mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200133 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | magistrat ROUSSEAU |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, Mme A D, représentée par Me Berry, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et de reconnaître le caractère prioritaire de sa demande de logement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault d'assurer son relogement dans un appartement de type T4 sur Montpellier, et ce dans les meilleurs délais, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- elle vit seule avec ses quatre enfants ;
- la précarité de ses conditions de vie et l'urgence de la situation sont établies dès lors que suite à une mesure d'expulsion du logement qu'elle occupait, la prise en charge par le conseil départemental a expiré à l'été 2021 et que depuis lors elle est hébergée de manière précaire chez des amis ou de la famille ; elle est en outre bénéficiaire du revenu de solidarité active ;
- elle a bien répondu à la demande de pièces complémentaires pour l'instruction de sa demande et d'ailleurs la commission de médiation lui a répondu le 25 octobre 2021 que son dossier était complet ;
- l'élément retenu par la commission de médiation indiquant qu'elle aurait refusé le renouvellement de sa prise en charge par le conseil départemental " aux motifs que ses filles étaient accueillies chez leur père et que la requérante et son dernier enfant étaient hébergés chez une amie " n'est pas constitutif d'une incohérence dans son dossier dès lors qu'elle n'a jamais refusé le renouvellement de sa prise en charge par le conseil départemental ; si ses filles ont été accueillies quelques jours chez leur père durant l'été, celui-ci n'en assure pas la charge et les rapports qu'il entretient avec elles restent superficiels et ponctuels ; par jugement de divorce du 15 décembre 2021 le tribunal de grande instance de Carpentras a fixé la résidence principale des enfants chez leur mère, avec un droit de visite et d'hébergement accordé au père ;
- les refus qu'elle a opposés à des propositions d'hébergement à Béziers s'expliquent par les attaches professionnelles personnelles et scolaires de ses enfants et non pour des raisons de convenances personnelles ;
- il en résulte que c'est à tort que la commission de médiation a rejeté sa demande.
Par des mémoires enregistrés les 7 juin et 19 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut dans le dernier état de ses écritures au non-lieu à statuer.
Il expose que la requérante bénéficie dorénavant d'allocations de la Caisse d'allocation familiale pour un nouveau logement d'une surface de 120 m2 depuis le 1er juillet 2022, situé au 2493, boulevard Paul Valéry à Montpellier, correspondant à la composition familiale et à sa situation particulière. Sa demande de logement social n'a pas été radiée puisqu'elle l'a renouvelée le 11 novembre 2022 en maintenant sa déclaration d'être dépourvue de logement, ce qi nécessiterait une actualisation de la réalité de sa situation.
La requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné M. B E, premier-conseiller, pour statuer sur les litiges visés audit article ;
- la décision du magistrat désigné de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, magistrat désigné,
- et les observations de Me Berry, représentant Mme A D et de Mme C, représentant le préfet de l'Hérault.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour Mme A D par Me Berry a été enregistrée le 17 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue urgente et prioritaire. La commission a implicitement rejeté sa demande par une décision du 9 juin 2021. Le 23 septembre 2021, la requérante a formé un recours gracieux contre cette décision. La commission de médiation a, par une décision du 9 novembre 2021, retiré la décision implicite du 9 juin 2021 et rejeté son recours amiable en vue d'une offre de logement. Mme A D demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :
2. Les conclusions à fin de non-lieu présentées par le préfet de l'Hérault ne peuvent être accueillies dès lors que si Mme A D perçoit l'allocation logement depuis le mois de mars 2022 pour l'appartement qu'elle occupe avec ses quatre enfants mineurs au 193 Grand Mail à Montpellier, il n'est nullement établi qu'elle disposerait d'un logement social, alors qu'elle a déclaré à l'audience être hébergée par son employeur et que sa demande de logement social demeurait d'actualité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ".
4. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnait prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement (). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ".
