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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200599

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200599

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200599
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. A C, Mme D C et B E, représentés par la SCP Nicolau Malavialle Gadel Capsie, demandent au tribunal :

1°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Pyrénées-Orientales à raison de la faute commise à verser au titre du préjudice immobilier les sommes de 18 218,92 euros à Mme C et de 84 611,33 euros à B E, au titre du préjudice mobilier les sommes de 1 642,49 euros à Mme C et de 5 412,21 euros à B E et au titre du préjudice de jouissance la somme de 24 000 euros aux époux C ;

2°) de condamner le SDIS des Pyrénées-Orientales à leur verser une somme de 5 000 euros au titre des frais irrépétibles ainsi qu'une somme de 7 393,64 euros au titre des frais d'expertise.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt et qualité pour agir ;

- le SDIS a commis une faute en ne procédant pas à l'issue de son intervention sur le premier feu à une reconnaissance suffisante dans la chambre 3 du R +3 de leur maison ;

- il doit être déclaré entièrement responsable des conséquences dommageables du second incendie survenu le 24 février 2019 à 0 heure 55 comme étant une reprise du premier ;

- le préjudice immobilier a été évalué par l'architecte désignée en qualité de sapiteur de l'expert désignée par le tribunal à 92 925,25 euros au titre des travaux de reprise de l'immeuble et 9 905 euros au titre des frais d'étude et de maîtrise d'œuvre ; il y a lieu de condamner le SDIS à verser 84 611,33 euros à B E correspondant au plafond de garantie qu'elle a versée à Mme C et la somme de 18 218,92 euros à Mme C correspondant au montant resté à sa charge ;

- le préjudice mobilier, qui a été omis par le sapiteur, a été évalué à 7 055,39 euros par le rapport d'expertise complémentaire qu'ils produisent ; il y a lieu de condamner le SDIS à verser 5 412,51 euros à B E correspondant au montant versé au titre de sa garantie et la somme de 1 642,49 euros à Mme C correspondant au montant resté à sa charge ;

- l'immeuble d'habitation est devenu inhabitable tant pour les besoins des opérations d'expertise que le temps d'obtenir l'indemnité nécessaire à la réalisation des travaux de remise en état ; une somme forfaitaire de 1 000 euros par mois à partir de mars 2020 jusqu'au jugement à intervenir sera allouée aux époux C, soit 24 000 euros au jour de la requête ;

- les frais de l'expertise, s'élevant à la somme de 7 393,64 euros, seront également mis à la charge du SDIS.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le SDIS des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Pontier, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ramener l'indemnisation sollicitée à de plus justes proportions et en tout état de cause à condamner les époux C et B E à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le lien de causalité entre une éventuelle faute dans les opérations de reconnaissance et le second sinistre n'est pas établi ;

- à titre subsidiaire, les requérants ont commis plusieurs fautes de nature à l'exonérer de toute responsabilité ;

- à titre infiniment subsidiaire, aucune indemnité ne pourra être accordée faute pour les requérants de justifier de la légalité de la construction plus récente du 3ème étage ; à défaut aucune somme ne pourra être retenue au titre de la maîtrise d'œuvre dont la nécessité n'est pas justifiée ; le mobilier ne pourra être indemnisé qu'à hauteur de sa valeur après déduction de la vétusté et après justification du montant évoqué ; l'existence d'un préjudice de jouissance n'est pas établi et son montant non justifié est en tout état de cause excessif.

Vu :

- le rapport d'expertise ;

- l'ordonnance du 25 janvier 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 7 393,64 euros et les a mis à la charge de Mme C ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- les observations de Me Capsie, représentant M. et Mme C et B E,

- et les observations de Me Larroque, représentant le SDIS des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 février 2019, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Pyrénées-Orientales est intervenu dans l'immeuble d'habitation constituant la résidence secondaire de M. et Mme C située à Banyuls sur Mer, à la suite de l'appel d'un voisin alerté par une importante fumée blanche sortant du conduit de cheminée. Les pompiers, arrivés sur les lieux vers 17 heures 30, ont éteint un feu de feuilles allumé par M. C dans la cheminée du premier étage, procédé à un nettoyage des trois conduits et à des opérations de reconnaissance puis ont quitté les lieux vers 19 heures. La nuit suivante, le SDIS, alerté par le même voisin, est intervenu à 1 heure du matin pour maîtriser un incendie au troisième étage de la maison. A la demande des époux C, le tribunal a ordonné une expertise le 22 janvier 2020. L'experte a déposé son rapport le 8 janvier 2021. Estimant que le SDIS avait commis une faute en ne procédant pas à une reconnaissance suffisante dans la chambre du troisième étage dans laquelle s'est déclenché le second incendie, M. et Mme C ont adressé au SDIS des Pyrénées-Orientales une demande préalable d'indemnisation reçue le 11 octobre 2021 qui est restée sans réponse. Par la présente requête, M. et Mme C et leur assureur B E, agissant par subrogation, demandent la condamnation du SDIS à leur verser respectivement les sommes de 43 861,41 euros et de 90 023,54 euros correspondant au coût du sinistre.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / () / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : () 3° La protection des personnes, des biens () ".

