jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200410 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET BOULAY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 janvier 2022, le 8 septembre 2022 et le 20 janvier 2023, la SARL Les fils à maman, représentée par la Selurl Boulay Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Sète à lui verser une somme totale de 164 594,25 euros hors taxe en réparation des préjudices subis du fait de l'impossibilité d'exploiter, pour l'année 2919, la concession de service public des bains de mer qui lui a été attribuée ;
2°) de condamner la commune de Sète à lui rembourser la somme de 19 123,15 euros, acquittée au titre des redevances d'occupation pour l'année 2019 et l'année 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sète une somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif est compétent pour statuer sur sa requête qui est recevable, le contentieux ayant été régulièrement lié ;
- la commune n'a pas respecté ses engagements contractuels en tardant à lui délivrer un permis de construire ainsi que des informations nécessaires et utiles à son exploitation ;
- les fautes commises par la commune ne lui ont pas permis d'exploiter la concession pour la période estivale 2019 et l'ont contrainte à résilier la convention faute de pouvoir rentabiliser ses investissements sur une période réduite à deux saisons estivales ;
- son préjudice s'établit à 164 594,25 euros hors taxe correspondant aux frais engagés et non rentabilisés dûment justifiés ;
- la commune de Sète n'était pas fondée à exiger le paiement de la part fixe des redevances pour les années 2019 et 2020, pour un montant total de 19 123,15 euros car, en raison des fautes commises, aucune exploitation n'était effectivement permise et les montants réclamés sont injustifiés au regard des conditions de mise à disposition du lot attribué.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 1er juin 2022, le 10 janvier et le 24 janvier 2023, la commune de Sète, représentée par la SCP SVA, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SARL Les fils à maman une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il ne peut lui être reproché d'avoir tardé dans l'attribution de la convention d'exploitation car celle-ci était soumise à l'accord préalable du préfet qui a été obtenu le 12 août 2019 ;
- aucune exécution n'était possible avant la notification du contrat, survenue le 29 août 2019, et les frais engagés par la société antérieurement à cette date ne peuvent donner lieu à indemnisation ;
- la société savait que son projet était soumis à permis de construire et la commune n'a pas commis de faute en délivrant ce permis après le 31 juillet 2019, date à laquelle la requérante a renoncé à exploiter la concession pour l'année 2019 ;
- la commune n'a pas commis de faute dans les réponses apportées à la société sur la licence IV ou les modalités de raccordement aux réseaux et, en tout état de cause, les délais de réponse sont sans lien avec le préjudice allégué puisqu'il a été répondu à la requérante avant la notification de sa concession ;
- le préjudice n'est pas établi car il n'est pas démontré que les frais d'architecte ne sont pas en lien avec l'offre déposée en vue d'obtenir la concession et qui n'ouvrent pas droit à remboursement, les frais de personnels ne sont pas établis par des pièces postérieures au préjudice allégué, et les frais de construction ne sont pas clairement justifiés ;
- en vertu du principe de sécurité juridique, la contestation des redevances dues pour les années 2019 et 2020 sont tardives car la société en a eu connaissance au plus tard le 28 février 2020, soit plus d'un an avant l'introduction de sa requête ;
- les redevances pour l'année 2019 et 2020 ont été fixées conformément à la convention d'exploitation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Rigeade, représentant la commune de Sète.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Sète, bénéficiant de la part de l'Etat d'une concession d'aménagement, d'exploitation et d'entretien des plages naturelles de 2010 à 2021, a procédé à une consultation en vue d'attribuer, sur plusieurs lots, des conventions d'exploitation. Par délibération du 20 mai 2019, la commune de Sète a approuvé le choix de la SARL Les fils à maman en qualité de délégataire du service public des bains de mer pour le lot n° 9 et la convention dûment signée a été notifiée à la société requérante le 29 août 2019. Par courriel du 31 juillet 2019, le gérant de la société Les fils à maman a informé la commune de Sète qu'il était contraint de renoncer à l'exploitation de la concession pour la saison 2019. Par courrier du 18 décembre 2019 la société requérante a résilié la concession en litige, faute de pouvoir rentabiliser ses investissements sur deux saisons d'exploitation.
