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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200472

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200472

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200472
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantALTET-MORALES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 31 janvier 2022, le 2 mai 2023 et le 3 mai 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Altet-Morales, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole à lui verser une somme de 12 122,50 euros en réparation du préjudice subi du fait de sa chute, par électrocution, sur la voie publique le 30 juin 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole une somme de 2 500 euros au titre des frais du litige que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- son recours est recevable car elle a agi dans les délais de recours ;

- la matérialité des faits est établie par plusieurs témoignages, les compte-rendus de la police et des services hospitaliers ;

- la commune de Perpignan est responsable du fait d'un défaut de signalisation et de l'abstention du maire à faire usage de ses pouvoirs de police ;

- la communauté urbaine est responsable du fait des travaux publics qui étaient en cours et du défaut de sécurisation des lieux ;

- au vu du rapport d'expertise médicale et de la jurisprudence, son préjudice peut être évalué à la somme de 12 122,50 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 mars 2023 et le 19 mai 2023, la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, représentée par Me Lasry, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le préjudice subi soit ramené à la somme de 10 985 euros et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la matérialité des faits n'est pas établie dans la mesure où il n'y a pas de témoin de la chute et des contradictions existent entre les faits rapportés et les préjudices dont Mme C se prévaut ;

- il n'est pas établi que Mme C aurait subi une électrocution et la présence de flaques d'eau ne constitue pas un défaut d'entretien de la voie publique ;

- à titre subsidiaire les préjudices sont surévalués et doivent être ramenés à la somme de 10 985 euros.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 août 2021.

Vu :

- l'ordonnance n° 2004031 du 17 décembre 2020 par laquelle le tribunal administratif de Montpellier a ordonné une expertise médicale ;

- l'ordonnance du 22 mars 2021 taxant les frais d'expertise à la somme de 1080 euros toutes taxes comprises.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Altet-Morales, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 juin 2019, Mme C, née en 1957, résidente de la commune de Perpignan, a chuté sur la voie publique. Par ordonnance du 17 décembre 2020 le Tribunal a ordonné une expertise médicale afin que soient déterminés ses préjudices en lien avec cet accident. Après le dépôt du rapport d'expertise, Mme C a adressé une réclamation indemnitaire à la commune de Perpignan ainsi qu'à la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole. Par ordonnance n° 2200473 du 3 août 2022, son recours à l'encontre de la commune a été rejeté pour irrecevabilité par le Tribunal. Par la présente requête, Mme C demande la condamnation de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole à l'indemniser à hauteur de 12 122,50 euros des préjudices résultant de son accident.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité de la communauté urbaine :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

3. Mme C soutient que le 30 juin 2019 aux environs de 7h20, alors qu'elle effectuait sa marche quotidienne, elle a posé le pied droit dans une flaque d'eau située sur le passage piéton et a alors ressenti une décharge électrique provoquant le soulèvement de sa jambe et sa chute sur le côté gauche. S'il n'y a pas eu de témoins directs de l'incident, Mme C verse aux débats trois témoignages, contemporains aux faits et circonstanciés, de personnes qui lui ont rapidement porté secours. Par ailleurs, le compte-rendu de son hospitalisation mentionne une chute par électrocution, circonstance confirmée par les services de police auprès desquels Mme C a ensuite déposé plainte. Enfin, sa déclaration d'une chute sur le côté gauche après avoir été déséquilibrée, par voie de conséquence du choc subi par sa jambe droite, ne révèle pas une incohérence des faits de l'espèce. Dans ces conditions, la matérialité des faits relative à la chute de Mme C suite à électrocution de sa jambe droite est établie.

4. Il est établi que la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole à qui incombe la compétence relative au réseau d'assainissement, avait confié à une société tierce la réalisation de travaux tendant au renouvellement des réseaux humides qui devaient avoir lieu entre le 20 juin 2019 et le 20 juillet 2019. Les photographies versées au débat par l'intéressée démontrent la proximité du lieu des travaux avec celui de son accident et la communauté urbaine ne produit aucun élément qui permettrait d'écarter le lien de causalité existant entre l'incident et les travaux en cours de réalisation alors que le site en litige a, suite à l'incident, fait l'objet d'une mise en sécurité avec notamment la pose de rubalise informant de la présence d'ouvrages en tension. Notamment, le fait que l'incident se soit produit un dimanche, jour habituellement non travaillé, ne permet pas d'écarter le lien avec les travaux en cours dont le caractère sécurisé n'est pas établi alors qu'il n'est pas contesté que cette zone avait été concernée par des pluies récentes. Dans ces conditions, Mme C est fondée à rechercher la responsabilité de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole. Par ailleurs, bien que Mme C connaisse les lieux, le caractère récent des travaux menés et le défaut de signalisation avertissant d'un danger sur le lieu de sa chute permettent d'exclure toute faute d'imprudence de sa part.

5. Si Mme C fait état de manquements commis par la commune de Perpignan, elle se limite à rechercher dans la présente requête l'engagement de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole. Alors que sa requête dirigée contre la commune de Perpignan a été rejetée, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les fautes que Mme C impute à cette collectivité.

6. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la communauté urbaine de Montpellier Méditerranée Métropole doit être engagée afin de réparer les préjudices subis par Mme C en lien avec sa chute du 30 juin 2019.

En ce qui concerne le préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que la chute de Mme C lui a causé une fracture du fémur droit, dont la consolidation est intervenue le 31 décembre 2019 alors que l'intéressée était âgée de 62 ans.

8. L'expertise diligentée à la demande du tribunal a conclu à un déficit fonctionnel temporaire total sur une durée de 74 jours, un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 50% sur une journée, un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 25% sur 64 jours et enfin un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 10% sur 45 jours. Ces déficits sont en lien avec ses périodes d'hospitalisation, de rééducation et la nécessité d'un déplacement à l'aide de béquilles. Sur la base d'une indemnisation journalière de 23 euros pour un déficit temporaire total, telle que mentionnée en défense, il sera fait une juste appréciation du déficit temporaire de Mme C en lui allouant la somme de 2 185 euros. Les souffrances endurées par Mme C, en lien avec la violence du choc subi et les soins dispensés sur une période de plus de six mois, évaluées à 3/7 par l'expert seront indemnisées par le versement d'une somme de 3 500 euros.

9. S'agissant du déficit fonctionnel permanent de 5%, correspondant à une légère boiterie, il en sera fait une juste évaluation en attribuant à Mme C une somme de 5 100 euros.

10. Il sera par ailleurs alloué à Mme C une somme de 500 euros en réparation de son préjudice esthétique permanent, évalué à 0,5/7 du fait de cicatrices résultant de l'opération subie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole est condamnée à verser à Mme C une somme de 11 285 euros en réparation de son entier préjudice.

Sur les dépens :

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

13. Les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le tribunal ont été liquidés et taxés pour un montant total de 1 080 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal du 22 mars 2021. Il y a lieu de les mettre à la charge définitive de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole dans le cadre de cette instance.

Sur les frais du litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme C qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sous réserve que Me Altet-Morales, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole le versement à Me Altet-Morales de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole est condamnée à verser à Mme C la somme de 11 285 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : La communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole versera à Me Altet-Morales, avocate de Mme C, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation de cette dernière à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés au montant de 1 080 euros, sont mis à la charge définitive de la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole.

Article 4 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à la communauté urbaine de Perpignan Méditerranée Métropole, à la MSA Grand Sud et à Me Altet-Morales.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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