lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2122608 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | C/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 4 avril 2022 le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le jugement de la requête de la SAS France Pari.
Par requête et mémoire, enregistrés les 5 mai 2021 et 7 juillet 2023, la SAS France Pari, représentée par Me Aldebert et Reinbold, demande au tribunal :
- à titre principal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, et des intérêts de retard et pénalités y afférents, mis à sa charge au titre de la période 2015, 2016 et 2017, et la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire de saisir la cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle.
Elle soutient que :
- les paris sportifs à cote fixe en ligne qu'elle organise ne sont pas imposables à la TVA car l'exonération des paris est prévue par la directive TVA, et par l'article 135 paragraphe 1 sous i) de la directive, selon les conclusions de l'avocat général dans l'arrêt C-58/09 du 10 juin 2010 de la cour de justice de l'Union européenne ;
- la prestation n'est pas imposée à titre onéreux, au sens de l'article 2 de la directive, et n'est pas taxable ;
- elle ne perçoit pas de rémunération, laquelle est incertaine, au sens de l'article 261-E- 2 du code général des impôts ;
- il y a atteinte aux règles de territorialité prévues par l'article 59 de la directive transposée à l'article 259 D du code général des impôts, car des joueurs étrangers et ultra-marins peuvent jouer ;
- l'assiette de la taxe de l'article 261-E 2 du code général des impôts est incompatible avec les objectifs des articles 135 et 73 de la directive qui déterminent la base d'imposition, la notion de rémunération n'étant pas mentionnée dans la directive, et la base d'imposition doit comprendre l'intégralité des mises ;
- l'article 261- E-2° du code général des impôts méconnait les principes de sécurité juridique et confiance légitime.
Par mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le directeur du contrôle fiscal Sud- Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 juin 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 ;
- le décret n° 2010-605 du 4 juin 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rabaté ;
- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS France Pari, organisatrice de paris sportifs à cote fixe en ligne, demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), et des intérêts de retard et des pénalités y afférents, mis à sa charge au titre de la période 2015, 2016, et 2017.
Sur le principe de l'assujetissement à la taxe :
2. Aux termes de l'article 2 de la directive susvisée : " 1. Sont soumises à la TVA les opérations suivantes : () c) les prestations de services, effectuées à titre onéreux sur le territoire d'un État membre par un assujetti agissant en tant que tel ; () ". Aux termes de l'article 73 de cette même directive : " Pour les livraisons de biens et les prestations de services autres que celles visées aux articles 74 à 77, la base d'imposition comprend tout ce qui constitue la contrepartie obtenue ou à obtenir par le fournisseur ou le prestataire pour ces opérations de la part de l'acquéreur, du preneur ou d'un tiers, y compris subventions directement liées au prix de ces opérations ". Enfin aux termes de l'article 135 de cette même directive : " 1. Les États membres exonèrent les opérations suivantes : () i) les paris, loteries et autres jeux de hasard ou d'argent, sous réserve des conditions et limites déterminées par chaque État membre ; () ". En vertu de l'article 135 de la directive susvisée : " 1. Les Etats membres exonèrent les opérations suivantes : i) les paris, loteries et autres jeux de hasard ou d'argent, sous réserve des conditions et limites déterminées par chaque État membre ". Il résulte de cette disposition, telle qu'interprétée par l'arrêt C-58/09 du 10 juin 2010 de la cour de justice de l'Union européenne, qu'en raison de la large marge d'appréciation que cette disposition reconnaît aux États membres, elle ne s'oppose pas à ce qu'une forme de jeu de hasard ou d'argent soit exonérée du paiement de la TVA alors qu'une autre forme de jeu ne l'est pas, pour autant toutefois que les deux formes de jeux ne soient pas en concurrence entre elles, et, que l'exercice de la faculté dont disposent les États membres pour fixer des conditions et limites à l'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée prévue par cette disposition permet à ceux-ci de n'exonérer de cette taxe que certains jeux de hasard ou d'argent.