3. Il résulte de l'instruction que le SDIS est intervenu pour éteindre un simple feu de végétaux effectué par M. C dans la cheminée du 1er étage, puis qu'il a procédé à un nettoyage des trois conduits et à des opérations de reconnaissance. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire que l'origine de l'incendie qui a ravagé le troisième étage résulte d'escarbilles provenant de ce feu, qui sont entrées en contact avec une gaine électrique, laquelle avait été encastrée, au prix d'un vice constructif, dans une saignée réalisée dans la brique creuse constituant une des parois du conduit au troisième étage. Les matières plastiques constitutives de cette gaine annelée et de l'isolant des fils électriques ont été le premier combustible nécessaire au développement de l'incendie, qui s'est ensuite propagé aux tasseaux de bois sur lesquels reposait la gaine, conduisant à la création d'un court-circuit alimenté. L'expert relève que l'installation électrique sous-dimensionnée au titre des protections ne s'est pas mise en sécurité immédiatement. L'énergie d'activation a ainsi été suffisante pour créer la combustion d'un ou plusieurs tasseaux de bois, puis par conduction, rayonnement et convection le feu s'est propagé à une bonne partie de la charpente. Le feu, présentant les caractéristiques d'un feu sous-ventilé, s'est développé lorsque l'ouvrant de la chambre 3 s'est rompu avant d'évoluer vers un embrasement généralisé. Contrairement à ce que soutient le SDIS ces explications sur la cause et le développement du second sinistre prennent en compte le vice de conception du conduit et ne sont pas en contradiction avec celles rédigées par l'expert missionné par les deux assurances, lequel retenait également une origine par une ou plusieurs particules incandescentes insérées dans la cavité occupée par la gaine annelée et excluait une origine électrique.

4. Il résulte également de l'instruction qu'après avoir éteint le feu de végétaux dans la cheminée du premier étage et procédé au ramonage à partir du toit des trois conduits existants, les pompiers ont effectué une reconnaissance du deuxième étage, envahi de fumée provenant d'une longue fissure préexistante sur le conduit, conduit dans lequel M. C s'est opposé à ce que les pompiers effectuent une trouée de reconnaissance, ainsi que du troisième étage occupé par un simple léger voile de fumée provenant du deuxième niveau. Il est constant que la reconnaissance du troisième étage n'a été que visuelle, sans que les pompiers puissent utilement faire valoir que la présence du conduit n'a pas été identifiée, compte tenu de l'ensemble des opérations déjà effectuées et de la configuration des lieux. Toutefois, s'il apparaît que l'incendie en litige est, compte tenu de l'état très dégradé des conduits et du vice de conception évoqué au point précédent, lié au premier feu, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs même pas allégué par les requérants, qu'une reconnaissance au toucher du conduit au troisième étage par les pompiers avant leur départ à 19 heures aurait pu permettre d'identifier un point chaud. En outre, aucune circonstance particulière ni aucun texte ne justifiait l'emploi par le SDIS des Pyrénées-Orientales d'une caméra thermique, a fortiori pour un incendie de faible ampleur. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté par les requérants que le comportement de M. C, directement à l'origine du premier feu, n'a pas facilité l'intervention des pompiers en s'opposant à la finalisation des opérations de reconnaissance sur les conduits, le lien de causalité entre les préjudices subis par les requérants et la faute alléguée du SDIS des Pyrénées-Orientales n'est pas établi.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les époux C et B E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de laisser les frais et honoraires d'expertise fixés à la somme de 7 393,64 euros toutes taxes comprises par l'ordonnance du 25 janvier 2021 susvisée à la charge définitive de Mme C.

7. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du SDIS des Pyrénées-Orientales qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. et Mme C et B E au titre des frais non compris dans les dépens qu'ils ont exposés. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C et B E la somme globale de 1 500 euros à verser au SDIS des Pyrénées-Orientales au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C et de B E est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise fixés à la somme de 7 393,64 euros toutes taxes comprises par l'ordonnance du 25 janvier 2021 sont mis à la charge définitive de Mme C.

Article 3 : Les époux C et B E verseront au service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Orientales la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C, à B E et au service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Hervé Verguet, premier conseiller,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à dispositions au greffe le 30 mai 2023

La rapporteure,

M. Couégnat

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 30 mai 2023

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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