2. Par la présente requête, la société Les fils à maman demande la condamnation de la commune de Sète à lui verser une somme de 164 594,25 euros en réparation de ses préjudices en lien avec les fautes commises par la commune dans l'exécution du contrat les liant et qui l'ont contrainte à renoncer à l'exploitation de la concession pour la saison 2019. La société Les fils à maman demande également à être remboursée des redevances versées pour les années 2019 et 2020 pour un montant total de 19 123,15 euros.
Sur la responsabilité de la commune de Sète :
3. La SARL Les fils à maman soutient que la commune est fautive d'avoir tardé dans l'exécution de ses obligations contractuelles, ce qui l'a conduite à renoncer à l'exploitation de la saison 2019 pour des raisons économiques.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2124-31 du code général de la propriété des personnes publiques, applicable aux concessions de plage et plus particulièrement à l'attribution de sous-traités d'exploitation : " () Les projets de convention d'exploitation sont soumis pour accord au préfet préalablement à leur signature par le concessionnaire. L'absence de réponse du préfet dans un délai de deux mois vaut accord () ". La concession conclue entre l'Etat et la commune de Sète, qui faisait partie du dossier de consultation de la présente procédure d'attribution, rappelait en son article 8 que : " les conventions d'exploitations sont soumises pour accord au préfet préalablement à la signature du concessionnaire ". Par ailleurs, l'article 5 de cette concession prévoit que sont également soumis à l'Etat " les projets d'exécution et de modification des installations à réaliser ".
5. En l'espèce, la commune a délibéré le 20 mai 2019 afin de sélectionner l'attributaire du lot n° 9. La société requérante a déposé sa demande de permis de construire le 27 mai 2019 et il résulte de l'instruction que celle-ci a été complétée le 1er juillet 2019. Enfin, la sous-commission départementale de sécurité a rendu un avis favorable au projet de construction dans sa séance du 18 juillet 2019, le préfet a rendu un avis favorable le 12 août 2019 et la convention d'exploitation, signée par la commune, a été transmise aux services de l'Etat le 28 août 2019 et notifiée à l'attributaire le 29 août 2019 tandis que le permis de construire, sollicité en vue de permettre cette exploitation, a été délivré le 10 septembre 2019.
6. D'une part, si la convention d'exploitation en litige prévoyait une première période d'exploitation fixée au plus tôt au 1er avril 2019, étant précisé que l'exploitation est annuellement limitée à la période comprise entre le 1er avril et le 30 septembre, cette mention ne permettait pas de déduire une obligation pour la commune de permettre une exploitation dès le 1er avril 2019. Ainsi, il était expressément mentionné que la convention était conclue pour une durée courant de sa notification jusqu'au 15 octobre 2021, et le règlement de consultation, communiqué près de six mois avant l'attribution de la concession, précisait déjà que, pour la saison 2019, la redevance serait proratisée en fonction de la date de signature des sous-traités d'exploitation. Cette précision avait par ailleurs été rappelée à la société requérante par un courriel du 30 avril 2019. A supposer que la société requérante entende se prévaloir d'un engagement de la commune à son égard de permettre une exploitation dès le 1er avril 2019, ou au plus tôt à compter de cette date, son argument doit donc être écarté.
7. D'autre part, si la SARL Les fils à maman conteste les délais d'instruction de sa demande d'autorisation d'urbanisme ainsi que le délai de notification de la convention d'exploitation, il n'est pas établi que ces derniers auraient été anormalement longs et que les services de la commune n'auraient pas fait preuve de diligence eu égard aux responsabilités qui lui incombent par ailleurs. En outre, il résulte de l'instruction que les services de l'Etat ont rendu leur avis préalable obligatoire aux termes d'un délai de près d'un mois et demi. Dans ces conditions, alors que la société requérante a estimé, dès le 31 juillet 2019, qu'une exploitation de la saison 2019 n'était pas viable, la commune ne peut être tenue pour responsable du défaut d'exploitation avant cette date.