3. Aux termes de l'article 4 de la loi du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne, alors applicable et désormais codifié à l'article L. 322-13 du code de la sécurité intérieure : " I. ' Le pari hippique et le pari sportif s'entendent de paris comportant un enjeu en valeur monétaire où les gains éventuels des joueurs dépendent de l'exactitude de leurs pronostics portant sur le résultat de toute épreuve hippique ou compétition sportive réelle légalement organisée en France ou à l'étranger. II. ' Le pari en la forme mutuelle est le pari au titre duquel les joueurs gagnants se partagent l'intégralité des sommes engagées, réunies dans une même masse avant le déroulement de l'épreuve, après déduction des prélèvements de toute nature prévus par la législation et la réglementation en vigueur et de la part de l'opérateur, ce dernier ayant un rôle neutre et désintéressé quant au résultat du pari. Le pari à cote s'entend du pari pour lequel l'opérateur propose aux joueurs, avant le début des compétitions sportives ou au cours de leur déroulement, des cotes correspondant à son évaluation des probabilités de survenance des résultats de ces compétitions sur lesquels les joueurs parient. Le gain est fixe, exprimé en multiplicateur de la mise et garanti aux joueurs par l'opérateur ". Et il résulte des dispositions du 2° de l'article 261 E du code général des impôts, éclairées par les travaux préparatoires relatifs à l'article 53 de la loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 et à l'article 60 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 de finances rectificative pour 2011 qui les ont modifiées, que le législateur a entendu étendre le régime d'exonération partielle de la taxe sur la valeur ajoutée prévue originellement pour la loterie nationale, le loto national et les paris mutuels hippiques aux paris sur des compétitions sportives, et notamment aux paris à cote, ainsi qu'aux jeux de cercle. Il apparaît en outre que le " produit de l'exploitation " au sens de ces dispositions correspond à l'ensemble des sommes misées sur les paris sportifs, qui sont assimilés à des achats de paris, et que les " rémunérations " sont obtenues en soustrayant des produits de l'exploitation les gains versés aux joueurs et les prélèvements opérés sur les sommes misée
4. La requérante soutient que l'opérateur d'un pari à cote fixe ne perçoit pas une rémunération au sens du 2° de l'article 261 E du code général des impôts, dès lors que le gain de l'opérateur d'un pari à cote fixe serait un gain aléatoire lié à la réalisation d'une chance et non une commission. Toutefois, d'une part, l'opérateur d'un pari à cote fixe exerce une activité économique dès lors que cette activité présente un caractère habituel. Elle s'analyse comme une prestation de service à titre onéreux dans la mesure où il existe entre l'opérateur et le joueur un lien direct consistant en un rapport juridique dans le cadre duquel sont échangés des prestations réciproques, à savoir l'attribution d'une chance de gain au parieur et l'acceptation par l'opérateur, en contrepartie, du risque de devoir financer ces gains. En effet, la seule circonstance qu'aucun frais ni commission n'est prélevé par l'opérateur lors d'une opération de pari à cote ne permet pas de déduire qu'aucune contrepartie n'est versée. Et il ne résulte pas des dispositions du 2° de l'article 261 E du code général des impôts, éclairées par les travaux préparatoires cités au point 3, que le législateur aurait entendu exonérer totalement de la taxe sur la valeur ajoutée les opérateurs de paris à cote. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'opérateur d'un pari à cote fixe ne percevrait pas une rémunération au sens du 2° de l'article 261 E du code général des impôts, et que celle-ci ne constituerait pas une prestation de service effectuée à titre onéreux, au sens de l'article 2 de la directive.
Sur l'assiette de la taxe :
5. La requérante soutient, à titre principal, que l'assiette de la taxe retenue pour les opérations de paris à cote ne serait pas compatible avec les articles 73 et 135, paragraphe 1, sous i), de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 au motif que la rémunération au sens du code général des impôts ne correspondrait pas à une contrepartie effective et que l'opérateur n'aurait pas d'obligation de redistribution aux joueurs.
6. D'une part, ainsi que rappelé au point 4, la seule circonstance qu'aucun frais ni commission n'est prélevé par l'opérateur lors d'une opération de pari à cote ne permet pas de déduire qu'aucune contrepartie n'est versée. En outre, le principe de proportionnalité ne peut se rapporter qu'à la base d'imposition dès lors que la taxe ne doit pas nécessairement être proportionnelle, dans tous les cas, aux paiements effectués par chaque parieur. Ainsi, la possibilité de taxer une transaction ne requiert pas la connaissance, ni par l'assujetti exécutant le service ni par l'autre partie à la transaction, du montant exact de la contrepartie servant de base d'imposition. Par conséquent, il est sans incidence que la base sur laquelle la taxe sur la valeur ajoutée est imposée ne soit pas connue des parties lors de la conclusion de la transaction et qu'elle reste ignorée, même ultérieurement, du destinataire du service effectué.
