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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200709

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200709

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200709
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 février 2022, le 20 décembre 2022 et le 7 mars 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 1er avril 2024 lesquelles n'ont pas été communiquées, Mme D A et M. E B, représentés par Me Pion Riccio, demandent au tribunal :

1°) de condamner le Syndicat Mixte Structure pour l'Aménagement et le Développement de l'Ecosite du Mas Dieu (SIADE) à leur verser une somme totale de 507 700 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'impossibilité d'installer leur exploitation agricole sur la plaine du Mas Dieu ;

2°) de mettre à la charge du SIADE une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir en leurs qualités de gérants des sociétés avec lesquelles les relations contractuelles ont été engagées ;

- la responsabilité du SIADE est engagée dès lors qu'il a commis une faute en rompant les relations contractuelles qu'ils ont nouées alors que l'engagement pris par ce dernier, qui a accepté le projet qu'ils proposaient, ne pouvait être tenu dès lors que l'exercice de l'activité agricole qu'ils exercent ne pouvait être poursuivie sur la parcelle mise à leur disposition en raison des dispositions du plan local d'urbanisme ; les élus du SIADE s'étaient engagés à inclure la révision du plan local d'urbanisme afin de permettre la mise en œuvre des projets sélectionnés par le syndicat mixte ;

- le syndicat a commis une faute en engageant des relations contractuelles illégales ; le syndicat a lancé un projet dont la mise en œuvre n'était pas conforme à la réglementation et commis une faute ; il ne pouvait ignorer que les projets sélectionnés ne pourraient être menés à leur terme en raison des dispositions réglementaires d'urbanisme applicables ; ils ont réalisé des investissements à perte en raison du renoncement au développement du projet pour lequel le SIADE a lancé un appel à projet ;

- le lien de causalité entre le dommage et la faute est établi dès lors qu'ils ont été contraints de renoncer à leur projet ;

- ils justifient d'un préjudice matériel à hauteur d'une somme de 487 700 euros correspondant, d'une part, à la perte des investissements réalisés à hauteur de 219 500 euros, d'autre part, à la perte d'une subvention à hauteur de 40 000 euros et, enfin, à la perte de rémunération du dirigeant pour les années 2020 et 2021 à hauteur de 207 200 euros ;

- leur préjudice moral doit être réparé à hauteur d'une somme de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 mai 2022, le 6 juin 2022 et le 13 mars 2024, le Syndicat Mixte Structure pour l'Aménagement et le Développement de l'Ecosite du Mas Dieu, représenté par Me Bras, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir des requérants dès lors que la relation contractuelle unit le syndicat à la SCI B Patrimoine et à l'EARL Gallica ;

- les interventions volontaires sont irrecevables ;

- le syndicat n'a commis aucune faute dans la rupture des relations contractuelles, ni dans l'engagement de cette relation ;

- le lien de causalité entre la faute et le dommage n'est pas rapporté ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Par des mémoires, enregistrés le 20 décembre 2022, et le 7 mars 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 1er avril 2024 lesquelles n'ont pas été communiquées, la SCI B Patrimoine et l'EARL Mas Gallica demandent la condamnation du Syndicat Mixte Structure pour l'Aménagement et le Développement de l'Ecosite du Mas Dieu (SIADE) à leur verser une somme de 507 700 euros en réparation de leurs préjudices et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du SIADE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les sociétés font valoir :

- elles justifient d'un intérêt à agir en leurs qualités de cocontractant du SIADE ;

- la responsabilité du SIADE est engagée dès lors qu'il a commis une faute en rompant les relations contractuelles qu'ils ont nouées alors que l'engagement pris par ce dernier, qui a accepté le projet qu'elles proposaient, ne pouvait être tenu dès lors que l'exercice de l'activité agricole qu'elles exercent ne pouvait être poursuivie sur la parcelle mise à leur disposition en raison des dispositions du plan local d'urbanisme ; les élus du SIADE s'étaient engagés à inclure la révision du plan local d'urbanisme afin de permettre la mise en œuvre des projets sélectionnés par le syndicat mixte ;

- le syndicat a commis une faute en engageant des relations contractuelles illégales ; le syndicat ne pouvait ignorer que les projets sélectionnés ne pourraient être menés à leur terme en raison des dispositions réglementaires d'urbanisme applicables ;

- le lien de causalité entre le dommage et la faute est établi dès lors qu'ils ont été contraints de renoncer à leur projet ;

- elles justifient d'un préjudice matériel à hauteur d'une somme de 487 700 euros correspondant, d'une part, à la perte des investissements réalisés à hauteur de 219 500 euros, d'autre part, à la perte d'une subvention à hauteur de 40 000 euros et, enfin, à la perte de rémunération du dirigeant pour les années 2020 et 2021 à hauteur de 207 200 euros ;

- leur préjudice moral doit être réparé à hauteur d'une somme de 20 000 euros.

