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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200812

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200812

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200812
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2022, Mme A C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a mis à sa charge deux indus de revenu de solidarité active de montants respectifs de 540,99 euros, dont le solde s'élève à 265,77 euros, pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2020, et de 4 954,97 euros, dont le solde s'élève à 3 383,99 euros, pour la période du 1er décembre 2018 au 31 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au département de l'Hérault de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2018 au 30 septembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle réside à titre principal en France ;

- elle s'est rendue en Roumanie pour des raisons médicales eu égard à l'état de santé de sa fille ;

- elle n'est pas restée en Roumanie d'août à décembre 2019 ni au début de l'année 2020 ;

- sa fille présente un état de santé à risque et c'est pour cela qu'elle n'est pas inscrite à l'école ;

- la caisse d'allocations familiales ne justifie pas les périodes sur lesquelles elle a été absente et ne démontre pas que ces absences étaient supérieures à 90 jours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 13 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault demande sa mise hors de cause.

Elle soutient que la décision contestée se rapporte à un indu de revenu de solidarité active qui ne concerne que le département de l'Hérault.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle sur fichiers réalisé au mois d'août 2020 puis au mois d'octobre 2020, il a été établi qu'elle avait réalisé plusieurs séjours à l'étranger entre 2018 et 2020, que sa fille avait été radiée de l'académie de Montpellier le 9 octobre 2020 et qu'elle avait reçu des virements au mois de mars 2019, mai 2019 et juin 2020. Mme C s'est alors vu notifier plusieurs indus dont deux au titre du revenu de solidarité active de montants respectifs de 540,99 euros, dont le solde s'élève à 265,77 euros, pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2020, et de 4 954,97 euros, dont le solde s'élève à 3 383,99 euros, pour la période du 1er décembre 2018 au 31 janvier 2020. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge de ces deux indus.

Sur la régularité de la décision du 15 octobre 2021 :

2. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active ou de l'aide exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision du 15 octobre 2021 est motivée en fait dès lors qu'elle indique le montant des indus et les périodes auxquelles ils se rapportent ainsi que l'absence de déclaration de ses séjours à l'étranger. Toutefois, la décision contestée ne saurait être regardée comme étant motivée en droit dès lors que, hormis l'article D. 553-1 du code de la sécurité sociale relatif aux modalité de récupération des indus, elle ne vise aucun des textes relatifs à leur bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit de la décision du 15 octobre 2021 doit être accueilli.

Sur le bien-fondé des indus :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête du 30 octobre 2020, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C s'est absentée du territoire français du 17 juillet au 1er août 2018, du 14 août 2018 au 4 septembre 2018, du 6 décembre 2018 au 25 février 2019, du 12 août 2019 au 22 janvier 2020 puis du 23 au 26 mars 2020. Dans ces conditions, elle ne pouvait bénéficier du revenu de solidarité active au cours des mois accomplis hors de France. D'autre part, alors qu'elle se borne à produire un contrat de bail pour un logement en France, Mme C s'étant absentée du territoire plus de trois mois consécutifs, ne saurait être regardée comme ayant conservé une résidence stable et effective en France. La circonstance que sa fille ait été hospitalisée en Roumanie du 12 novembre 2019 au 18 novembre 2019 est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu et l'appréciation de la condition de résidence en France.

6. Il résulte de ce qui précède que les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante sont fondés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Par suite, l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 n'implique pas nécessairement le rétablissement des droits au revenu de solidarité active de Mme C.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ruffel, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de l'Hérault le versement à Me Ruffel de la somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 octobre 2021, par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge de deux indus de revenu de solidarité active de montants respectifs de 540,99 euros, dont le solde s'élève à 265,77 euros, pour la période du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2020, et de 4 954,97 euros, dont le solde s'élève à 3 383,99 euros, pour la période du 1er décembre 2018 au 31 janvier 2020, est annulée.

Article 2 : Le département de l'Hérault versera à Me Ruffel une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ruffel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au département de l'Hérault et à Me Ruffel.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le président,

D. BLa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

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