jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2125673 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par Mme C B.
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 septembre 2021 et le 9 mars 2023, Madame C B, représentée par Me Lapuelle demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Arcambal à l'indemniser du coût des frais d'évacuations mis à sa charge pour un montant de 1875 euros et de tout autre frais et honoraires d'étude géologique, de purge et de travaux de confortement de toute nature, susceptibles d'être mis à sa charge en exécution de l'arrêté du 29 avril 2020 ;
2°) de condamner la commune d'Arcambal à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation de ces troubles de toute nature dans ses conditions d'existence avec capitalisation des intérêts échus à compter de la demande préalable ;
3°) d'enjoindre à la commune de réaliser à ses frais les travaux de confortement de la falaise nécessaires à la sécurisation de la route départementale n°10 et de la garantir de tous les frais qu'elle est susceptible d'engager spontanément ou contrainte pour la réalisation de tels travaux de sécurisation, dont la charge incombe à la commune ;
5°) de mettre à la charge de la commune d'Arcambal la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
6°) de condamner la commune aux entiers dépens ;
Elle soutient que :
- la créance dont elle se prévaut n'est pas atteinte par la prescription quadriennale ;
- la responsabilité sans faute de la commune est engagée sur le fondement des dommages causés par l'exécution de travaux publics dès lors que les travaux d'élargissement de la voie communale peuvent être qualifiés de travaux publics ; qu'elle-même, qui n'a au demeurant commis aucune faute, subit, en tant que tiers, des préjudices causés directement par l'exécution desdits travaux ;
- la responsabilité pour faute de la commune est engagée du fait de l'illégalité de l'arrêté de péril du 29 avril 2020 qui fonde le titre exécutoire émis à son encontre ;
- son préjudice subi est justifié à hauteur de 25 000 euros pour les troubles dans la jouissance de sa propriété et à hauteur de 1875 euros au titre de son préjudice financier auquel il faut rajouter la quote-part qui lui incomberait au titre des frais liés à l'étude géologique ;
- les conclusions en injonction sont recevables dans le cadre d'un recours indemnitaire ;
- l'arrêté de péril illégal mettant à sa charge des travaux qui devraient être supportés par la commune, il sera enjoint à cette dernière de réaliser les travaux de confortement qui s'imposent et auxquels elle est légalement tenue.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, la commune d'Arcambal représentée par Me Courrech doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'action en responsabilité de la requérante est prescrite ;
- la responsabilité sans faute de la commune fondée sur les dommages causés par des travaux publics n'est pas caractérisée dès lors que les éboulements intervenus en 2020 ont une origine naturelle et que la requérante n'établit pas être victime d'un quelconque dommage ;
- l'existence de travaux publics n'étant pas établie les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Par ordonnance du 24 février 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mer représentant la commune d'Arcambal.
Considérant ce qui suit :
1. Madame B est propriétaire d'une parcelle supportant une falaise cadastrée section B n° 153 dans la commune d'Arcambal. En 1989, des travaux d'élargissement de la voie communale n°6 entre la RD 10 et le hameau Pasturat jouxtant la falaise ont été réalisés. A la suite d'une chute de pierres provenant de cette propriété sur ladite voie, le maire d'Arcambal, par un arrêté de péril imminent du 20 avril 2020, a enjoint à Madame B de prendre toute mesure pour garantir la sécurité publique et de faire diligenter une étude géologique dans un délai de deux mois. Devant l'inaction de la propriétaire, la commune a procédé à l'exécution d'office de la purge de l'éperon nord ainsi qu'à l'abattage des arbres menaçant de s'effondrer. Par un titre exécutoire du 27 janvier 2021, le maire d'Arcambal a mis à la charge de Mme B le paiement d'une somme de 1875 euros correspondant à sa quote-part pour la réalisation des travaux de sécurisation préconisés par l'étude géologique et fixés par l'arrêté de péril. Mme B demande, dans le dernier état de ses écritures, l'engagement de la responsabilité sans faute de la commune sur le fondement des dommages causés par l'exécution de travaux publics mais également de la responsabilité pour faute fondée sur l'illégalité de l'arrêté de péril grave et imminent du 29 avril 2020 du maire d'Arcambal.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
