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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2122769

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2122769

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2122769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BIROT - RAVAUT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par M. B A.

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2021, M. B A, représenté par Me Genest, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 44 848 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du présent jugement, en réparation de ses préjudices résultant de l'intervention chirurgicale pratiquée le 12 janvier 2016 au centre hospitalier d'Albi ;

2°) de condamner l'ONIAM aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'apparition d'une inflammation du tendon du psoas dans un contexte de lyse osseuse suite à la pose d'une prothèse totale de la hanche est un accident médical non fautif ; les conditions de prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale sont remplies ;

- les préjudices subis doivent être évalués comme suit :

o déficit fonctionnel temporaire : 5 034 euros

o déficit fonctionnel permanent : 15 400 euros

o souffrances endurées : 6 000 euros

o préjudice esthétique temporaire : 2 000 euros

o préjudice esthétique permanent : 1 500 euros

o assistance à tierce personne : 4 914 euros

o préjudices professionnels : 10 000 euros

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2021, l'ONIAM, représenté par Me Ravaut, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. A aux entiers dépens.

Il soutient que :

- les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies ;

- le dommage subi par M. A n'est pas imputable à un accident médical non fautif ;

- les douleurs ne sont pas causées par un mauvais positionnement de la prothèse, mais sont imputables à l'évolution de la pathologie du patient ; l'état de santé de M. A résulte d'un échec thérapeutique ;

- à supposer que le tribunal ne retienne pas l'échec thérapeutique, les dommages subis ne sont pas anormaux au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de celui-ci.

Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros par ordonnance de la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 19 novembre 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1974, a bénéficié de la pose d'une prothèse totale de hanche droite au centre hospitalier d'Albi le 28 mars 2012. Il a ensuite été opéré dans le même hôpital le 12 janvier 2016 pour la pose d'une prothèse totale de hanche gauche. Souffrant de douleurs importantes à la suite de cette deuxième intervention, notamment au niveau du psoas, il a subi une nouvelle intervention chirurgicale le 26 juin 2017 à l'hôpital Pierre-Paul Riquet de Toulouse pour la reprise unipolaire de l'arthroplastie totale de la hanche gauche. M. A, souffrant toujours de douleurs persistantes au niveau de la hanche gauche malgré cette dernière intervention, demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser, sur le fondement de la solidarité nationale, la somme de 44 848 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'intervention chirurgicale pratiquée le 12 janvier 2016 au centre hospitalier d'Albi.

Sur les conclusions indemnitaires tendant à la mise en œuvre de la solidarité nationale :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'incapacité permanente supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.

4. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 31 octobre 2020 rendu par un médecin orthopédiste, que M. A souffrait depuis plusieurs années d'une ostéonécrose des deux têtes fémorales avec douleurs quasi permanentes et retentissement fonctionnel majeur avec un périmètre de marche inférieur à cent mètres justifiant la mise en place de deux prothèses totales de hanche, à droite en 2012 et à gauche en 2016. La pose de la prothèse totale de hanche gauche le 12 janvier 2016 au centre hospitalier d'Albi a été suivie de douleurs, qui, selon l'expert, en l'absence de toute faute du centre hospitalier d'Albi, ont pour cause exclusive le passage du tendon dans l'échancrure antérieure du cotyle, dans un contexte de lyse osseuse majorant l'exposition de la pièce cotyloïdienne et son contact avec le tendon. En outre, l'expert relève que l'anatomie normale, du fait de la présence d'une échancrure antérieure sur le pourtour du cotyle peut, dans certains cas, suffire à être à l'origine d'un conflit lors du passage du tendon dans cette échancrure et ce en l'absence de tout défaut de pose. Par ailleurs, il souligne que la lyse osseuse, qui n'est en l'espèce pas liée à un descellement ou à un problème infectieux, est un phénomène régulièrement observé, pouvant être dû à la pathologie initiale du patient ou à une adaptation de l'os aux nouvelles contraintes qui lui sont appliquées du fait de la mise en place de la prothèse. Enfin, si M. A se prévaut d'une expertise non contradictoire rendue le 24 août 2018 à la demande de son assureur concluant à un accident médical non fautif, celle-ci n'expose toutefois pas le raisonnement conduisant à cette affirmation.

6. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les douleurs présentées par M. A soient directement imputables à l'acte médical du 12 janvier 2016. Il s'ensuit que M. A ne peut prétendre à l'indemnisation de ses préjudices par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'anormalité et la gravité des dommages subis.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'indemnisation au titre de la solidarité nationale doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

9. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par ordonnance du 19 novembre 2020 de la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux sont mis à la charge définitive de M. A.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme 1 500 euros, sont mis à la charge définitive de M. A.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Copie en sera transmise à l'expert.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mai 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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