuable à son caractère saisissable. Dès lors, c'est à bon droit que le service a retenu la valeur de son véhicule à hauteur de 7 200 euros. Enfin, les montants des comptes créditeurs de Mme A, retenus à hauteur de 3 813,99 euros, ne sont pas contestés par l'intéressée. Ce faisant, le service a fait une juste appréciation de la situation patrimoniale de Mme A en retenant le montant de 65 263,99 euros.
6. En ce qui concerne sa situation financière, il résulte de l'instruction et des documents produits par l'intéressée à la date de sa demande de décharge et à l'occasion des demandes de justificatifs complémentaires formulées par l'administration fiscale, que M. A a justifié d'un salaire de 1 658 euros, de prestations CAF de 426 euros et d'une pension alimentaire de 232 euros dont elle fait part du versement aléatoire par son ex-mari, sans toutefois l'établir par des justificatifs à la date de sa demande. Ainsi le montant mensuel de ses ressources, dont il n'y a pas lieu de déduire le montant prélevé mensuellement pour l'apurement de sa dette fiscale, s'élevait à 2 316 euros. La requérante justifie par ailleurs de charges mensuelles à hauteur de 65,99 euros de téléphonie, 22,64 euros d'assurance habitation, 58,67 euros d'assurance voiture, 131,82 euros d'électricité-gaz, 14 euros d'eau, 421,13 euros de crédits et 547,98 de loyers et provisions sur charges, soit un total de charges de 1 262,23 euros. Si Mme A se prévaut de charges de 257,90 euros mensuelles correspondant à un second crédit souscrit, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait fourni les justificatifs correspondants suite à la demande complémentaire formulée par le service le 26 octobre 2020 et ces justificatifs nouveaux ne sauraient dès lors être pris en considération pour apprécier sa situation financière. Ainsi, le montant net mensuel à retenir pour sa situation financière s'élève à 1 053,77 euros.
7. Dans ces conditions, à la date de sa demande en décharge, il n'existait pas de disproportion marquée entre le montant de la situation patrimoniale et financière de Mme A évaluée à 66 317,76 euros, et le montant de la dette fiscale commune de 79 220,76 euros. En outre, la requérante ne saurait utilement se prévaloir d'un critère d'appréciation de la disproportion tenant à la durée du remboursement de sa dette fiscale. Par suite, la situation de Mme A ne répond pas aux conditions fixées au 2 du II de l'article 1691 bis du code général des impôts et le service était fondé à rejeter sa demande de décharge de l'obligation de paiement solidaire.
8. Le présent litige portant sur une demande de décharge de l'obligation de paiement solidaire ne peut être regardé comme se rapportant à des rehaussements d'imposition antérieures, au recouvrement de l'impôt ou à des pénalités fiscales, au sens et pour l'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de l'invocation de la doctrine référencée BOI-CTX-DRS-20 paragraphe 30 doit être écarté comme inopérant. Il en va de même de la doctrine référencée BOI-CTX-DRS-20 paragraphe 50.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A présentées à fin de décharge de responsabilité solidaire dans le paiement de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2002 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de celles portant sur les prélèvements sociaux des années 2002 et 2003.
Sur les frais liés au litige :
10. En premier lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme A tendant à ce que l'Etat soit condamné à ces derniers doivent être rejetées.
11. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
JP. Gayrard
La greffière,
G. Munoz
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 juin 2023.
La greffière,
G. Munoz
fb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026