2. La mise en jeu de la responsabilité sans faute d'une collectivité publique pour dommages de travaux publics à l'égard d'un justiciable qui est tiers par rapport à une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par cet administré de l'existence d'un dommage anormal et spécial et d'un lien de causalité entre cette opération et le dommage subi. La réparation de ces dommages peut être réclamée soit à l'entrepreneur, soit à la collectivité publique maître de l'ouvrage soit à l'un et l'autre solidairement Les personnes mises en cause doivent alors, pour dégager leur responsabilité, établir que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Madame B soutient que l'origine du dommage allégué se trouve dans des travaux d'élargissement de la voie communale effectués en 1991 qui auraient eu pour effet d'affecter la stabilité de la paroi rocheuse de la falaise située dans sa propriété. Elle verse aux débats une expertise effectuée pour le compte de Groupama d'Oc, assureur de M. A B, et dans laquelle l'expert " attire l'attention de la commune sur le fait que la route qui jouxte la falaise a fait l'objet d'un agrandissement il y a environ 10 ans avec l'emploi d'explosifs (traces de percement encore visibles), et ce pour dégager et retirer une partie des rochers. C) la purge réalisée à l'époque n'est pas parfaite et des blocs de roche menacent encore de tomber à ce jour ". L'expert impute la responsabilité des éboulements intervenus en mars 2020, et donc la charge des travaux, à la commune. L'expert désigné par le tribunal administratif de Toulouse dans le cadre de la procédure de péril a constaté dans son rapport déposé le 16 avril 2020 que " la configuration des lieux indiquent la présence visuelle d'un nombre important de fractures de la paroi rocheuse située parcelle n°153 et de ses parcelles voisines, pouvant occasionner à terme la chute de roches en pied de falaise et précisément sur la voie communale située en pied de falaise " sans se prononcer sur l'origine des éboulements alors que le rapport d'expertise produit par la commune dans le cadre de l'étude géologique qu'elle a fait diligenter par la société OZONE, conclut à l'absence de relation entre le minage des années 1990 effectué à l'occasion des travaux d'élargissement de la voie communale et l'éboulement de 2020. Enfin le porté-à-connaissance préfectoral sur les risques majeurs de 2012 rappelle que la commune d'Arcambal est concernée par des mouvements de terrain dont des éboulements, des chutes de pierres et de blocs.
4. En premier lieu, il convient de rappeler qu'un rapport d'expertise établi à la demande d'une partie, même non contradictoirement, est un élément de preuve qui, s'il ne peut suffire à lui-seul à faire la preuve des faits qu'il constate, est soumis à la discussion des parties et qu'il revient au tribunal d'en apprécier la valeur probante. En second lieu il résulte de l'ensemble des rapports précités qu'il peut exister une diversité de facteurs de déstabilisation de la falaise et qu'il est impossible de différencier les effets du minage de 1991 d'autres facteurs de déstabilisation quant à eux de cause naturelle. Par suite Mme B n'établit pas un lien de causalité direct et certain entre les tirs de mines exécutés dans le cadre des travaux d'élargissement de la chaussée en 1991 et le préjudice allégué suite aux éboulements de 2020.
5. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la commune. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la prescription quadriennale opposée en défense, les conclusions indemnitaires de la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
6. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
7. D'une part, l'arrêté de péril du 29 avril 2020 ne forme pas avec le commandement de payer émis à l'encontre de Mme B une opération comportant entre ces deux décisions un lien tel que l'illégalité dont serait entaché l'arrêté de péril puisse, malgré le caractère définitif de cet arrêté, être invoqué à l'appui de conclusions dirigées contre la décision mettant à la charge de la requérante le coût des travaux de purge de la falaise concernée. Par conséquent l'illégalité de l'arrêté de péril devenu définitif, à la supposer établie, étant sans conséquence sur le bien-fondé du titre exécutoire en cause, la faute de la commune n'est pas établie. D'autre part, il est constant que Mme B ne s'est jamais acquittée de la somme réclamée par le titre exécutoire dont la contestation dans le cadre de l'instance n°2103167 a eu pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. Par suite, le préjudice financier invoqué, qui se confond avec la somme réclamée par le titre du 27 janvier 2021 n'est pas établi.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité pour faute de la commune d'Arcambal doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Par voie de conséquence du rejet des conclusions indemnitaires, il y a lieu d'écarter les conclusions aux fins d'injonction de la requête.
Sur les frais du litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Arcambal sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Madame C B et à la commune d'Arcambal.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseur le plus ancien,
N. Huchot La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 20 avril 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
N° 21025673
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026