lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200592 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ABEILLE & ASSOCIES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, M. C F, représenté par Me Rota, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme de 20 505,76 euros, en réparation du préjudice résultant de sa responsabilité fautive dans la prise en charge de son épouse ;
2°) de dire que cette somme sera versée dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et qu'elle portera intérêts au taux légal à compter du 3 novembre 2021 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Carcassonne une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le services des urgences du centre hospitalier de Carcassonne a commis une faute dans la prise en charge de son épouse dans la nuit du 15 au 16 juillet 2021 ;
- cette faute porte en elle l'intégralité du préjudice, les autres intervenants fautifs n'ayant pas dû avoir vocation à intervenir en l'absence de faute initiale du centre hospitalier de Carcassonne ;
- Cette faute a provoqué un retard de 5 jours pour l'exécution de l'acte chirurgical nécessaire finalement intervenu le 21 juillet 2018 ;
- la faute a fait perdre à son épouse une chance d'évolution plus favorable de son état ;
- il a subi un préjudice matériel :
- du aux nombreux déplacements pour se rendre au chevet de son épouse du 15 juillet au 23 juillet 2018 à hauteur de 500 euros ;
- pour frais de dossier médical, à hauteur de 5,76 euros ;
- il a subi un préjudice moral évalué à hauteur de 20 000 euros, pour avoir été éprouvé par les souffrances endurées par son épouse puis par son décès.
La requête a été communiquée au centre hospitalier de Carcassonne qui n'a pas produit de mémoire.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Une mise en demeure a été adressée le 27 juillet 2022 au centre hospitalier de Carcassonne, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative. Cette mise en demeure est restée sans effet.
Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu les ordonnances n° 2001731 et du 11 septembre 2020 du 28 septembre 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier ordonnant une expertise, et l'ordonnance n°2001731 du 22 mars 2021 de la présidente du tribunal liquidant et taxant les frais d'expertise à 2 300 euros.
Vu :
- le code de la santé public ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 juillet 2018, vers minuit, Mme F, âgée de 79 ans, a été victime d'un traumatisme direct de la région cervico-occipitale occasionné par sa chute en arrière sur l'arête d'un meuble de son domicile. Le traumatisme s'est accompagné d'une plaie du scalp dans la région occipitale. Elle a été admise aux urgences du centre hospitalier de Carcassonne après transport par les sapeurs-pompiers. Elle est ressortie dans la nuit. Le 19 juillet 2018, elle a consulté le Dr D, médecin rhumatologue. Le 20 juillet 2018, son médecin traitant la faisait admettre à la clinique des Cèdres de Toulouse, où elle subissait le 21 juillet suivant une réduction chirurgicale d'une fracture luxation du C3 sur C4. Elle a regagné son domicile le 23 juillet suivant. Dès le lendemain sont apparus des troubles neurologiques sous la forme d'une difficulté à mobiliser les membres supérieurs. Le 25 juillet, elle a présenté un état de fatigue important et brutalement un arrêt respiratoire. Son décès a été médicalement constaté. M. F a saisi le juge des référés d'une demande d'expertise. Par ordonnance n° 2001731, le juge des référés a désigné le Dr E, médecin anesthésiste réanimateur et le Dr A B, neurologue, en qualité de sapiteur, qui ont rendu leur rapport le 10 mars 2021. La demande préalable de M. F reçue le 3 novembre 2021 par le centre hospitalier de Carcassonne a donné lieu à une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. F doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner le centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme de 20 505,76 euros, en réparation du préjudice résultant de la responsabilité fautive de l'établissement hospitalier dans la prise en charge de son épouse.
Sur la déclaration de jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie :
2. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, appelée en la cause dans la présente instance, n'a présenté aucune demande sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu, par suite, de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Carcassonne :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 I du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. En vertu de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet, le président de la formation de jugement du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel peut lui adresser une mise en demeure. Aux termes de l'article R. 612-6 du même code : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Le centre hospitalier de Carcassonne à qui la requête de M. F a été communiquée, n'a pas, malgré la mise en demeure lui ayant été adressée le 27 février 2022, déposé de mémoire en défense antérieurement à la clôture de l'instruction. Par suite, il est réputé avoir acquiescé aux faits, sous réserve de ce que l'inexactitude des faits exposés dans le mémoire de M. F ne ressorte d'aucune des pièces versées à l'instance.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les traumatismes du rachis nécessitent la prévention systématique de l'aggravation des lésions rachidiennes et le dépistage systématique de celles-ci. Toutefois, en dépit de la nature du traumatisme et de l'intensité du choc reçue par Mme F, patiente poly-arthrosique, le service des urgences du centre hospitalier de Carcassonne s'est borné, en se fondant simplement sur l'absence de perte de connaissance, à un examen neurologique et une suture de la plaie sans réaliser d'investigation complémentaire par imagerie. Ce n'est que par la radiographie effectuée plus tard par le Dr D, rhumatologue, le 19 juillet 2021 et par la clinique des cèdres qu'a été révélée une fracture luxation du C3 sur C4 avec déplacement. Dans ces conditions, Mme F n'a pas reçu aux urgences de l'hôpital de Carcassonne dans la nuit du 15 au 16 juillet 2017 une prise en charge conforme aux règles de l'art de nature à procéder sans retard à un diagnostic pertinent. Ce manquement est de nature à entrainer la responsabilité fautive du centre hospitalier de Carcassonne.