7. D'autre part, les paris à cote fixe en ligne, comme l'ensemble des jeux d'argent et de hasard " font l'objet d'un encadrement strict au regard des enjeux d'ordre public, de sécurité publique et de protection de la santé et des mineurs ", ainsi qu'il est énoncé à l'article 1er de la loi du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne. Ainsi, les opérateurs sont soumis à un agrément, au respect d'obligations particulières et font l'objet d'un contrôle de leur activité par une autorité administrative indépendante. Concernant plus particulièrement les sommes versées aux parieurs, un gain fixe, exprimé en multiplicateur de leur mise, leur est garanti par l'opérateur en cas d'exactitude de leur pronostic en application de la définition législative du pari à cote. En outre, en application des articles 3 et 4 du décret du 4 juin 2010 relatif à la proportion maximale des sommes versées en moyenne aux joueurs par les opérateurs agréés de paris hippiques et de paris sportifs en ligne, aujourd'hui abrogés et remplacés par l'article 27 du décret n° 2020-1349 du 4 novembre 2020 relatif aux modalités de régulation de l'autorité nationale des jeux, l'opérateur est tenu par l'obligation que la proportion maximale des sommes versées en moyenne aux joueurs dans le cadre de l'exploitation des paris en ligne soit de 85 %. Or la requérante ne fait nullement valoir qu'elle ne serait pas en mesure de respecter ces règles qui, indirectement, déterminent également un taux minimal de gain pour l'organisateur de paris.
8. Il résulte de ce qui précède que les gains des opérateurs présentent un caractère certain, raisonnablement prévisible et déterminable. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'assiette de la taxe ne serait pas compatible avec les articles 73 et 135 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 259 D du code général des impôts, dans sa version applicable : " Le lieu des prestations de services mentionnées aux 10°, 11° et 12° de l'article 259 B est réputé situé en France lorsqu'elles sont fournies à des personnes non assujetties qui sont établies, ont leur domicile ou leur résidence habituelle en France ". Aux termes de l'article 98 C de l'annexe II de ce même code : " Sont considérés notamment comme des services fournis par voie électronique au sens du 12° de l'article 259 B du code général des impôts : () d. La fourniture de musique, de films et de jeux, y compris les jeux de hasard ou d'argent () ".
10. La requérante soutient à titre subsidiaire que l'assiette de la taxe retenue par l'administration rendrait impossible l'application des règles de territorialité pour notamment des joueurs venus de l'étranger et de l'outre-mer. Toutefois, dès lors que les opérateurs ont en France l'obligation de créer un site en .fr réservé aux joueurs s'étant soumis initialement aux règles d'identification du site, dont l'une des conditions est le renseignement, lors de l'inscription, d'une adresse postale en France, avec obligation de produire un justificatif de domicile, l'opérateur est en mesure de ventiler sa rémunération selon le lieu effectif des prestations et ainsi d'appliquer les taux correspondants à ces différents lieux. Par suite, le moyen tiré du caractère inapplicable des règles de territorialité compte tenu de la définition de l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des principes généraux du droit de l'Union de sécurité juridique et de confiance légitime :
11. La requérante soutient que le 2° de l'article 261 E du code général des impôts méconnaîtrait les principes généraux du droit de l'Union de sécurité juridique et de confiance légitime au motif qu'une même somme, à savoir le produit de l'exploitation, ne peut à la fois être qualifiée, au titre d'une seule et même opération, de chiffre d'affaires exonéré et servir au calcul d'un chiffre d'affaires taxable. Toutefois, ainsi qu'exposé au point 10, il résulte de cette disposition qu'elle exonère partiellement de la taxe sur la valeur ajoutée l'exploitation des paris et des jeux de cercle en ligne en exceptant de cette exonération les rémunérations perçues par les organisateurs et les intermédiaires qui participent à l'organisation de ces jeux et paris. D'une part, cette exonération partielle est compatible avec la directive qui exonère les paris, " sous réserve des conditions et limites déterminées par chaque État membre ". D'autre part, elle n'est entachée d'aucune contradiction, contrairement à ce que soutient la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des principes généraux du droit de l'Union de sécurité juridique et de confiance légitime doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit utile de saisir la cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, les conclusions à fin de décharge du recours, et par voie de conséquence, celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SAS France Pari est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS France Pari et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 6 novembre 2023.
Le président rapporteur,
V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 novembre 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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