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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200101

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200101

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200101
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat PASTOR
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier 2022 et 23 mars 2023, M. B A, représenté par SCP d'avocats Verbateam Montpellier, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens à lui verser la somme globale de 28 096,53 euros en réparation des préjudices matériels et moraux subis en raison de l'édiction d'un arrêté de péril imminent et grave faisant obstacle à la jouissance de sa propriété ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la responsabilité de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens :

- en l'absence de faute, la commune est tout de même responsable des préjudices anormaux, graves et spéciaux causés par l'arrêté de péril du 10 octobre 2014 ;

Sur les préjudices :

- l'arrêté de péril a entrainé la résiliation du bail par le locataire ; il lui a été impossible de louer son bien jusqu'au mois de juin 2019 de sorte qu'il a subi 27 096,53 euros de pertes de loyer ; précisant que le loyer était indexé sur le coût de la construction ;

- il a subi un préjudice moral évalué à la somme de 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, représentée par la Selarl Maillot avocats et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le préjudice invoqué par M. A n'est pas la conséquence directe de la mesure de police mais de péril qui menace la sécurité des habitants, et n'est donc pas susceptible d'ouvrir droit à réparation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- les observations de Me Liegeois, représentant M. A, et celles de Me Coelo, représentant la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était propriétaire de la parcelle cadastrée AB n°237, comprenant une remise agricole et une courette, située en contrebas des remparts de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens. A la suite des graves intempéries du 29 septembre 2014, le maire de Saint-Pons-de-Mauchiens a pris un arrêté de péril grave et imminent en raison de la menace de l'effondrement du rempart sur les parcelles basses. Par courrier du 7 septembre 2021, M. A a saisi la commune d'une réclamation préalable tendant à ce qu'elle l'indemnise des préjudices financiers et moraux qu'il a subis du fait de cet arrêté de péril sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques. Suite au refus opposé par la commune à sa demande, M. A demande par la présente requête au tribunal de condamner la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens à lui verser la somme globale de 28 096,53 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Les mesures de police légalement prises peuvent ouvrir droit à réparation sur le fondement du principe de l'égalité devant les charges publiques dès lors qu'elles engendrent, pour un administré, un préjudice grave et spécial.

3. Par arrêté de péril grave et imminent du 14 octobre 2014 le maire de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens a, notamment, prononcé pour une durée indéterminée l'interdiction d'aller dans les courettes à l'arrière des maisons en parties basses sur l'ensemble du rempart. Il est constant que la propriété de M. A, située en partie basse des remparts, est composée d'un hangar agricole et d'une courette à l'arrière du hangar au pied des remparts, dont l'accès a été interdit par l'arrêté de péril. Il résulte de l'instruction et notamment des photographies versées au dossier que le hangar agricole, ne faisant l'objet d'aucune interdiction d'occupation, pouvait être occupé indépendamment de la courette arrière étroite et peu accessible. Dans ces conditions, M. A qui ne démontre pas avoir essayé, en vain, de louer son hangar sans accès à la courette, ne saurait établir un préjudice causé par la mesure de police tiré de la perte de loyers à la suite de la dénonciation du bail par son locataire après l'édiction de l'arrêté et de l'absence de relocation de son bien pendant près de cinq ans.

4. En revanche, il est vrai que cet arrêté de péril pris en 2014 n'a été levé qu'en juin 2019 de sorte que l'interdiction d'accès à la courette arrière de son bien liée au risque d'effondrement des remparts a causé à M. A un préjudice grave, de par sa durée anormalement longue, et spécial, compte tenu du peu de propriétaires concernés. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi à hauteur de 1 000 euros.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Pons-de-Mauchiens est condamnée à verser à M. A la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.

Article 2 La commune de Saint-Pons-de-Mauchiens versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La magistrate désignée,

I. PastorLa greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 décembre 2023.

La greffière,

B. Flaesch.

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