6. Il résulte également de l'instruction que le 19 juillet 2018, Mme F a consulté le Dr D, rhumatologue. Il n'est pas établi par les pièces du dossier que la radio qu'il a faite ait été exploitable compte tenu de sa mauvaise qualité et qu'il ait conseillé à Mme F de se rendre à la polyclinique Montréal de Carcassonne, faute de trace de son passage dans cette clinique. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui est jugé au point 5, la faute commise par le centre hospitalier de Carcassonne le 16 juillet 2021 portait en elle-même le dommage subi par Mme F. Dans ces conditions, l'indemnisation par l'établissement des conséquences dommageables de sa faute doit s'apprécier au regard de l'intégralité de son préjudice.
Sur les préjudices indemnisables :
Sur le préjudice réparable et le lien de causalité :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il résulte de l'instruction, que le niveau de la lésion vertébrale et le terrain de la patiente (lésions arthrosiques évolutives avec constitution de blocs osseux acquis) sont des éléments connus de la littérature médicale pour favoriser la survenue de lésions neurologiques après fracture luxation sur un terrain laissé libre. Une chirurgie est alors indiquée afin de prévenir une compression médullaire aux séquelles neurologiques irréversibles et invalidantes ou les conséquences plus fatales de la compression des centres respiratoires. Si en l'espèce le décès est survenu à la suite d'apparitions de troubles neurologiques le 24 juillet 2021, faute d'IRM préopératoire e/ou d'acte d'investigation sur le corps de la défunte qui aurait permis d'éliminer une lésion médullaire associée, la ou les causes du décès ne peuvent être établies avec certitude. Dans ces circonstances, le seul préjudice certain réparable en lien avec la faute commise, consiste en une perte de chance d'éviter une augmentation du risque de survenance d'une complication neurologique.
9. Compte tenu de ce que l'examen neurologique pratiqué aux services des urgences du centre hospitalier de Carcassonne la nuit du 16 juillet 2021 n'a révélé aucune complication neurologique, la survenance d'une telle complication neurologique survenue le 24 juillet suivant résulte directement du retard de la prise en charge de la fracture luxation.
10. Compte tenu de l'état de santé de Mme F précédant sa chute, il sera fait une juste appréciation du taux de la perte de chance de limiter les risques de survenue d'une complication neurologique en le fixant à 25 %, comme le proposent d'ailleurs les experts.
Sur la réparation :
11. Par les préjudices dont il réclame réparation, contrairement à ce qui est soutenu, M. F doit être regardé comme étant victime par ricochet et non ayant droit de Mme F.
12. M. F soutient avoir accompagné son épouse dans ses déplacements entre les différents points de rendez-vous entre le 16 et le 23 juillet. Le contraire ne ressort pas des pièces du dossier et le centre hospitalier est, en application des dispositions de l'article R.612-6 du code de justice administrative, réputé avoir acquiescé aux faits ainsi établis. Compte tenu des distances entre ces points de rendez-vous et leur fréquence, ainsi que du partage de responsabilité, il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel de M. F en le fixant à la somme de 500 euros.
13. M. F justifie d'une dépense de 5,76 euros pour frais de constitution de son dossier. Pour les mêmes motifs que précédemment, il sera fait une juste appréciation du préjudice de M. F en le fixant à ladite somme de 5,76 euros.
14. Pour les motifs exposés au point 8, bien qu'incontestable, M. F ne saurait voir réparer le préjudice moral résultant du décès de son épouse. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral subi entre le 16 et le 23 juillet, en le fixant à la somme de 1 500 euros, compte tenu du taux de perte de chance retenu.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le centre hospitalier de Carcassonne doit être condamné à verser à M. F une somme de 2 005,76 euros.
Sur les intérêts
16. M. F a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 2 005,76 euros à compter du 3 novembre 2021, date de réception de sa demande préalable par le centre hospitalier.
Sur les conclusions en injonction et d'astreinte :
17. Les dispositions du II de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, reproduites à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, fixent les conditions dans lesquelles M. F peut, le cas échéant, obtenir le mandatement d'office de la somme que le centre hospitalier est condamné à lui verser par la présente décision. Les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent dès lors être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
18. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
19. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 300 euros, mis à la charge de M. F, doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier de Carcassonne.
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Carcassonne, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Article 2 : Le centre hospitalier de Carcassonne est condamné à verser à M. F la somme 2 005,76 euros, avec intérêts au taux légal au 3 novembre 2021.
Article 3 : Les frais d'expertise, soit 2 300 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Carcassonne.
Article 4 : Le centre hospitalier de Carcassonne versera à M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au centre hospitalier de Carcassonne, et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Délibéré après l'audience publique du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Brigitte Pater, première conseillère,
M. Marie-Laure Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
La rapporteure,
B. PaterLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 novembre 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026