5. Enfin, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. () ".
6. Pour écarter la demande de logement de Mme A D comme non urgente et non prioritaire la commission de médiation de l'Hérault a relevé, en premier lieu, que l'intéressée n'avait produit aucun élément concernant ses conditions d'hébergement actuelles ne permettant pas à la commission de médiation de vérifier ses déclarations et d'apprécier la précarité de ses conditions de vie et l'urgence qu'il y aurait à lui attribuer un logement, en deuxième lieu, qu'elle a refusé le renouvellement de sa prise en charge avec le Conseil Départemental au début de l'été aux motifs que ses filles étaient accueillies chez leur père et que la requérante et son dernier enfant sont hébergés chez une amie, de sorte que la commission de médiation considère que le dossier de l'intéressée présente des signes manifestes d'incohérence et, en troisième lieu, qu'il ressort de l'instruction du dossier que la requérante avait déposé un recours relatif à l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale en date du 23 septembre 2020 pour lequel sa situation a été reconnue prioritaire et urgente le 10 novembre 2020 pour un accueil en structure d'hébergement, en logement de transition, en logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qu'elle a reçu deux propositions adaptées à ses besoins et à ses capacités sur la commune de Béziers, propositions qu'elle a refusées au motif de la situation géographique, ce qui n'est pas considéré comme un motif légitime par la commission de médiation.
7. Mme A D soutient, qu'invitée à compléter son dossier par courrier de la commission de médiation du 5 octobre 2021, elle a transmis l'ensemble des éléments réclamés par un courrier du 18 octobre 2021. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle aurait effectivement adressé l'ensemble des documents demandés par la commission de médiation l'Hérault de nature à démontrer le caractère complet de son dossier en faisant seulement référence au poids de l'envoi recommandé. Si par courrier du 25 octobre 2021 la commission de médiation de l'Hérault a indiqué que l'intéressée avait complété son dossier en relevant que des éléments ont bien été reçus par le secrétariat de la commission de médiation, ce courrier se borne à lui indiquer que son dossier sera examiné, sans pour autant, relever le caractère complet, contrairement à ce que soutient la requérante. Si la requérante expose que ses conditions d'hébergement avec ses enfants ne sont pas suffisantes en termes de stabilité pour des enfants aussi jeunes, elle ne démontre pas qu'à la date à laquelle la commission de médiation s'est prononcée elle aurait transmis les éléments requis pour permettre à la commission de vérifier ses déclarations et se prononcer sur le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Par suite, c'est sans commettre d'inexactitude matérielle que la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande en relevant le caractère incomplet du dossier de demande.
8. Par une décision du 10 novembre 2020, la commission de médiation de l'Hérault, en application du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a reconnu Mme A D comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement. Deux propositions d'hébergement en appartement-relais lui ont été faites sur le territoire de la commune de Béziers. La requérante expose que les refus qu'elle a opposés à ces deux propositions de logements sont justifiés par le fait qu'elle exerce une activité professionnelle à Montpellier où ses enfants sont scolarisés et non pour convenances personnelles comme l'a relevé la commission de médiation de l'Hérault. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail à durée déterminée conclu pour une durée de deux mois du 8 juin au 8 août 2021 pour occuper un emploi de secrétaire polyvalente mentionne comme lieu de travail Marseille et non Montpellier et qu'il n'est nullement justifié que ses enfants ne pourraient pas être scolarisés à Béziers. Dès lors, la commission de médiation de l'Hérault n'a pas inexactement qualifié ces refus comme ne constituant pas des motifs légitimes.
9. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 27 novembre 2019, le tribunal d'instance de Montpellier a prononcé l'expulsion de la requérante pour loyers impayés du logement situé au 949 Louis Ravas à Montpellier et que le préfet a octroyé le concours de la force publique, le 5 octobre 2020, pour le logement qu'elle occupait ensuite au 3 rue Charles Borromée à Montpellier en raison également de loyers impayés. Mme A D a été prise par en charge par le SIAO du 26 octobre 2020, soit 500 nuitées, avec entretemps une prise en charge par le département jusqu'au mois de juin 2021. Si la requérante soutient qu'elle n'a jamais refusé le renouvellement de sa prise en charge par le conseil départemental laquelle lui aurait été imposée de manière unilatérale, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A D s'est abstenue de répondre aux courriers, rendez-vous, appels téléphoniques des agents du pôle inclusion social et logement du conseil département qui, au vu de ce constat, en a tiré les conséquences en estimant que l'intéressée ne souhaitait pas adhéré à l'accompagnement social. Par suite, la commission de de médiation de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant ce troisième motif de rejet.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant au bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme F A D, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Berry.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le magistrat désignéLa greffière
M. E G
La république mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 janvier 2023
La greffière,
G
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026