8. Si la requérante fait par ailleurs valoir que la commune de Sète aurait tardé à lui transmettre des informations utiles sur l'obtention de la licence IV ou les modalités de raccordement aux réseaux, ces incidents, à les supposer établis, survenus avant la notification de la convention d'exploitation et la délivrance du permis de construire, sont sans incidence sur l'engagement de la responsabilité de la commune.
9. Il résulte de ce qui précède que le préjudice que fait valoir la SARL Les fils à maman, correspondant à des frais d'architecte, de construction et de personnels dédiés au projet, n'est pas lié à une faute commise par la commune de Sète. En tout état de cause, en engageant des frais importants avant de se voir notifier la convention d'exploitation, l'entreprise requérante a commis en l'espèce une imprudence fautive de nature à exonérer la responsabilité de la commune.
Sur les redevances dues au titre des années 2019 et 2020 :
10. Aux termes de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".
11. La convention en litige prévoit une redevance annuelle, dont une part fixe de 33 000 euros révisable chaque année selon un coefficient préalablement défini et dont la part variable correspond à un pourcentage du chiffre d'affaires du candidat sélectionné. Par ailleurs, il est prévu qu'en cas de demande de résiliation faite après le 31 octobre l'exploitant sera tenu de payer la totalité de la redevance de l'année suivante.
12. En l'espèce, la société requérante a informé la commune de son intention de résilier la convention d'occupation par courrier du 18 décembre 2019 en faisant valoir l'impossibilité d'amortir les investissements réalisés sur l'exploitation de deux saisons estivales. Si la requérante soutient que la redevance qui lui est demandée d'acquitter pour l'année 2020 n'est pas justifiée du fait de l'absence d'exploitation sur cette année, elle se justifie par l'impossibilité, pour la commune de trouver un nouveau concessionnaire alors que le lot en litige a été attribué à la société requérante pour l'année 2020 et 2021 et réservé à sa seule exploitation. En tout état de cause, alors même que la société avait renoncé dès le 31 juillet 2019 à exploiter le lot attribué pour la saison 2019, elle ne justifie pas avoir été empêchée de notifier son intention de résilier avant le 31 octobre 2019. Dans ces conditions, et alors que la redevance due pour l'année 2020 a été diminuée du fait des implications de la crise sanitaire liée au Covid-19 à un montant de 15 456,55 euros, le moyen tiré de ce que la redevance exigée méconnaitrait les dispositions citées au point 10 du présent jugement doit être écarté.
13. S'agissant de l'année 2019, la redevance contractuellement prévue devait couvrir la période allant du 29 août 2019, date de notification de la convention, jusqu'au 30 septembre 2019, date de fin de la période d'exploitation autorisée. Néanmoins, la commune a demandé le paiement de la part fixe de la redevance sur la seule période allant du 11 au 30 septembre 2019, afin de prendre en compte la date de délivrance du permis de construire sollicité par la requérante. Si celle-ci soutient qu'elle n'était pas en mesure, sur cette courte période, de mettre en œuvre l'autorisation d'urbanisme qui lui avait été délivrée, nécessaire au développement de son activité de restauration, elle n'établit pas, pour autant, qu'elle aurait été dans l'impossibilité d'exploiter sa concession alors que celle-ci l'autorisait notamment à louer du matériel de plage tels que transats, matelas et parasols. Dès lors, la redevance fixe pour l'année 2019, d'un montant de 3 666,60 euros, n'apparait pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux droits et avantages conférés à la société requérante, malgré la période réduite à laquelle elle se rapporte.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SARL Les fils à maman tendant à la décharge et au remboursement de la somme de 19 123,15 euros, correspondant aux redevances acquittées pour les années 2019 et 2020, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense quant à la tardiveté de ces conclusions.
Sur les frais du litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la SARL Les fils à maman au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Sète, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Les fils à maman une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Sète sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SARL Les fils à maman est rejetée.
Article 2 : La SARL Les fils à maman versera une somme de 1 500 euros à la commune de Sète sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SARL Les fils à maman et à la commune de Sète.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 octobre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026