Par une lettre du 2 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de conclusions indemnitaires dirigées par la SCI B Patrimoine contre une personne morale de droit public ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, à raison d'une faute commise par cette dernière lorsqu'elle initie avec cette personne privée, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, qui ne met en cause que des rapports de droit privé (Tribunal des conflits, 22 novembre 2010 SARL Brasserie du Théâtre c/ commune de Reims n°3764)

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Pion Riccio représentant Mme A, M. B, l'EARL Mas Gallica et la SCI B Patrimoine, et celles de Me Bras représentant le SIADE.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du développement d'une exploitation agricole comprenant une production avicole de développement de races anciennes en lien avec la création d'une ferme pédagogique, Mme A et M. B ont présenté leur candidature afin d'installer cette exploitation sur la plaine du Mas Dieu, dans le cadre d'un appel à projets mené par le syndicat Mixte Structure pour l'Aménagement et le Développement de l'Ecosite du Mas Dieu. Le 15 mai 2020, une convention d'occupation temporaire a été conclue entre la SCI B Patrimoine et le syndicat, afin de permettre l'occupation des parcelles cadastrées BI 48b 40a 40c et 35 b au lieudit Masdieu à Montarnaud. Le même jour, le syndicat a consenti à la SCI B Patrimoine un bail à construction afin de réaliser un pôle agricole composé de quatre bâtiments sous des supports de panneaux photovoltaïques déjà existants, pour avoir été réalisés par une société Energie Plaine, dans le cadre d'un précédent bail emphytéotique conclu entre cette société et le SIADE. Après avoir été informés par le président du SIADE que les parcelles données à bail se situaient sur une zone du plan local d'urbanisme de Montarnaud n'autorisant pas la poursuite d'une activité agricole, le bail à construction conclu avec la SCI B Patrimoine a été résilié. Le 20 septembre 2021, Mme A et M. B ont présenté une demande d'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subi à raison de la rupture des relations contractuelles conclues avec le SIADE. Par leur requête, M. B et Mme A demandent la condamnation du SIADE à leur verser une somme totale de 507 700 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur les interventions présentées par la SCI B Patrimoine et l'EARL Mas Gallica :

2. Les mémoires de l'EARL Mas Gallica et de la SCI B Patrimoine n'ont pas pour objet de venir à l'appui des conclusions de Mme A et M. B mais comportent des conclusions propres, tendant à la condamnation du SIADE à l'indemnisation de leurs préjudices, pour lesquelles elles ont d'ailleurs lié le contentieux par leurs demandes préalables formées par deux courriers du 19 décembre 2022. Dans ces conditions, elles doivent être regardées non comme intervenantes mais comme parties à la présente instance.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la SCI B Patrimoine :

3. La contestation par une personne privée de l'acte par lequel une personne morale de droit public ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne privée, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève, à ce titre, de la compétence du juge judiciaire. Il en va de même lorsque cette personne privée se prévaut, à l'appui de conclusions indemnitaires dirigées contre la personne publique, d'une faute commise par cette dernière dans la conduite ou la rupture de la relation contractuelle.

4. Il résulte de l'instruction qu'à l'appui de ses conclusions à fin d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis, la SCI B Patrimoine soutient, d'une part, que le SIADE aurait abusivement rompu la relation contractuelle nouée avec elle et, d'autre part, que le syndicat aurait commis une faute en les incitant à s'engager dans la relation contractuelle alors que les prescriptions d'urbanisme faisaient obstacle à la réalisation du projet retenu. Or, il résulte du bail à construction, signé entre la SCI B Patrimoine et le SIADE, que les parcelles sur lesquelles il porte appartiennent au domaine privé de la commune de Montarnaud et sont mises à la disposition du SIADE. Il résulte en outre de l'instruction que ce bail à construction n'a pas pour objet l'exécution d'un service public et ne comporte aucune clause qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, implique, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs. Il s'ensuit que les fautes invoquées par la SCI B Patrimoine, qui mettent en causent la conduite ou l'issue de la relation contractuelle nouée avec le SIADE, dont l'objet est la valorisation ou la protection du domaine privé de la commune de Montarnaud et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et ressortissent ainsi qu'il a été dit au point précédent à la seule compétence du juge judiciaire.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par l'EARL Mas Gallica :

5. Il ne résulte pas de l'instruction que l'EARL Mas Gallica, qui n'est pas partie au bail à construction signé entre la SCI B Patrimoine et le SIADE ne justifie par ailleurs d'aucun lien contractuel l'unissant au SIADE, aurait subi un préjudice quelconque du fait des fautes qu'elle impute au SIADE. Dès lors, et faute pour elle d'établir un préjudice propre, l'EARL Mas Gallica n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité du SIADE à un quelconque titre.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par Mme A et M. B :

6. Il résulte de l'instruction que, par un courriel du 16 juillet 2021, le président du SIADE a informé les requérants de l'incompatibilité de l'activité agricole projetée par la SCI B Patrimoine sur les parcelles données à bail avec le zonage du plan local d'urbanisme de la commune de Montarnaud. Si les requérants font valoir s'être trouvés dans l'impossibilité de mener à bien leur projet à la suite de ce courriel, il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'ils auraient vainement présenté une demande de permis de construire auprès de la commune de Montarnaud ni qu'ils ne pouvaient adapter le projet qu'ils envisageaient de réaliser, afin de le mettre en conformité avec les activités autorisées par le plan local d'urbanisme sur les parcelles données à bail à la SCI B Patrimoine. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que l'échec du projet qu'ils désiraient mener par l'intermédiaire de la SCI B Patrimoine leur aurait causé un préjudice direct et serait en lien avec une inaction fautive du SIADE.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme A et M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du SIADE qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le SIADE au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par la SCI B Patrimoine sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme A, M. B et l'EARL Mas Gallica sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat d'aménagement et de développement de l'Ecosite du Mas Dieu sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à M. B, à la SCI B Patrimoine, à la Earl Mas Gallica et au Syndicat d'aménagement et de développement de l'Ecosite du Mas Dieu.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple , première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

A. C

Le président,

D. BesleLa greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 25 Avril 2024

La greffière,

M-A. Barthélémy

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