mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200754 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CANON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février 2022 et 9 mai 2023,
M. F E, Mme G E, M. C E, Mme D E et Mme A H, agissant en sa qualité de représentante légale de son fils B H, représentés par Me Canon, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser, à M. F E, les sommes de 30 000 euros et
5 665,80 euros, à Mme G E, la somme de 30 000 euros, à M. C E, la somme de 20 000 euros, à Mme D E, la somme de 20 000 euros et à Mme A H, représentant B H, la somme de 50 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- en l'absence de surveillance accrue du détenu, au regard des signalements effectués, l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le lien de causalité entre la faute et les préjudices subis par les requérants est établi ;
- le préjudice moral subi par les ayants-droit du défunt doit être évalué à 30 000 euros s'agissant des parents, à 20 000 euros s'agissant des frère et sœur et à 50 000 euros s'agissant du fils mineur ;
- le préjudice correspondant aux frais d'obsèques s'élève à 5 665,80 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat n'a été commise ;
- subsidiairement, les indemnités à allouer aux requérants au titre de leur préjudice moral doivent être réduites à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Verguet ;
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. I E a été écroué au centre pénitentiaire de Perpignan le 1er juillet 2020 en exécution de deux peines de quatre mois et un an d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et vol en réunion. Le 13 novembre 2020 vers 16 heures 40, il a été découvert inanimé dans sa cellule. Son décès a été constaté le même jour à 16 heures 45. M. F E et Mme G E, ses parents, M. C E et Mme D E, ses frères et sœur et Mme A H, agissant en qualité de représentante légale de son fils B H, demandent la condamnation de l'Etat à les indemniser de leurs préjudices.
Sur la responsabilité :
2. La responsabilité de l'État en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
3. Il ressort du questionnaire relatif à la prévention du suicide, renseigné par M. E à son arrivée, le 1er juillet 2020, au centre pénitentiaire de Perpignan, que celui-ci n'avait déclaré aucun antécédent de tentative de suicide ou d'automutilation, ni aucun antécédent familial de décès par suicide ou de tentative de suicide. Il est vrai qu'à la suite de visites au parloir, le conseil du requérant a adressé les 4 et 24 août 2020 au directeur du centre pénitentiaire de Perpignan des courriers à fin de l'alerter sur l'état de santé et la situation de ce détenu, en mentionnant qu'il vivait très mal la détention, que le traitement de substitution à l'héroïne ainsi que les anxiolytiques qu'il prenait le rendaient particulièrement vulnérable, qu'il avait déclaré à sa mère vouloir attenter à sa vie et que son traitement à base de méthadone devait lui être administré dans la matinée pour ne pas le priver de promenade. Il résulte toutefois de l'instruction que le directeur du centre pénitentiaire a pris les mesures nécessaires en adressant M. E au service médico-psychologique régional, où il a été reçu les 27 août et 2 novembre 2020 par une éducatrice spécialisée et le 25 septembre 2020 par un psychiatre. Il est constant que l'intéressé recevait le matin, à l'unité sanitaire, le traitement médical approprié à son état de santé, sans que les infirmières signalent une anomalie particulière. Si M. E a été victime le 20 août 2020 d'une agression dans sa cellule de la part d'un codétenu, d'une part il lui a été proposé dès le 24 août 2020 un changement de cellule, qu'il a refusé, d'autre part, le codétenu en cause a fait l'objet de poursuites disciplinaires suivies d'une sanction et il n'est pas établi que ces faits, commis plus de deux mois auparavant, seraient en lien avec son décès. Par ailleurs, à partir du 29 octobre 2020, M. E était placé en régime ouvert, seul en cellule. Le jour de son suicide, commis au moyen de médicaments du pilulier appartenant à un autre détenu recueilli dans la poubelle de l'étage après le départ de ce dernier, et alors que M. E avait normalement pris sa douche, s'était rendu en promenade le matin, avait pris son déjeuner et avait été vu debout et actif, ni sa compagne, qui a conversé avec lui au téléphone, ni les surveillants, n'ont signalé un comportement ou des propos laissant présager un risque suicidaire imminent. Enfin, il n'est pas contesté que l'intéressé a fait l'objet de mesures de surveillance conformes aux dispositions des articles D. 223-9 et D. 223-10 du code pénitentiaire. Dans ces conditions, il ne peut être retenu à l'encontre de l'Etat une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Canon.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Verguet, premier conseiller,
Mme Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le rapporteur,
H. Verguet
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 13 juin 2023
La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026